Ali Mosaffa

[CRITIQUE] : Le Passé


Réalisateur : Asghar Farhadi
Acteurs : Bérénice Béjo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa, Pauline Burlet,...
Distributeur : Memento Films Production
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 2h10min.

Synopsis : Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d'Ahmad pour tenter d'améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé.


Critique :

L'an dernier, Asghar Farhadi surprenait son monde, dans le très bon sens du terme, avec son sublime et multi-récompensé Une Séparation, carton aussi bien critique que public.

Pas réellement une surprise en soi pour ceux qui savent depuis toujours à quoi s'attendre avec le cinéma pétri de talents du cinéaste iranien (La Fête du Feu, A propos d’Elly,...), mais un triomphe populaire tel que le septième art mondial dut se résoudre enfin à lui offrir la reconnaissance qu'il mérite depuis très longtemps maintenant.

Pas une mince à faire donc pour le bonhomme de passer à l'étape suivante dans sa carrière, surtout que désormais il est suivi du coin de l’œil par des millions de spectateurs aussi impatients qu'excités à l'idée d'être une nouvelle fois éblouit par un réalisateur doublement oscarisé et césarisé.
Un défi littéralement casse-gueule que Farhadi, loin d'être craintif, s'amusera à pimenter en prenant la décision de le tourner sur le sol français, et avec la barrière de la langue en ultime et lourd handicap.


Un pari couillu, vu que plus d'un cinéaste à la signature talentueuse (Eastwood avec Au-Delà, Lou Ye avec Love and Bruises, déjà avec Tahar Rahim en vedette) se sont copieusement ramassés dans ce type d'aventure risqué sur nos terres.

Si le transfert Téhéran/Paris pouvait faire peur, le cinéaste dés les premiers plans d'une atmosphère infiniment lourde, rassure tout son monde en prouvant que peu importe la langue, le casting ou même le lieu, il est toujours capable de déployer des histoires magnifiques aux multiples lectures et rebondissements brillant.
Si elle n'est pas réellement son œuvre la plus définitive, Le Passé est clairement l'un de ses plus grands films, et indiscutablement son plus ambitieux à ce jour.

Personnel, lourd, pesant, entre de nombreux non-dits et mensonges, Farhadi va pendre son temps pour construire son récit d'une force tranquille et d'une densité incroyable, une étude de personnages viscérale et frontale qui se trouve confronté à un tournant important de leur vie (en l’occurrence, le divorce entre une mère et un père, et les répercussions de celui-ci sur leur enfant, et le compagnon de la mère), passant du drame familiale au polar avec une facilité déconcertante, via une mise en scène aussi simple (une poignée seulement de lieu sert de scène) qu'affreusement précise, nouée sur un scénario à plusieurs fonds et twists, à la culpabilité et à la psychologie profondément explosive.


Comme ce fut le cas pour Une Séparation, la tragédie naitra d'un acte a priori anodin, qui servira de source à une série de puissants dommages pour tous les membres de cette famille à la fois recomposée et décomposée, tous sentimentalement instable et dans l'incapacité totale de communiqué entre eux, et qui petit à petit seront écrasée par une trop imposante envie chez chacun de dire la vérité, d'ôter le venin qu'elle a en elle depuis trop longtemps pour enfin pourvoir espérer mener une vie normale.

Pure, romantique, bouleversant, tragique (aux fausses allures de tragédie grecque d'ailleurs), bavard (mais dans le bon sens du terme !) et infiniment humain, le film vaut autant pour le génie de son metteur en scène (qui manipule aussi bien les protagonistes de son histoire que ses spectateurs), la complexité du drame qu'il expose à merveille sans jamais sombrer dans le pathos (tout en simplicité et sans artifice, il arrivera même à tirer des larmes chez les plus solides d'entre nous sans même avoir a durement les chercher) ou que pour son puissant casting, absolument magistral et inspiré.

Tel un chef de troupe d'une pièce de théâtre, Farhadi dirige et modèle à sa guise un quatuor d'acteurs ébouriffant et totalement voué à sa cause, que ce soit la magnifique Bérénice Béjo, intense en mère tourmentée et fatiguée par la vie, le séduisant Tahar Rahim, plus mature et éblouissant que jamais dans la peau du beau-père, ou encore le touchant et sage Ali Mossafa (révélation d'Une Séparation) qui tout en justesse, en douceur et en retenue, incarne le père qui servira d'intermédiaire dans la crise qui lie la mère et la fille, en pleine crise adolescente (et de ras-le-bol générale envers les décisions prises par sa mère) et campée par la superbe Pauline Burlet.


Parlant à tous les spectateurs, les questionnant sur les fondements même de leur vie, de leur névroses sans forcément leur forcer la main vers une quelconque direction/rédemption, et invoquant autant l'essence du théâtre que son amour inconditionnel pour le septième art (il y a même un petit air des frères Dardenne qui plane sur la péloche), Farhadi fait du grand et beau cinéma, prenant et brutal parce qu'il est intensément vraie.

Avis à Mr Spielberg et sa troupe du Jury, il serait véritablement un crime de laisser partir les mains vides de la Croisette, tant Le Passé est sans l'ombre d'un doute l'un des plus puissants films de 2013, et l'un des plus beaux invités de ce soixante-sixième festival...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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