[CRITIQUE] : Gavagai, et autres malentendus

Réalisateur : Ulrich Köhler
Avec : Jean-Christophe Folly, Maren Eggert, Nathalie Richard,...
Distributeur : New Story
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Allemagne, Français.
Durée : 1h31min.
Synopsis :
Au cours du tournage chaotique d'une adaptation de Médée au Sénégal, l’actrice allemande Maja trouve refuge dans une liaison avec son partenaire Nourou. Quelques mois plus tard, ils se retrouvent à la première du film à Berlin. Les sentiments refont surface, mais un incident raciste vient troubler leurs retrouvailles. Tandis que la tragédie antique se joue à l’écran, un drame moderne se déploie dans la vie réelle.
De Médée sur grand écran et dans la mémoire collective des cinéphiles, on en garde avant tout et surtout le souvenir de la libre adaptation de la tragédie d'Euripide qu'en a fait Pier Paolo Pasolini avec le monumental Médée, où il pointait la coexistence entre un passé ritualisé et un présent désacralisé, entre le sacré et la raison/profane, pour mieux exposer sa critique sociale dans laquelle émergeait autant les ravages de l'évolution contemporaine, que ceux de la manipulation/exploitation de l'homme machiavélique sur la femme - totalement objectivée -, dont la liberté n'est réduite qu'à l'image et au besoin religieux et machiste de la maternité.
Une critique qui, comme souvent chez Pasolini, trouvait sa force dans l'union entre une réflexion ontologique et une approche cinématographique rudimentaire et épurée - le " cinéma du réel ", en parfaite cohérence avec l'évocation du mythe - pour mieux incarner, au-delà de la réappropriation exigeante et personnelle, une merveille d'oeuvre sèche et sans concession sur l'origine primitive des croyances de l'homme, un douloureux et barbare poème qui laisse un délectable goût de cendre dans le palais.
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| Copyright New Story |
De critique - plus où moins - sèche et de modernisation du matériau d'origine, il en est également question avec le nouvel effort du cinéaste allemand Ulrich Köhler, Gavagai, et autres malentendus, qui cherche à prendre la pièce d'Euripide et de son adaptation cinématographique fictive et chaotique (tourné au Sénégal par une réalisatrice européenne et une distribution quasi-exclusivement africaine, et dont les différences de traitement en son sein, ne sont que les germes d'un acte de discrimination raciale explicite et pivot par la suite, alors que l'attention se déplace sur la présentation du film à la Berlinale), comme point de départ d'une réflexion aussi bien sur la solitude contemporaine (à travers les fossés et barrières culturelles et communicantes que l'on dresse/se dresse plus où moins frontalement), que sur la hiérarchisation archaïque de race et de genre qui gangrène nos rapports à l'autre.
S'il s'expurge de tout moralisme putassier, le cinéaste n'en reste pas moins sensiblement moins habile dans sa prose (qui oppose et inverse l'adaptation de Médée et la réalité), swinguant de manière pas toujours assuré entre le drame romantique boiteux (où la question du racisme, et de sa réaction face à lui, creuse la distanciation entre les cœurs) et la satire cynique un poil caricaturale mais néanmoins pertinante dans sa manière de mettre en lumière les rapports de pouvoir de classe, de pointer comment les préjugés éhontés d'hier, façonne toujours la société d'aujourd'hui - et vu le versant extrême actuel, certainement aussi de demain.
Une mise en abîme didactique donc, mais réellement prenant.
Jonathan Chevrier








