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[CRITIQUE] : Paradise


Réalisateur : Jérémy Comte
Acteurs : Daniel Atsu Hukporti, Joey Boivin-Desmeules, Benjamin Kwao Delali,...
Budget : -
Distributeur : Tandem
Genre : Drame.
Nationalité : Canadien, Français, Ghanéen.
Durée : 1h33min

Synopsis :
Au Ghana, Kojo, adolescent marqué par la disparition de son père en mer, se rapproche des gangs de rue sans parvenir à combler le vide qu’il ressent. Pendant ce temps, au Québec, Tony, en quête de repères, s’interroge sur l’homme dont sa mère est amoureuse et qui pourrait être le père qu’il n’a jamais connu... Entre la lente déchéance de l'un et la recherche d'identité de l'autre, un lien insoupçonné se tisse, unissant les destins croisés de ces deux jeunes hommes que tout semble séparer.




L'adolescence est une période si complexe et insaisissable où tout - littéralement - se bouscule et se transforme à l'aube d'une entrée (qui sera percutante ou non selon les parcours de vie) au coeur du monde adulte, que le septième art n'aura de cesse d'en faire un terrain (avec plus où moins de profondeur selon les ambitions, certes) à analyser, à défricher pour tenter d'en capturer la substantifique moelle qui touchera le spectateur au plus près de sa chair, dans une forme d'empathie matinée de nostalgie/mélancolie que seule les récits initiatiques/d'apprentissages savent susciter.

Pour preuve, rien que sur cette saison estivale pas fondamentalement plus prolifique que le reste de l'année, avec une proposition moins intense et un poil écrasé par les grosses cylindrées Hollywoodiennes - mais pas que -, on n'en dénombre près d'une dizaine sur une poignée de semaines, avec des horizons et des propos divers et variés, même si toujours vissé sur un récit initiatique à hauteur d'ado : Le Garçon qui faisait danser les collines de Georgi M. Unkovski, Hanami de Denise Fernandes, Chicas Tristes de Fernanda Tovar où encore Girl de Shu Qi, Cotton Queen de Suzannah Mirghani et My Summer with Irene de Carlo Sironi.

Copyright Tandem

C'est dans ce contexte particulièrement chargé que s'inscrit le premier long-métrage du wannabe cinéaste canadien Jérémy Comte (qui avait su faire un sacré petit boucan avec son court-métrage Fauve, nommé aux Oscars), Paradise, qui tisse et entrelace en parallèles un double récit initiatique et intimiste autour d'une même histoire, sonde l'universalité des douleurs intimes adolescentes (ici deux gamins à deux coins opposés du globe - l'un au Québec, l'autre au Ghana -, unis malgré eux dans leur manque de repères et démunis face à des figures parentales vacillantes et/où absentes) au détour d'un bouillant drame socialo-familial mâtiné de thriller psychologique où les notions du bien et du mal coexistent dans un ballet tortueux (et dont l'une des parties centrales du récit, nous alerte sur un vrai problème de société - l'arnaque aux sentiments et, plus directement, les scams -, qui vont prendre une proportion démesurée avec les fuites de données quotidiennes) qui prend sensiblement son temps pour démarrer mais n'en reste pas moins captivant.

Deux jeunes âmes opposées, deux symboles d'une jeunesse égarée que leurs actions comme leurs erreurs et, surtout, leurs besoins de connexions aux autres, vont physiquement et psychologiquement rapprocher, Comte explorant ses personnages en profondeur et dans toute leur complexité, sans jamais être plombé par des velléités moralisatrices - même si son écriture n'est pas exempt de stéréotypes.
Frappé de quelques longueurs disgracieuses - surtout dans sa seconde moitié, la plus fragile - malgré une durée plutôt concise, mais embaumé dans une photographie d'une précision glaciale (outil essentiel pour voguer sans remous entre réalisme et onirisme), le film est de ses premiers efforts bruts - jusque dans ses ruptures de ton - et personnels (le cinéaste se nourrit de sa propre expérience) à la cohérence rare, dont le refus de tout manichéisme laisse à penser que Jérémy Comte a déjà tout d'un grand.
Vivement la suite donc.


Jonathan Chevrier