[CRITIQUE] : Pekin Opera Blues
Réalisateur : Tsui Hark
Acteurs : Brigitte Lin, Cherie Chung, Sally Yeh, Mark Cheng,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Action, Comédie, Romance.
Nationalité : Hongkongais.
Durée : 1h45min.
Synopsis :
Peu de temps après l’instauration de la République de Chine, le pays est soumis à un contrôle militaire, et disputé par différents groupes. Tsao Wan est la fille d’un seigneur de guerre, mais elle appartient secrètement à un groupe de révolutionnaires. Dans un grand jeu de travestissements, de masques et de hasards, elle va participer au renversement du régime. C’est dans le théâtre Peking Opera qu’elle rencontre deux autres femmes, qui vont malgré elles faire partie de la rébellion.
À ceux qui considère, souvent à raison, que le jeu des comparaisons est une activité gentiment stérile (surtout quand elle est réalisé sans réel fondement), impossible de ne pas voir en celle qui assimile Tsui Hark comme le " Steven Spielberg chinois " (sobriquet également donné à Feng Xiaogang, comme quoi...), la meilleure eau qui soit pour alimenter leur moulin.
Sur le papier, difficile de tisser de réels liens solides entre le papa de Jaws et l'une des figures les plus importantes de la nouvelle vague Hongkongaise (son statut de producteur influent ou sa propension à enchaîner les succès imposant au box-office, et encore), de nouer des atomes crochus entre la folie du génie créatif du papa de Zu, les guerriers de la montagne magique, et le cinéaste américain qui aligne les masterclass à la pelle (où pas loin), voire même de comparer l'éclectisme furieux des deux là où le premier fut quand-même capable de canaliser les kickeries sous coke (vraiment une saloperie de boisson gazeuse...) de JCVD, entre une comédie romantico-barrée (Tristar) et un polar monumental (Time and Tide).
Incomparable, et encore plus lorsque l'on s'attarde sur ses débuts savoureusement anarchiques, comme le génial Peking Opera Blues, petite pépite d'œuvre protéiforme qui trouve son groove entre la Screwball Comedy (avec un humour burlesque visant à désamorcer la noirceur de son propos, sans la dénaturer) et le thriller politique sauce lutte des classes matiné de mélodrame, de féminisme exacerbé et d'une action aussi soudaine qu'explosive (avec une caméra déjà virevoltante, qui enchaîne les plans en plongée/contre-plongée à en donner le tournis), flanqué dans un pays du Matin Calme troublé en pleine transition post-révolution, et à la narration clouée aux basques de trois figures féminines intimement liées aux rivalités politiques visant à faire basculer le régime militaire en place, sans pour autant qu'elles ne soient justement définies par elles.
Des personnages complexes aux aspirations plurielles et qui prennent solidement leurs destinées en main (un incroyable trio Brigitte Lin, Cherie Chung et Sally Yeh), quand bien même ils sont tous frappés par les maux de leur époque (un capitalisme naissant mais déjà dévorant, un opportunisme décomplexé,...), grâce auxquelles Hark joue avec la porosité comme la fluidité des genres en inversant subtilement les rôles dans une réappropriation de l'histoire et de l'art (il se réapproprie avec modernité les codes de l'Opéra de Pékin), tout autant qu'il s'en sert de miroir rétrospectif sur les fêlures et les angoisses du passé, comme pour mieux les plaquer sur un présent - les 80s - en passe d'amorcer la rétrocession de Hong-Kong, par le Royaume-Uni à la Chine continentale.
Fresque populaire rythmée au découpage féroce (une leçon de montage, rien de moins) et aux couleurs saturées, qui s'amuse de ses excentricités outrancières tout en étant porté de la fougue subversive si chère aux premiers efforts du cinéaste, Peking Opera Blues est une merveille de cinéma faussement chaotique aussi maîtrisé qu'espiègle où amitié et cruauté, luttes politiques et expressions théâtrales s'entremêlent dans un ballet virtuose, et qui ne cesse de prendre encore plus de grandeur au fil des visions (d'autant plus dans une salle obscure, ce qui en fait LA ressortie immanquable du moment).
On t'aimera toujours Tsui, même après Double Team, même après Double Team...
Jonathan Chevrier








