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[CRITIQUE] : The Ugly


Réalisateur : Yeon Sang-ho
Avec : Park Jeong-min, Kwon Hae-hyo, Bin Shin-hyon,...
Distributeur : KMBO
Budget : -
Genre : Drame, Thriller.
Nationalité : Sud-coréen.
Durée : 1h42min

Synopsis :
Aveugle de naissance, un maître artisan, admiré pour la beauté des sceaux qu’il grave, vit reclus avec son fils unique. Mais cette paix vole en éclats lorsque les ossements de sa femme, disparue quarante ans plus tôt, sont découverts. Son fils entreprend alors de mener l’enquête sur ce passé. Cette quête de vérité va dévoiler de lourds secrets, de ceux qui touchent à la laideur humaine.




Ce que l'on ne pourra décemment pas reprocher à Yeon Sang-ho, c'est son activité quasi-constante aussi bien sur le petit que sur le grand écran, sa propension à enchaîner les projets à une vitesse assez folle (moins que notre Quentin Dupieux national certes, mais pas si loin non plus), une frénésie créative qui sonnerait presque comme une opportunité qu'il se donne - et qu'il laisse donc à son auditoire - pour faire oublier ses errances zombiesques (quoiqu'il n'est pas forcément plus adroit ailleurs non plus...) que l'on aimait jadis, mais qui nous laisse totalement insensible aujourd'hui.

Quelques semaines après le mauvais souvenir qu'incarnait son Colony (trip brutal et régressif évidemment plus divertissant que le calamiteux Peninsula, d'autant que quelques effets pratiques le dispense d'une bouillie numérique irritante), place donc à The Ugly, adapté de son propre roman graphique éponyme paru en 2018 (pourquoi s'emmerder ?), promesse d'une forme de retour aux sources à la noirceur réaliste de ses premiers efforts (avec même la présence rassurante de l'un de ses comédiens fétiches, l'excellent Kwon Hae-hyo), expurgée de toute excentricité horrifique où science-fictionnelle, mais aussi de toute violence graphique et spectaculaire pour voguer vers quelque chose de plus réel et palpable - notre comportement envers l'autre comme miroir significatif de notre propre laideur.

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Et sur le papier, difficile de ne pas croire en la bonne foi du bonhomme, lui dont la narration se fixe aux aternoiements d'un maître artisan aveugle de naissance mais incroyablement talentueux, qui vit reclus avec son fils unique, dont la quiétude vole en éclats lorsqu'il apprend, alors que l'on filme un documentaire sur sa vie, que des ossements de sa femme, disparue quarante ans plus tôt, ont été exhumés, poussant son rejeton à enquêter sur ce qui a réellement pu lui arriver, lui qui n'a jamais eu la chance de la connaître...

Malheureusement, l'attention suscitée n'arrive jamais à trouver écho avec la mécanique narrative frustrante usée par Sang-ho, une narration chapitrée et axée sur une dynamique de jonglage entre passé et présent (des flashbacks illustratifs qui exposent la fragilité comme la prévisibilité de l'intrigue/enquête - jusqu'à un final décevant comme ce n'est pas permis -, tout en ne donnant jamais de visage à une épouse/mère dont on souligne la laideur, là où elle ne fait que révéler celle de ceux qui la juge), couplée à un propos artificiel sur un sujet important (la violence sourde faite aux femmes et les féminicides, ici traités d'une manière au mieux maladroite, au pire franchement affligeante); le tout embaumé dans une atmosphère particulièrement poisseuse et sordide, digne du pire polar néo-noir et voyeuriste des 90s.
Pas vraiment le film qui va nous réconcilier avec le bonhomme donc, loin de là même...


Jonathan Chevrier