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[CRITIQUE] : Ma nudité ne sert à rien

Réalisatrice : Marina De Van
Acteurs : Marina De Van, Rachel Arditi, Juliana de Van,...
Distributeur : Atypik Studio
Budget : -
Genre : Documentaire, Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 1h25min.

Synopsis :
Paris, de nos jours. Marina de Van bataille avec ses relations sentimentales, sa propre image et sa nudité à une époque où les applis de rencontres et les échanges en ligne sont légion. Dans cet autoportrait cru d’une femme approchant la cinquantaine et ce qu’on appelle « l’ère de la transparence des femmes qu’on ne désire plus », la réalisatrice s’affranchit des limites, avec humour et sincérité.




Toute l'œuvre, profondément introspective et singulière (aussi peu prolifique - mais néanmoins furieusement marquante - soit-elle), de Marina De Van n'est au fond bâtie que sur cela, une approche radicale à la physicalité, un rapport conflictuel à l'identité mais surtout au corps, édifice complexe et tout en contradiction, que le cinema de genre (et, plus particulièrement, à la mouvance du body horror à laquelle elle a solidement contribué sans l'hexagone), a trituré sous tous les pores possibles, sans totalement en percer la complète vérité.

Que son propre corps soit, de nouveau, au cœur même de son processus créatif est quelque chose, au-delà du naturel, de profondément cohérent tant elle avait déjà fait de sa personne, l'architecte devant comme derrière la caméra, de son propre cinéma d'horreur.
Mais Ma nudité ne sert à rien est à l'opposé de Dans ma peau, quand bien même le titre lui conviendrait à la perfection : ce nouvel effort prend les contours d'une autofiction plus personnelle et douloureuse, un journal intime sans réserve ni complaisance où elle se raconte sans perdre une once de sa patte - visuelle comme narrative - si atypique.

Copyright Atypik Studio

D'intimité, le film en déborde d'une manière qui pourrait presque apparaître comme déconcertante, tant sa mise à nu est au sens figuré comme au propre, à travers une nudité qui ne se fait jamais comme une manifestation d'un érotisme consentie, mais comme un acte naturel, libérateur face à la souffrance d'une existence bouffée par la solitude et les tournants d'un âge charnière (la quarantaine) qui impose son lot d'attentes, de questionnements et d'urgences.
Un corps qui désire (des rencontres qui ne font que renforcer sa frustration existentielle) autant qu'il repousse, une entité que la cinéaste capture dans une forme de crudité psychologique saisissante, à l'ouverture émotionnelle tout aussi mélancolique que déstabilisante : elle n'a jamais peur de pointer le pathétique, la laideur, la solitude du réel, de se dévoiler sans artifices (jusque dans son narcissisme marqué), physiquement et émotionnellement imparfaite avec une transparence qui peut paraître dérangeante - ce qui est, en partie, le but.

Mais cette authenticité s'oppose, parfois, à un sentiment d'artificialité un peu trop prégnant, dans sa volonté (consciente où non) de ne pas trop masquer les coutures traficotées/dénuées de spontanéité de sa prose, quand bien même l'empathie que suscite cette femme en souffrance, n'en est jamais réellement impacté.
Un effort profondément avant-gardiste donc, peu aimable mais brute et fascinante, à l'image de sa cinéaste.


Jonathan Chevrier