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[CRITIQUE] : The Holy Boy


Réalisateur : Paolo Strippoli
Acteurs : Michele Riondino, Romana Maggiora Vergano, Roberto Citran,...
Distributeur : Grindhouse Paradise Pictures
Budget : -
Genre : Drame, Fantastique.
Nationalité : Italien, Slovène.
Durée : 2h02min.

Synopsis :
Lorsque Sergio, un enseignant hanté par son passé, est muté à Remis, un petit village de montagne réputé pour être le plus heureux d'Italie, l'endroit semble idéal pour prendre un nouveau départ. Mais l’apparente quiétude de cette "vallée des sourires" cache un étrange secret : chaque semaine, les habitants se rassemblent autour de Matteo, un adolescent que l’on dit capable d'absorber la douleur des autres.




Un couple récemment de jeunes parents, semblant épuisé par cette nouvelle tâche, dans un petit appartement italien. Une atmosphère pesante, sombre. Puis, d’un seul coup, sans explication, la mère se jette par la fenêtre. Cut; on retrouve un nouveau personnage qui débarque dans un village perdu en pleine montagne. Dès sa scène d’introduction, The Holy Boy pose son ton et son ambition. Il s’inscrit dans le genre des films énigmatiques, qui distillent des indices au fur et à mesure, rappelant par instants The Wicker Man de Robin Hardy. Un procédé que l’on ne connaît que trop bien, tant il a été utilisé. Mais ce sont souvent des œuvres assez amusantes, car elles en appellent à l’intelligence du spectateur et abordent leur histoire d’une manière ludique. 

Copyright Grindhouse Paradise Pictures

Cela s’accompagne néanmoins de deux défis principaux. Le premier est d’arriver à accrocher le public rapidement, et le second est de transformer l’essai en n’étant pas trop lourd dans ses explications. Pour le coup, The Holy Boy réussit ces deux aspects. Avec cette introduction, mais aussi l’exploration de ce village et de ses habitants, le long-métrage intrigue. Chaque nouveau dialogue s’accompagne de réponses, mais aussi de nouveaux mystères.

Malheureusement, plus le film avance, plus Paolo Strippoli se perd. Au lieu de rester sur son intrigue certes simple mais terriblement efficace et angoissante, il va explorer trop de sous-intrigues, développer trop de personnages, nous perdant dans son récit. Ainsi, on se retrouve avec une œuvre qui cherche à parler de repentance, de comment en tant que jeune homme, on arrive à se faire une place dans la société, d’amour queer, de rapport avec le père, … De beaucoup trop de sujets pour seulement 2 h de film (une durée que l’on ressent énormément par ailleurs). 

De plus, là où l'œuvre commence avec un propos intéressant sur les dérives sectaire, il dévie très rapidement vers un récit évangéliste peu inspiré. Le tout étant accompagné de pirouettes scénaristiques et des choix de personnages peu compréhensibles qui nous sortent totalement du récit. 
Reste alors la réalisation, et là, il est indéniable que Strippoli se démarque. Il arrive à composer son ambiance par son image, avec une photographie pesante, des scènes d’horreur glaçante, et des idées de cadrage assez intéressantes. Ce qui rend le reste encore plus frustrant. 

Copyright Grindhouse Paradise Pictures

Il se cache un film passionnant dans The Holy Boy. Une œuvre questionnant sur les dérives sectaires, et comment ces cultes jouent avec la fragilité des humains, mais aussi sur la repentance et comment accepter ses péchés pour grandir. Mais la sur-abondance de sous-intrigues alourdit le long-métrage, l’obligeant à tout survoler. Résultat, reste qu’un film beaucoup trop long qui arrive par instant à intéresser par sa réalisation soignée. 


Livio Lonardi



Copyright Grindhouse Paradise Pictures



Rémis, quel étrange village situé dans la vallée des sourires. Sergio (Michele Riondino), qui traîne un sacré traumatisme, va bientôt découvrir le mystère qui se cache derrière ce nom. Judoka à la retraite, il est embauché comme professeur d’éducation physique dans ce patelin où tout le monde semble inexorablement heureux. Il est interpellé par la situation de Matteo (Giulio Feltri), adolescent chétif taciturne et mis à l'écart. Une fois par semaine, les habitants du village viennent l’étreindre pour qu’il absorbe leur malheur. Ils semblent voir en lui un envoyé de Dieu. Mais est-ce vraiment le cas ? Et est-ce une vie pour ce jeune adolescent qui n’a pas vraiment son mot à dire dans sa situation ?

Originaire des Pouilles, Paolo Strippoli s’est imposé, en quelques films, comme l’une des voix du renouveau du cinéma de genre italien. Formé à la réalisation au Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome après des études de spectacle à La Sapienza, il remporte en 2019 le prix Franco Solinas du meilleur sujet. Il réalise ensuite, avec Roberto De Feo, A Classic Horror Story, avant de signer Piove (Flowing) en 2022. Présenté hors compétition à la Mostra de Venise en 2025, The Holy Boy apporte une teinte plus intime à sa filmographie.

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Paolo Strippoli commence à imaginer The Holy Boy dès la fin de ses études au Centro Sperimentale di Cinematografia. L’idée, développée dès 2017, s’est construite autour d’une intuition : faire de la souffrance la matière première du film. Le projet s’est nourri d’un fait divers : le culte du glorieux Alberto. Dans les années 1940-1950, un jeune garçon nommé Alberto a été renversé et tué par une voiture. Les habitants de son village se sont persuadés qu'il s'était réincarné dans le corps de sa tante. À travers elle, la communauté locale s'est mise à vénérer l'enfant défunt, le croyant capable de prodiguer des miracles.

Le plus frappant dans The Holy Boy, dans un premier temps, ce sont ses choix esthétiques. Paolo Strippoli opte pour une forme d’austérité en désaturant les couleurs de ce petit village montagneux. Le rythme lent permet  au spectateur de s’imprégner de l’atmosphère étouffante et, surtout, de voir cet endroit avec les yeux de Sergio, qui, souffrant de dépression, ne considère pas d’un bon œil la bonne humeur factice de Remis. 
Ainsi, c’est de manière très insidieuse que The Holy Boy amène à réfléchir aux besoins humains de ressentir des émotions négatives, indispensables pour devenir autonome. À la manière de n’importe quelle drogue et de n’importe quelle addiction, le pouvoir de Matteo est perçu comme “l’opium du peuple”, célèbre expression de Karl Marx, qui fait des habitants de Remis des personnes dociles, dépendantes de l’Église et, dans une certaine mesure, du père de Matteo, qui l’instrumentalise. 

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L’instrumentalisation de l’adolescent constitue également l’une des thématiques centrales du film. Il est littéralement le réceptacle des douleurs de tous les adultes de son village. On attend de lui qu’il accepte sans broncher ce rôle qu’il n’a pas demandé. Il ne décide jamais de la manière dont il peut jouir de ses capacités.
The Holy Boy suit sa rencontre avec Sergio, homme ambigu qui paie pour ne pas avoir écouté son fils et souffre d’avoir voulu être un modèle de masculinité virile. Cette rencontre servira de point de départ à sa quête d’émancipation et à sa soif de vengeance contre toutes les personnes qui ont nié son humanité. Le film se terminera par une séquence déchirante, un climax où la colère et la violence de cet adolescent deviendront hors de contrôle. Le jeune Giulio Feltri brille dans ce premier rôle où il met au service du personnage sa silhouette dégingandée et son regard tour à tour perçant et fuyant. 

Impossible de ne pas voir dans The Holy Boy une critique de l’Église et de son clergé, ici représentés comme les leaders d’un culte. Les choix des décors intérieurs sont assez parlants. Si les extérieurs sont d’une grande beauté, les intérieurs des lieux “religieux” sont assez déceptifs. L’antichambre où les villageois font la queue et règlent une somme au père pour voir Matteo est particulièrement sombre tandis que la salle des étreintes ressemble à un gymnase de seconde zone. Si Matteo porte une soutane — qu’il ressent bien plus comme une tenue de prisonnier — pendant l’acte, peu d’efforts ont été faits par le clergé pour rendre hommage à la soi-disant grandeur du don. 

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En définitive, The Holy Boy s’impose comme un film profondément sombre, qui utilise les codes du cinéma de genre pour interroger des questions très humaines. À travers Matteo, Paolo Strippoli met en scène un adolescent dont le corps et la souffrance deviennent la propriété d’une communauté qui prétend le protéger tout en lui confisquant sa liberté. La mise en scène austère, les décors oppressants et le rythme volontairement lent renforcent cette sensation d’enfermement. Le film trouve sa force dans son portrait de Matteo et dans la violence de son désir de reprendre possession de lui-même. The Holy Boy apparaît ainsi moins comme l’histoire d’un miracle que comme celle d’un adolescent qui cherche désespérément à redevenir maître de son propre destin.


Éléonore Tain