Bruce Greenwood

[CRITIQUE DVD] : Flight


Réalisateur : Robert Zemeckis
Acteurs : Denzel Washington, Don Cheadle, Bruce Greenwood, Kelly Relly, John Goodman, Melissa Leo, James Badge Dale, Nadine Velasquez,...
Distributeur : Paramount Pictures France
Budget : -
Genre :  Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h18min.
Date de sortie en salles : 13 Février 2013
Date de sortie en DVD/Blu-Ray : 18 juin 2013

Synopsis :
Whip Whitaker, pilote de ligne chevronné, réussit miraculeusement à faire atterrir son avion en catastrophe après un accident en plein ciel… L’enquête qui suit fait naître de nombreuses interrogations… Que s’est-il réellement passé à bord du vol 227 ? Salué comme un héros après le crash, Whip va soudain voir sa vie entière être exposée en pleine lumière…


Critique :


Revenir sur la qualité incroyable de la filmographie de Robert Zemeckis reviendrait, comme pour Steven Spielberg ou James Cameron, à abattre un boulot de titan tellement il y en a à dire sur ses péloches.
Et puis surtout, ce serait foutrement indécent de se la jouer " cahiers du cinéma " alors que tous ses films, tous cultes ou presque, sont salement marqués au fer rouge dans la psyché de tout cinéphile un minimum avertit.

A la Poursuite du Diamant Vert, la trilogie Retour vers le Futur, Qui Veut la Peau de Roger Rabbit, Forrest Gump, Contact, Apparences, Seul au Monde, il faut l'admettre très peu de cinéastes peuvent se targuer d'avoir une filmo aussi bandante d'excellence, et beaucoup tuerait pour en avoir ne serait-ce que la moitié.
C'est un fait, le Robert tout aussi discret qu'il soit, (il est de ceux qui préfèrent mettre le talent des acteurs en avant plutôt que le sien) est l'un des plus grands metteurs en scènes de ses trente dernières années, et que celui-ci qui contredit cette putain de vérité aille littéralement se faire foutre, car il prouvera simplement qu'il ne sait pas reconnaitre la beauté et la grandeur du septième art là ou elle se trouve.
Mais dans son immense talent, Robert a un sacré talon d’Achille, d'ailleurs plus fragile que le talon d'Achille lui-même : ses envies révolutionnaires.

Depuis douze ans, loin d'être ses plus glorieuses années, il s'évertue à vouloir façonner ce qui pourrait être le cinéma de demain, le virtuel et la performance capture.

En l'espace de trois films (Le Pôle Express, La Légende de Beowulf et Le Drôle de Noël de Scrooge), il va littéralement ruiné son aura de génie, non pas que les films soient foncièrement mauvais (ils sont même plus que correct même si les défauts des captures sont grossiers, en même temps ce fut les premières bandes de ce type), mais juste que les critiques et le public n'auront pas eu la volonté de saluer son audace, en boudant ces films en salles.

Il en aura pris plein la gueule injustement, car aussi imparfaits soient-ils, ses œuvres auront ouvert la porte en grand au sublime Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne (Spielberg avait avouer de sa bouche qu'il n'aurait jamais oser le faire sans le travail fait sur ce procédé par Zemeckis), et même au non-moins sublime Avatar de James Cameron, mais également au projection Imax et 3D (avec Le Pôle Express en... 2004 !).


Plus qu'un précurseur incompris, surement un peu frustré par son sort (Disney ayant même fermer son studio 2011), le voici donc de retour au cinéma plus classique, fait de prises de vues réelles et de live action, avec Flight pure drame procédural avec Denzel Washington, qui à la possibilité de briller sous sa caméra pour la première fois.
Prêt à montrer à une industrie Hollywoodienne qui enterre trop vite ses génies, qu'il n'est pas encore bon pour la casse (et même loin de là), le Bob avait de cœur à prouver que le conteur flamboyant qu'il était est toujours là, tapis dans son âme d'amoureux du septième art.

Alors, pari réussi ou pas avec ce Flight, est-il la claque dramatique que tout le monde attendait ?
Oh que oui elle il l'est, et même plus encore...

Flight ou l'histoire (pas entièrement inspirée de faits réels mais qui aurait très bien pu) de Whip Whitaker, un pilote de ligne chevronné, dans la fleur de l'âge, la quarantaine bien tassée et divorcé, un mec banal mais qui a une sale tendance à trop forcé sur la bouteille, et aussi à consommer de la poudre.
Ivre en vol, il va pourtant néanmoins effectuer une manœuvre miraculeuse et spectaculaire de sang froid, digne d'un Tom Cruise dans Top Gun (mais avec un Boeing, plus ardu mais moins classe), pour limiter au maximum l'impact du crash de son avion, après un accident en plein ciel.
Bilan au final : 96 survivants et seulement 6 morts.

Salué comme le putain de héros qu'il est après le crash, Whip va soudain voir sa vie entière être exposée en pleine lumière, des causes d'une enquête de l'Administration fédérale de l'aviation américaine (FAA) sur les circonstances de la catastrophe, risquant de révéler son addiction et de l'envoyer en taule.
Pour se sauver son cul, il va peu à peu s'enfoncer dans la colère, le mensonge et le déni...

Véritable exutoire pour un cinéaste qui en avait vraiment besoin, " Flight " est bien plus qu'un simple drame made in USA comme Hollywood la putain s'amuse à en produire à la pelle à longueur de semaine, il est surtout et avant tout une sublime œuvre psychologique et humaniste sur un homme en quête de rédemption, un héros trouble qui après avoir connu une célébrité fulgurante, doit faire publiquement face à ses vieux démons qui le hantent un peu plus chaque jour.
Ou l'image parfaite d'une société en crise, guidée par l'autodestruction, et qui n'hésite pas à porter aux nues ses gloires avant de littéralement les envoyer brulées sur le bucher.
C'est toute l'histoire de Whip, mais c'est également celle de Zemeckis...


Si l'introduction choque et dénote complétement avec le ton résolument familiale de sa filmo (on y voit une jolie paire de nibards, ainsi qu'un Denzel remplissant ses narines de cokes, qui mentira ensuite à ses passagers en s'enfilant une flaupée de vodka), quoique Retour vers le Futur flirtait déjà un peu dans le sombre avec une allusion à l'inceste (quand Marty se fait langoureusement rouler une pelle par sa mère plus jeune de trente piges), Zemeckis rassure très vite ses fidèles en leur rappelant au bon souvenir de son Seul au Monde, via une scène de crash monumental, aussi anxiogène et tendu qu'impressionnante.

Passé ce tour de force visuelle comme lui seul sait aussi bien les faire (ce sera l'unique effet spectaculaire du film d'ailleurs, beaucoup trop visible sur la bande annonce, au point de nuire en partie à son immense impact), Flight dévoile sa véritable force : celle d'un bouleversant drame intimiste, aussi maitrisé que réaliste.
Réaliste parce l'excellent scénariste John Gatins (les sympathiques Hardball, Coach Carter et Real Steel), dont la qualité d'écriture monte considérablement d'un cran, y lâche toute sa douloureuse expérience d'addict, évitant toute émotion forcé et démonstrative à outrance, digne des pires dramas larmoyants enrobé au pathos de supermarché (genre le récent Une Nouvelle Chance, pourtant avec dans son cast le grand Clint).

Ici, loin de prendre son spectateur pour un con malgré un thème universelle, il livre un script sobre et sérieux, tout aussi complexe qu'efficace sur un homme pathétique et esclave de ses dépendances, que le Bob usera ingénieusement en jouant nettement plus sur la carte du jusqu'au boutisme nécessaire (avec quelques pointes trash) que de la demi-mesure castratrice.

Ne prenant nullement parti de son personnage principal et ne le montrant jamais plus beau et pimpant qu'il ne l'est, le cinéaste le confronte avec force et violence à ses démons, l'obligeant à y faire face, d'avouer ses torts sans aucun détour en abordant intelligemment les questions de moralité, de l’intervention divine et les conséquences du hasard.

Seul contre tous vu qu'il est entouré de personnes le confortant dans son mensonge et son déni d'assumer ses responsabilités, que ce soit son best pote dealer (le toujours irréprochable et désopilant John Goodman), son ami pilote et représentant du syndicat des pilotes (excellent Bruce Greenwood), sa compagnie ou même l'avocat et conseiller engagé par celle-ci (Don Cheadle, comme d'hab infiniment juste) et surtout seul contre lui-même, tous les projecteurs seront constamment focalisées sur lui, et si son orgueil lui fera refuser toute rédemption, le faisant persister dans le déni et le mensonge, celui-ci craquera in fine au sort d'une situation extrême ou il ne pourra plus s’échapper.


La rédemption par le sacrifice, un combat intérieur puissant ou seul une infime once de lumière fera office de salut salvateur, une rencontre fortuite et sentimentale (mais malheureusement pas assez développée) avec une héroïnomane qui cherche à décrocher (la douce et touchante Kelly Reilly), elle aussi une âme écorchée vive par la vie.
Du pain bénit donc pour un Denzel Washington en très grande forme (à mon gout, pas aussi exceptionnel depuis Hurricane Carter et Training Day), intense comme jamais, dont le jeu tout en finesse et en subtilité sied à ravir au personnage complexe et torturé de Whip Whitaker.

Totalement investit et évitant habilement tous les pièges d'un rôle d'addict caricatural, il ajoute une nouvelle pierre d'exception à l'édifice d'une filmographie exemplaire, et par la force de son talent, il arrive même à rendre sympathique et attachant un personnage pourtant à mille lieux de l'être.
Une chance donc que lui, qui cherchait depuis des années à porté le script sur grand écran, et Zemeckis aient fait rencontrer leur génies respectifs sur ce film, en tout point remarquable.

Surréaliste, drôle (les touches d'humour noir étant apporté par la partition démente de Goodman), viscérale, et porté par une photographie sublime (Don Burgess), un cast irréprochable, une B.O d'enfer (les Stones et Joe Cocker en tête) et d'un score tout aussi éclatant (le fidèle Alan Silvestri, malheureusement beaucoup trop rare dans le paysage cinématographique), Flight est donc un excellent drame poignant sur la rédemption d'un homme ordinaire aux aptitudes extraordinaires.

Intense et maitrisé de bout en bout d'une main de maitre par un cinéaste qui n'a décidément pas du tout perdu la main (et qui est loin d'être mort !), il est de ces claques dynamique et captivante, aux thèmes et aux images tellement fortes qu'elles restent gravées dans la mémoire, et ce même longtemps après vision.


Le Denzel n'a strictement pas voler sa nomination aux oscars, par contre on aurait espérer un sort un peu plus généreux à la réalisation dantesque du Bob.
Mais n'en demandons pas trop, le bonhomme se rachète déjà du crédit (alors qu'il n'aurait jamais du avoir à le faire) dans l'industrie Hollywoodienne et c'est déjà pas mal comme on dit.

Il va surement pouvoir encore bosser sur le cinéma de demain, parce qu'en tant que cinéaste incroyable, il a tellement tout compris sur le cinéma d'aujourd'hui qu'il n'a même plus besoin de travailler dessus.


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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