[FUCKING SERIES] : Euphoria saison 3 : This is the end (tant mieux)
(Critique - avec spoilers - de la saison 3)
Entamée avec des retours élogieux avant d'amener des critiques des plus clivantes, Euphoria a su, avec ses deux premières saisons, tendre vers un formalisme passionnant et éclatant renvoyant à une dynamique de jeunesse américaine intéressante. Il y a eu bien évidemment de nombreux débats sur sa manière de représenter la sexualité de ses personnages et d'approcher ses violences, mais cela n'a pas empêché de trouver des points d'intérêt, comme ce double épisode lié à une pièce de théâtre, confrontant les protagonistes à leurs représentations dans un geste post-moderne particulièrement électrique. Pourtant, les inquiétudes étaient nombreuses avec cette troisième saison qui ne semblait pas assumer ses contours de clôture générale. C'est peut-être pour cela que notre sentiment général s'avère des plus partagés.
Il serait pourtant exagéré de limiter la série à un ratage total tant on sent le travail formel encore une fois accentué, assumant même ses contours grotesques quand il fait grandir Sydney Sweeney dans des proportions exagérées ou décrépit son potentiel clinquant. De même, l'approche assumée du western sied particulièrement avec les thématiques, renvoyant violence, sexualité et religion dans une Amérique encore plus aride qu'avant, et ce malgré son vernis de modernité. Les enjeux restent les mêmes malgré les générations, se clôturant même dans un duel final à propos et par une séquence dont les surcadrages rappellent les influences dans la réalisation.
Malheureusement, le tout souffre d'une narration grinçante, dont le déséquilibre se fait encore plus criard quand on voit l'évolution des personnages. Le récit est bien évidemment monopolisé par Rue mais même celle-ci ne parvient pas à réellement intéresser malgré l'implication de Zendaya. Cela montre bien que les autres protagonistes sont encore plus délaissés, d'une Hunter Schafer plus proche d'un caméo que d'un vrai rôle à une Maud Apatow qui n'a pas grand-chose à se mettre sous la dent. La prolifération d'intrigues criminelles, se voulant critique d'un certain système américain, finit par essouffler et fatigue tant on sent que cela finit par tourner en rond, dénouements " chocs " inclus au vu de leur prévisibilité. On sent pourtant le potentiel thématique évident et la volonté d'ausculter différemment le pays dans un portrait acide, mais les facilités des récits alourdissent le tout et enlèvent même les possibilités émotionnelles de certains arcs, pourtant émouvants sur le papier.
Que reste t-il donc de cette troisième et ultime salve d'Euphoria ? Des regrets, beaucoup même, tant son potentiel n'est jamais à la hauteur d'un résultat éminemment décevant. On est quand même loin d'un naufrage total au vu de ses pistes intéressantes et de son travail visuel peut-être trop démonstratif mais dont la nature léchée ne pourra pas être niée. Néanmoins, il y avait matière pour faire plus radical et émouvant avec les mêmes cartes, rendant cette conclusion des plus attendues. On ne sera pas étonnés de voir le clivage renforcé au vu des quelques retours positifs lus ça et là sur les réseaux, ce qui ne serait que logique au vu de la réputation de la série. Pour notre part, on restera sur cette frustration de voir des intentions passionnantes se vautrer sans réellement atteindre l'impact attendu, délaissant même des personnages qui étaient le coeur des saisons précédentes...
Liam Debruel
C'est l'anatomie d'un échec qui sentait déjà méchamment le pâté dès le virage de la saison 2, et qui a été confirmé avec l'immense ratage du petit ange parti trop tard The Idol : si jadis Sam Levinson avait laissé poindre le sentiment de vouloir bousculer les conventions avec son œuvre, il n'est désormais qu'une parodie de subversivité qui ne cherche même plus à masquer sa misogynie - de plus en plus exacerbée à mesure que sa carrière évolue.
Euphoria en est le symbole le plus douloureux, la série s'étant un peu trop vite transformée en un teen drama poignant sur l'addition et le chaos complexe de la vie adolescente, en une sorte de walk of shame ambulant où il semblait vouloir punir tous les personnages d'interprètes ayant vu leur côte plus vite exploser que la sienne, au sein de l'impitoyable jungle Hollywoodienne.
Si la saison 2 suscitait encore un peu d'intérêt, cette troisième salve d'épisodes, qui se hasarde à jouer les dramas policiers avec un doigt de néo-western, a tout d'une séance d'humiliation collective qui alligne d'une manière aussi perverse qu'absurde les provocations - souvent problématiques - et où chaque personnage, désormais adulte, est réduit à la plus simple des caricatures (parce que l'on ne veut pas admettre que l'on plus rien à raconter pour et sur eux).
C'est tout ce qui reste d'Euphoria, une esthetique léchée (mais au service d'une histoire boursouflée) et une intrigue mère sans tension ni subtilité (Rue et sa fâcheuse tendance à se fourrer dans les pires situations - mule pour un patron de strip-club impitoyable, toujours manipulée par Laurie et avec une dette désormais astronomique -, tandis que Nate et Cassie - qui à un OnlyFans - préparent leur mariage), et une écriture expurgée de toute nuance et de toute notion de réflexion, uniquement portée par la volonté délirante d'incarner un gros fantasme érotique pour un public masculin à l'excitation facile, où les figures féminines fortes par le passé, sont désormais opposées entre elles mais surtout réduites à une passivité et une dépendance dérangeantes (Cassie et son contenu pour OF - qui véhicule tous les stéréotypes possibles sur le travail du sexe -, Jules qui abandonne ses études pour devenir sugar baby, ne parlons même pas de Rue et Laurie...).
Véritable opus de destruction massive nihiliste et frustré qui se fout littéralement de ses héroïnes et de leurs émotions (et, de facto, de son auditoire), par un sale gosse mysogine et capricieux qui s'amuse à gâcher son plus bel édifice - le tout enrobé du score pompier d'un Hans Zimmer moins inspiré que jamais - sous un filtre TikTok/Instagram; Euphoria se termine sur une agonie toute en souffrance, à la fois superficielle et grotesque (une série non conventionnelle qui se termine sur quelques symboles conservateurs as hell, ça fait sens), jusque dans son ultime épisode expéditif là où il dépasse les 90 minutes de bobine.
Shame, shame, shame...
Jonathan Chevrier
Entamée avec des retours élogieux avant d'amener des critiques des plus clivantes, Euphoria a su, avec ses deux premières saisons, tendre vers un formalisme passionnant et éclatant renvoyant à une dynamique de jeunesse américaine intéressante. Il y a eu bien évidemment de nombreux débats sur sa manière de représenter la sexualité de ses personnages et d'approcher ses violences, mais cela n'a pas empêché de trouver des points d'intérêt, comme ce double épisode lié à une pièce de théâtre, confrontant les protagonistes à leurs représentations dans un geste post-moderne particulièrement électrique. Pourtant, les inquiétudes étaient nombreuses avec cette troisième saison qui ne semblait pas assumer ses contours de clôture générale. C'est peut-être pour cela que notre sentiment général s'avère des plus partagés.
Il serait pourtant exagéré de limiter la série à un ratage total tant on sent le travail formel encore une fois accentué, assumant même ses contours grotesques quand il fait grandir Sydney Sweeney dans des proportions exagérées ou décrépit son potentiel clinquant. De même, l'approche assumée du western sied particulièrement avec les thématiques, renvoyant violence, sexualité et religion dans une Amérique encore plus aride qu'avant, et ce malgré son vernis de modernité. Les enjeux restent les mêmes malgré les générations, se clôturant même dans un duel final à propos et par une séquence dont les surcadrages rappellent les influences dans la réalisation.
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| Copyright HBO |
Malheureusement, le tout souffre d'une narration grinçante, dont le déséquilibre se fait encore plus criard quand on voit l'évolution des personnages. Le récit est bien évidemment monopolisé par Rue mais même celle-ci ne parvient pas à réellement intéresser malgré l'implication de Zendaya. Cela montre bien que les autres protagonistes sont encore plus délaissés, d'une Hunter Schafer plus proche d'un caméo que d'un vrai rôle à une Maud Apatow qui n'a pas grand-chose à se mettre sous la dent. La prolifération d'intrigues criminelles, se voulant critique d'un certain système américain, finit par essouffler et fatigue tant on sent que cela finit par tourner en rond, dénouements " chocs " inclus au vu de leur prévisibilité. On sent pourtant le potentiel thématique évident et la volonté d'ausculter différemment le pays dans un portrait acide, mais les facilités des récits alourdissent le tout et enlèvent même les possibilités émotionnelles de certains arcs, pourtant émouvants sur le papier.
Que reste t-il donc de cette troisième et ultime salve d'Euphoria ? Des regrets, beaucoup même, tant son potentiel n'est jamais à la hauteur d'un résultat éminemment décevant. On est quand même loin d'un naufrage total au vu de ses pistes intéressantes et de son travail visuel peut-être trop démonstratif mais dont la nature léchée ne pourra pas être niée. Néanmoins, il y avait matière pour faire plus radical et émouvant avec les mêmes cartes, rendant cette conclusion des plus attendues. On ne sera pas étonnés de voir le clivage renforcé au vu des quelques retours positifs lus ça et là sur les réseaux, ce qui ne serait que logique au vu de la réputation de la série. Pour notre part, on restera sur cette frustration de voir des intentions passionnantes se vautrer sans réellement atteindre l'impact attendu, délaissant même des personnages qui étaient le coeur des saisons précédentes...
Liam Debruel
C'est l'anatomie d'un échec qui sentait déjà méchamment le pâté dès le virage de la saison 2, et qui a été confirmé avec l'immense ratage du petit ange parti trop tard The Idol : si jadis Sam Levinson avait laissé poindre le sentiment de vouloir bousculer les conventions avec son œuvre, il n'est désormais qu'une parodie de subversivité qui ne cherche même plus à masquer sa misogynie - de plus en plus exacerbée à mesure que sa carrière évolue.
Euphoria en est le symbole le plus douloureux, la série s'étant un peu trop vite transformée en un teen drama poignant sur l'addition et le chaos complexe de la vie adolescente, en une sorte de walk of shame ambulant où il semblait vouloir punir tous les personnages d'interprètes ayant vu leur côte plus vite exploser que la sienne, au sein de l'impitoyable jungle Hollywoodienne.
Si la saison 2 suscitait encore un peu d'intérêt, cette troisième salve d'épisodes, qui se hasarde à jouer les dramas policiers avec un doigt de néo-western, a tout d'une séance d'humiliation collective qui alligne d'une manière aussi perverse qu'absurde les provocations - souvent problématiques - et où chaque personnage, désormais adulte, est réduit à la plus simple des caricatures (parce que l'on ne veut pas admettre que l'on plus rien à raconter pour et sur eux).
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| Copyright HBO |
C'est tout ce qui reste d'Euphoria, une esthetique léchée (mais au service d'une histoire boursouflée) et une intrigue mère sans tension ni subtilité (Rue et sa fâcheuse tendance à se fourrer dans les pires situations - mule pour un patron de strip-club impitoyable, toujours manipulée par Laurie et avec une dette désormais astronomique -, tandis que Nate et Cassie - qui à un OnlyFans - préparent leur mariage), et une écriture expurgée de toute nuance et de toute notion de réflexion, uniquement portée par la volonté délirante d'incarner un gros fantasme érotique pour un public masculin à l'excitation facile, où les figures féminines fortes par le passé, sont désormais opposées entre elles mais surtout réduites à une passivité et une dépendance dérangeantes (Cassie et son contenu pour OF - qui véhicule tous les stéréotypes possibles sur le travail du sexe -, Jules qui abandonne ses études pour devenir sugar baby, ne parlons même pas de Rue et Laurie...).
Véritable opus de destruction massive nihiliste et frustré qui se fout littéralement de ses héroïnes et de leurs émotions (et, de facto, de son auditoire), par un sale gosse mysogine et capricieux qui s'amuse à gâcher son plus bel édifice - le tout enrobé du score pompier d'un Hans Zimmer moins inspiré que jamais - sous un filtre TikTok/Instagram; Euphoria se termine sur une agonie toute en souffrance, à la fois superficielle et grotesque (une série non conventionnelle qui se termine sur quelques symboles conservateurs as hell, ça fait sens), jusque dans son ultime épisode expéditif là où il dépasse les 90 minutes de bobine.
Shame, shame, shame...
Jonathan Chevrier


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