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[CRITIQUE] : Le Triangle d'or


Réalisatrice : Hélène Rosselet-Ruiz
Avec : Malou Khebizi, Soundos Mosbah, Ziad Bakri,...
Distributeur : Ad Vitam
Budget : -
Genre : Drame, Thriller.
Nationalité : Français, Belge, Canadien.
Durée : 1h27min.

Synopsis :
Pour gagner sa vie, Laura accepte un emploi au service de Souria. Installée dans un hôtel particulier du triangle d’or par son amant, un riche prince saoudien, Souria vit dans l’attente de ses visites. Tandis que Laura doit s’adapter à cet univers de luxe démesuré et de surveillance constante, un lien fragile se tisse entre les deux femmes. Mais Laura pressent qu’un danger pèse sur Souria et que cette cage dorée pourrait bien se refermer sur elles deux.





Il y a des films coup de poing qui marquent autant de par la qualité ineffable qui les caractérise, que par la rigueur souvent exceptionnel dont il exploite leur(s) sujet(s)/thématique(s), motivés par une détermination sans borne à frapper son spectateur là où ça fait mal, et d'imprimer durablement ses rétines.

Sans probante contestation, le cinéma encore naissant mais déjà gentiment percutant de la wannabe cinéaste française Hélène Rosselet-Ruiz, fraîchement adoubé par une réunion cannoise qui aurait très bien pu lui offrir une place dans l'une de ses sélections officielles (le film a été présenté en " Séance Spéciale "), s'inscrit dans cette authentique vérité avec Le Triangle d'or, qui swingue sur le groove complexe du mélange des genres (thriller social, mélodrame psychologique, huis clos), au détour des liens qui se tissent entre deux femmes aux origines et aux horizons pourtant dissemblables, mais unies au cœur d'un univers tout en murs invisibles plein de richesses et d'influences, mais où elles sont totalement démunies de tout pouvoir.

Copyright Les Films de Pierre

Soit Laura qui, pour gagner sa vie (en attendant d'embrasser une carrière militaire qui ne s'appelle pas encore à elle) et quand bien même elle apparaît la moins qualifiée des prétendantes, est embauché pour un emploi au service de Souria, vit dans l’attente des visites (mais aussi que pour elles, entre séances de sport, soins esthétiques et shopping) de son amant, un riche prince saoudien dont elle aspire à être la seconde épouse, au coeur d'un hôtel particulier du triangle d’or parisien, où elle apparaît coupé du monde et des siens, dans une surveillance constante de ses moindres faits et gestes.

C'est dans cette prison pavée d'or que Laura va prendre conscience de la fragilité de l'image parfaite et faussement sûre d'elle que Souria projette (tout en allant au-delà des limites de son comportement particulièrement odieux, aussi), et qu'elle n'est in fine que prisonnière des attentes et illusions qui ne sont que les fruits d'une dépendance toxique potentiellement dangereuses...

D'une maniere à la fois brute et intime, la cinéaste explore les zones d'ombres manipulatrices du pouvoir patriarcal (sur-protection oppressive, amitiés féminines nuancées et contrastées, opulence de façade faussement chaleureuse, contrôle excessif du corps féminin,...) au cœur d'un thriller psychologique sobre et déstabilisant (dans sa façon, notamment, de scrupuleusement s'appuyer sur des images de caméras de surveillance, comme pour initier l'idée d'un regard biaisé, de confiance sous condition de pouvoir), flirtant gentiment avec le mélodrame sous tension sous fond de violence de classes, d'auscultation des rapports maître/servant et de solidarité féminine.

Copyright Les Films de Pierre

Le tout au plus près d'une jeune femme littéralement catapultée dans un autre monde qui la répulse autant qu'il la fascine, aussi bien tiraillée qu'elle reste par sa condition (précaire, qui l'oblige à conserver un emploi dont elle n'a pas toutes les clés et qui, lui-même, ne tient qu'à un fil) que par l'ambiguïté derrière la relation qu'elle noue avec sa " boss " qui n'en est pas totalement une (elle est à la fois une employée dévouée qui doit répondre à la moindre demande - même les plus humiliantes -, une observatrice directe des événements avant de devenir une sorte de chevalier blanc, désireuse de sauver Souria de sa condition alors qu'elle la supplie de ne pas l'abandonner); deux figures complexes incarnées avec justesse par le tandem Malou Khebizi/Soundos Mosbah.

Un joli premier effort donc, claustrophobe, minimaliste et particulièrement prenant dont la fin certes abrupte, ne fait qu'en renforcer l'impact malgré sa previsibilité.


Jonathan Chevrier