[SƎANCES FANTASTIQUES] : #147. Razorback
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| © 1984 Warner Bros. / UAA/ Western Film Productions. |
Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70s/80s et quelques hauts faits du thriller sous tension; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
Razorback est l'un de ces films qui surgissent de nulle part pour s'imposer comme une œuvre à part entière, bien au-delà des limites du genre auquel ils appartiennent. Réalisé en 1984 par Russell Mulcahy, cinéaste australien alors principalement connu pour ses clips musicaux notamment pour des groupes comme Duran Duran ou The Buggles, le film constitue son premier long-métrage de fiction et révèle d'emblée un talent visuel hors du commun. Produit en Australie dans le sillage du succès international de Mad Max et de la vague du cinéma australien qui avait conquis le monde dans les années précédentes, Razorback s'inscrit dans une tradition du film de créature tout en la transcendant par l'ambition de sa mise en scène et la singularité de son regard.
La genèse du projet est intimement liée au roman éponyme de Peter Brennan, publié en 1981, qui s'inspirait lui-même d'un fait divers australien ayant défrayé la chronique, l'affaire Chamberlain, dans laquelle une mère avait affirmé qu'un dingo avait emporté son bébé, sans être crue par les autorités. Everett De Roche, scénariste chevronné du cinéma australien de genre à qui l'on devait déjà les scripts de Long Weekend et de Patrick, adapte le roman avec une intelligence certaine, conservant l'essentiel de son propos tout en resserrant la narration autour de quelques personnages forts. L'histoire suit Carl Winters, Américain venu en Australie à la recherche de sa femme journaliste disparue dans l'outback, et qui va se retrouver confronté à un sanglier géant et dévastateur qui terrorise la région.
Le casting du film repose sur des acteurs relativement peu connus du grand public international, ce qui contribue paradoxalement à renforcer la crédibilité de l'ensemble. Gregory Harrison incarne Carl Winters avec une sobriété efficace, offrant un protagoniste suffisamment ordinaire pour que le spectateur puisse s'identifier à lui sans difficulté. Arkie Whiteley compose une Sarah Kelly attachante et déterminée, dont la présence apporte une chaleur bienvenue dans un film par ailleurs dominé par une atmosphère d'hostilité et de menace. Mais ce sont Bill Kerr, dans le rôle du vieux Jake Cullen dont le petit-fils a été emporté par la bête, et surtout David Argue et Chris Haywood, dans les rôles des deux braconniers sadiques et grotesques Benny et Dicko, qui laissent les impressions les plus durables. Ces deux personnages, à la fois terrifiants et presque comiques dans leur violence caricaturale, apportent au film une dimension de cauchemar éveillé qui le distingue des productions de genre plus conventionnelles.
Ce qui frappe immédiatement dans Razorback, c'est la décision de Russell Mulcahy de ne pas faire un simple film de monstre, mais une œuvre expressionniste et hallucinée dans laquelle le paysage australien devient lui-même une entité menaçante. L'outback n'est pas un simple décor : c'est un personnage à part entière, un espace hostile et démesuré qui écrase les hommes de son indifférence. Mulcahy filme le désert australien comme personne ne l'avait fait avant lui, avec un sens du cadre et de la composition qui doit autant à la peinture qu'au cinéma. Les vastes étendues rouges et ocre, les ciels embrasés, les ossements blanchis par le soleil, participe à créer un sentiment d'irréalité et de danger permanent qui imprègne chaque plan du film.
Sur le plan technique, Razorback est une démonstration éclatante du talent de Dean Semler, directeur de la photographie qui allait quelques années plus tard remporter l'Oscar pour Danse avec les loups. Sa photographie est d'une beauté visuelle saisissante, exploitant les couleurs saturées de l'outback australien pour créer des images d'une intensité presque picturale. Les contrastes entre les bleus profonds de la nuit et les oranges brûlants du jour sont traités avec une virtuosité remarquable, donnant à chaque séquence une identité chromatique forte et immédiatement reconnaissable. Les effets spéciaux, réalisés avec des moyens limités mais une inventivité constante, sont gérés avec intelligence : Mulcahy, conscient des limites de son budget, choisit souvent de suggérer plutôt que de montrer, laissant l'imagination du spectateur faire le reste. Lorsque le razorback apparaît enfin pleinement à l'écran, l'effet est d'autant plus saisissant que le film a pris soin de le laisser dans l'ombre le plus longtemps possible.
Le montage, nerveux et syncopé, trahit les origines de Mulcahy dans le clip musical, mais sans jamais nuire à la cohérence narrative. Au contraire, ce rythme particulier contribue à l'atmosphère de cauchemar du film, créant une sensation de désorientation et d'urgence qui colle parfaitement au propos. La musique de Iva Davies, membre du groupe australien Icehouse, accompagne magnifiquement ces images avec une partition synthétique et atmosphérique qui ancre le film dans son époque tout en lui donnant une couleur sonore immédiatement reconnaissable.
Ce qui reste de Razorback, longtemps après le visionnage, c'est cette impression rare d'avoir traversé un cauchemar cohérent et habité, un film qui use des codes du genre pour dire quelque chose de plus profond sur la violence, sur la nature, sur la fragilité de l'homme face aux forces qui le dépassent. Russell Mulcahy signe ici une œuvre qui mérite amplement d'être redécouverte et réévaluée à sa juste valeur. Un premier film d'une audace et d'une maîtrise formelle qui force le respect, et l'une des contributions les plus originales du cinéma australien des années quatre-vingt au patrimoine mondial du cinéma fantastique.
La genèse du projet est intimement liée au roman éponyme de Peter Brennan, publié en 1981, qui s'inspirait lui-même d'un fait divers australien ayant défrayé la chronique, l'affaire Chamberlain, dans laquelle une mère avait affirmé qu'un dingo avait emporté son bébé, sans être crue par les autorités. Everett De Roche, scénariste chevronné du cinéma australien de genre à qui l'on devait déjà les scripts de Long Weekend et de Patrick, adapte le roman avec une intelligence certaine, conservant l'essentiel de son propos tout en resserrant la narration autour de quelques personnages forts. L'histoire suit Carl Winters, Américain venu en Australie à la recherche de sa femme journaliste disparue dans l'outback, et qui va se retrouver confronté à un sanglier géant et dévastateur qui terrorise la région.
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| © 1984 Warner Bros. / UAA/ Western Film Productions. |
Le casting du film repose sur des acteurs relativement peu connus du grand public international, ce qui contribue paradoxalement à renforcer la crédibilité de l'ensemble. Gregory Harrison incarne Carl Winters avec une sobriété efficace, offrant un protagoniste suffisamment ordinaire pour que le spectateur puisse s'identifier à lui sans difficulté. Arkie Whiteley compose une Sarah Kelly attachante et déterminée, dont la présence apporte une chaleur bienvenue dans un film par ailleurs dominé par une atmosphère d'hostilité et de menace. Mais ce sont Bill Kerr, dans le rôle du vieux Jake Cullen dont le petit-fils a été emporté par la bête, et surtout David Argue et Chris Haywood, dans les rôles des deux braconniers sadiques et grotesques Benny et Dicko, qui laissent les impressions les plus durables. Ces deux personnages, à la fois terrifiants et presque comiques dans leur violence caricaturale, apportent au film une dimension de cauchemar éveillé qui le distingue des productions de genre plus conventionnelles.
Ce qui frappe immédiatement dans Razorback, c'est la décision de Russell Mulcahy de ne pas faire un simple film de monstre, mais une œuvre expressionniste et hallucinée dans laquelle le paysage australien devient lui-même une entité menaçante. L'outback n'est pas un simple décor : c'est un personnage à part entière, un espace hostile et démesuré qui écrase les hommes de son indifférence. Mulcahy filme le désert australien comme personne ne l'avait fait avant lui, avec un sens du cadre et de la composition qui doit autant à la peinture qu'au cinéma. Les vastes étendues rouges et ocre, les ciels embrasés, les ossements blanchis par le soleil, participe à créer un sentiment d'irréalité et de danger permanent qui imprègne chaque plan du film.
Sur le plan technique, Razorback est une démonstration éclatante du talent de Dean Semler, directeur de la photographie qui allait quelques années plus tard remporter l'Oscar pour Danse avec les loups. Sa photographie est d'une beauté visuelle saisissante, exploitant les couleurs saturées de l'outback australien pour créer des images d'une intensité presque picturale. Les contrastes entre les bleus profonds de la nuit et les oranges brûlants du jour sont traités avec une virtuosité remarquable, donnant à chaque séquence une identité chromatique forte et immédiatement reconnaissable. Les effets spéciaux, réalisés avec des moyens limités mais une inventivité constante, sont gérés avec intelligence : Mulcahy, conscient des limites de son budget, choisit souvent de suggérer plutôt que de montrer, laissant l'imagination du spectateur faire le reste. Lorsque le razorback apparaît enfin pleinement à l'écran, l'effet est d'autant plus saisissant que le film a pris soin de le laisser dans l'ombre le plus longtemps possible.
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| © 1984 Warner Bros. / UAA/ Western Film Productions. |
Le montage, nerveux et syncopé, trahit les origines de Mulcahy dans le clip musical, mais sans jamais nuire à la cohérence narrative. Au contraire, ce rythme particulier contribue à l'atmosphère de cauchemar du film, créant une sensation de désorientation et d'urgence qui colle parfaitement au propos. La musique de Iva Davies, membre du groupe australien Icehouse, accompagne magnifiquement ces images avec une partition synthétique et atmosphérique qui ancre le film dans son époque tout en lui donnant une couleur sonore immédiatement reconnaissable.
Ce qui reste de Razorback, longtemps après le visionnage, c'est cette impression rare d'avoir traversé un cauchemar cohérent et habité, un film qui use des codes du genre pour dire quelque chose de plus profond sur la violence, sur la nature, sur la fragilité de l'homme face aux forces qui le dépassent. Russell Mulcahy signe ici une œuvre qui mérite amplement d'être redécouverte et réévaluée à sa juste valeur. Un premier film d'une audace et d'une maîtrise formelle qui force le respect, et l'une des contributions les plus originales du cinéma australien des années quatre-vingt au patrimoine mondial du cinéma fantastique.











