[CRITIQUE] : Primetime
Réalisateur : Lance Oppenheim
Acteurs : Robert Pattinson, Skyler Gisondo, Merritt Wever,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Biopic, Policier.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h45min.
Synopsis :
En 2006, Chris Hansen, le présentateur de l'émission To Catch a Predator, entreprend de marquer l’histoire de la télévision.
Il est arrivé un stade critique où, la faute à un Ruben Östlund (pas uniquement lui, évidemment... mais surtout lui, double adoubement cannois suprême oblige) beaucoup trop prolifique pour notre bien et qui n'a eu de cesse de répéter ad vitam æternam la même formule avec une apathie pesante (en même temps, il a été adulé et récompensé pour cela), nous avons tous beaucoup trop vu et encaissé de satires plus ou moins acides (et à forte tendance haute bourgeoisie), pour être un tant soit peu attirés par une nouvelle bande s'aventurant sur cette voie mal défrichée, même armée des meilleures intentions comme d'une vision supposément affûtée selon les talents impliqués.
Quelle ironie de voir que la firme A24, dont le vernis de sa « perfection » productive n'a de cesse de se craqueler pour quiconque s'intéresse réellement à tout son catalogue, s'essayer à nouveau à l'exercice après les déroutes Death of a Unicorn d'Alex Scharfman et Opus de Mark Anthony Green, avec un nouveau premier effort peut-être encore plus ampoulé et insipide : Primetime, estampillé premier long-métrage du documentariste émérite Lance Oppenheim.
D'un côté, le film n'en reste pas moins fascinant et totalement symptomatique de la recette A24 : un concept fort (et potentiellement buzzé) et une distribution pimpante qui justifieraient à eux seuls le déplacement en salles, et de l'autre un traitement totalement superficiel, quand il n'est pas excessivement exagéré, de ses thématiques au point où l'on se demande ce que le film cherche réellement à nous dire, en admettant qu'il ne se prenne pas lui-même les bobines dans son propre discours.
Techniquement inattaquable (mention à la superbe photographie de David Bolen, qui donne une identité visuelle forte au long-métrage et retranscrit à merveille les codes saturés de la télévision du début du XXIème siècle; bras droit parfait d'une mise en scène savamment épurée et minimaliste d'Oppenheim), le film partait d'un point de départ résolument accrocheur : une exploration des coulisses de l'émission de télé-réalité américaine controversée et - évidemment - populaire « To Catch a Predator », diffusée de 2004 à 2008 sur NBC (qui voyait le show piéger des pédophiles sur des forums de discussion en ligne, pour les attirer dans des « lieux piégés » et les confronter face caméra à leur criminalité abjecte), et plus particulièrement de sa figure centrale, un « prédateur de prédateurs » (le présentateur, renommé Chris Hansen pour l'occasion) qui a de sacrés cadavres dans le placard, lancé dans une course aveugle et « purificatrice » à l'audience qui ne pouvait le mener qu'à une perte à la fois tragique et absolument désastreuse.
Dans l'état, la narration survole, tremble de la pellicule dans son refus de produire un semblant de constat approfondi sur comment le système Hollywoodien n'a jamais réellement eu aucune honte à sacrifier toute éthique comme toute morale au profit de l'audience et du sacro-saint billet vert, en embrassant stricto sensu les mêmes débordements (jusque dans son final), les mêmes travers qu'il prétend prétentieusement vouloir dénoncer, comme absorbé lui aussi par le pouvoir monstrueux du sensationnalisme.
Loin de l'épopée médiatique incisive et pertinente qui, certes, pointe l'émission pour ce qu'elle était (moins saine que fièrement annoncée - sans déconner -, entre lynchage médiatique et voyeurisme exacerbé, sous couvert d'un semblant de justice sociale) et encore plus d'une étude psychologique complexe des figures en son coeur (des personnages moralement ambigus tout autant que lucides face à la mécanique qu'ils alimentent... et c'est tout, d'autant que plusieurs sont vraisemblablement fictifs), le film ne s'attarde jamais concrètement sur les conséquences (sociales, juridiques, humaines) derrière ce type de production hypocrite et cynique aux méthodes douteuses, à la différence du résolument plus frontal et clinique Predators de David Osit, plus dérangeant encore parce qu'il n'occulte rien de l'horreur, ne cherche pas à divertir en questionnant honnêtement la morale, au point que son divertissement lui-même obscurcisse son propos.
Les limites mêmes d'une production qui cherche à piquer sans faire mal, à constater le cynisme ambiant sans vouloir l'analyser (sauf, peut-être, par bribes au détour du pourtant fascinant personnage d'Andie, bourreau lucide et pragmatique qui ne se cache qu'à moitié derrière la morale de façade du show), symbolisées par la performance à la fois puissante et excessivement outrancière de Robert Pattinson, aussi grisant à suivre qu'il surligne - voire fétichise - et écrase l'expression de cette laideur sordide et humaine qui est tout autant celle de son auditoire (la nôtre même tant sans le voyeurisme décomplexé du spectateur/consommateur, de telles émissions n'auraient ni existé, ni perduré).
Frustrant donc, et pas qu'un peu.
Jonathan Chevrier
Acteurs : Robert Pattinson, Skyler Gisondo, Merritt Wever,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Biopic, Policier.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h45min.
Synopsis :
En 2006, Chris Hansen, le présentateur de l'émission To Catch a Predator, entreprend de marquer l’histoire de la télévision.
Il est arrivé un stade critique où, la faute à un Ruben Östlund (pas uniquement lui, évidemment... mais surtout lui, double adoubement cannois suprême oblige) beaucoup trop prolifique pour notre bien et qui n'a eu de cesse de répéter ad vitam æternam la même formule avec une apathie pesante (en même temps, il a été adulé et récompensé pour cela), nous avons tous beaucoup trop vu et encaissé de satires plus ou moins acides (et à forte tendance haute bourgeoisie), pour être un tant soit peu attirés par une nouvelle bande s'aventurant sur cette voie mal défrichée, même armée des meilleures intentions comme d'une vision supposément affûtée selon les talents impliqués.
Quelle ironie de voir que la firme A24, dont le vernis de sa « perfection » productive n'a de cesse de se craqueler pour quiconque s'intéresse réellement à tout son catalogue, s'essayer à nouveau à l'exercice après les déroutes Death of a Unicorn d'Alex Scharfman et Opus de Mark Anthony Green, avec un nouveau premier effort peut-être encore plus ampoulé et insipide : Primetime, estampillé premier long-métrage du documentariste émérite Lance Oppenheim.
D'un côté, le film n'en reste pas moins fascinant et totalement symptomatique de la recette A24 : un concept fort (et potentiellement buzzé) et une distribution pimpante qui justifieraient à eux seuls le déplacement en salles, et de l'autre un traitement totalement superficiel, quand il n'est pas excessivement exagéré, de ses thématiques au point où l'on se demande ce que le film cherche réellement à nous dire, en admettant qu'il ne se prenne pas lui-même les bobines dans son propre discours.
Techniquement inattaquable (mention à la superbe photographie de David Bolen, qui donne une identité visuelle forte au long-métrage et retranscrit à merveille les codes saturés de la télévision du début du XXIème siècle; bras droit parfait d'une mise en scène savamment épurée et minimaliste d'Oppenheim), le film partait d'un point de départ résolument accrocheur : une exploration des coulisses de l'émission de télé-réalité américaine controversée et - évidemment - populaire « To Catch a Predator », diffusée de 2004 à 2008 sur NBC (qui voyait le show piéger des pédophiles sur des forums de discussion en ligne, pour les attirer dans des « lieux piégés » et les confronter face caméra à leur criminalité abjecte), et plus particulièrement de sa figure centrale, un « prédateur de prédateurs » (le présentateur, renommé Chris Hansen pour l'occasion) qui a de sacrés cadavres dans le placard, lancé dans une course aveugle et « purificatrice » à l'audience qui ne pouvait le mener qu'à une perte à la fois tragique et absolument désastreuse.
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Dans l'état, la narration survole, tremble de la pellicule dans son refus de produire un semblant de constat approfondi sur comment le système Hollywoodien n'a jamais réellement eu aucune honte à sacrifier toute éthique comme toute morale au profit de l'audience et du sacro-saint billet vert, en embrassant stricto sensu les mêmes débordements (jusque dans son final), les mêmes travers qu'il prétend prétentieusement vouloir dénoncer, comme absorbé lui aussi par le pouvoir monstrueux du sensationnalisme.
Loin de l'épopée médiatique incisive et pertinente qui, certes, pointe l'émission pour ce qu'elle était (moins saine que fièrement annoncée - sans déconner -, entre lynchage médiatique et voyeurisme exacerbé, sous couvert d'un semblant de justice sociale) et encore plus d'une étude psychologique complexe des figures en son coeur (des personnages moralement ambigus tout autant que lucides face à la mécanique qu'ils alimentent... et c'est tout, d'autant que plusieurs sont vraisemblablement fictifs), le film ne s'attarde jamais concrètement sur les conséquences (sociales, juridiques, humaines) derrière ce type de production hypocrite et cynique aux méthodes douteuses, à la différence du résolument plus frontal et clinique Predators de David Osit, plus dérangeant encore parce qu'il n'occulte rien de l'horreur, ne cherche pas à divertir en questionnant honnêtement la morale, au point que son divertissement lui-même obscurcisse son propos.
Les limites mêmes d'une production qui cherche à piquer sans faire mal, à constater le cynisme ambiant sans vouloir l'analyser (sauf, peut-être, par bribes au détour du pourtant fascinant personnage d'Andie, bourreau lucide et pragmatique qui ne se cache qu'à moitié derrière la morale de façade du show), symbolisées par la performance à la fois puissante et excessivement outrancière de Robert Pattinson, aussi grisant à suivre qu'il surligne - voire fétichise - et écrase l'expression de cette laideur sordide et humaine qui est tout autant celle de son auditoire (la nôtre même tant sans le voyeurisme décomplexé du spectateur/consommateur, de telles émissions n'auraient ni existé, ni perduré).
Frustrant donc, et pas qu'un peu.
Jonathan Chevrier


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