Breaking News

[CRITIQUE] : Sukkwan Island


Réalisateur : Vladimir de Fontenay
Avec : Swann Arlaud, Woody Norman, Alma Pöysti,...
Distributeur : Haut et Court
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Norvégien, Belge, Britannique.
Durée : 1h55min

Synopsis :
Tom emmène son fils de treize ans vivre une année sur une île isolée dans le Grand Nord. Ce retour à la vie sauvage au cœur d’une nature majestueuse leur permet de se retrouver. Mais les conditions extrêmes et l’isolement mettent leur relation à l’épreuve.

D'après le roman de David Vann, Sukkwan Island.






Pas forcément des plus cités dans la galerie des comédiens les plus indispensables de sa génération, Swann Arlaud est pourtant, pleinement, de ses vrais talents discrets mais importants au coeur d'un septième art hexagonal qui les compte sur les doigts d'une main mechamment amputée.
Un comédien capable de tout jouer (rien ne nous prouve le contraire, en tout cas), même l'improbable (ce n'est pas qu'une simple formule, prenons pour exemple, le rôle d'un vilain d'un film super-heroïque bien de chez nous) mais avant tout et surtout de rendre crédible le moindre personnage auquel il donne vie sur grand écran, quitte même à se montrer parfois bien plus imposant que l'écriture qui les caractérise.

Copyright Haut et Court

C'est au détour du second long-métrage du prometteur Vladimir De Fontenay, dont on avait adoré le premier effort en solo, Mobile Homes (un road movie aussi sombre et vibrant qu'il est profondément humain, une énième mais bouleversante vision des laissés-pour-compte du pays de l'oncle Sam portée par la prestation solaire d'Imogen Poots, parfaite en mère déboussolée et muée par l'énergie du désespoir), Sukkwan Island, qu'il nous revient non sans se mettre physiquement - et psychologiquement - à l'épreuve d'une manière radicale.

Adaptation du roman éponyme de David Vann, le film se revendique tout autant comme un drame familial qu'un survival sec et sensoriel, vissé sur les intentions au demeurant louables - mais singulières - d'un père décidé à consolider sa relation avec son fils, en vivant une année sur une île isolée dans le Grand Nord, un retour - littéralement - à la vie sauvage au coeur d'un cadre aussi majestueux qu'hostile, dont les conditions extrêmes et l’isolement vont rapidement mettre leurs nerfs comme leur union - déjà fragile - à l’épreuve.

Un postulat de départ résolument simple qui sert de corps tout aussi glacial que vibrant à une expérience particulièrement poignante où la dureté implacable de dame nature et de ses tourments, sert de miroir à l'intimité meurtrie de ses personnages (mais également de leur solitude insondable et de leur douloureuse distance émotionnelle) comme de force motrice à un (re)façonnage de leur relation, entre ressentiments contenus, attentes déçues, regrets inavoués et besoin viscéral de retrouver ce qui n'est plus.

Copyright Haut et Court

Sensiblement contemplatif dans son immersion brute au coeur d'une relation père-fils déconstruite et sous tension dont la vulnérabilité est encore plus exacerbée, par la propre vulnérabilité d'une humanité qui ne peut qu'être fragile face à l'immensité et l'implacabilité d'une nature certes sublime mais dure et austère, Sukkwan Island, dont la mise en scène épouse totalement l'imprévisibilité de son cadre (au-delà d'une musique un poil trop présente, le travail sonore sur le bruitage naturel, couplé à une photographie particulièrement soignée, renforcent le sentiment d'immersion totale du spectateur), ne serait-ce cependant rien sans la partition impliquée de son tandem vedette.

Si le jeune Woody Norman est joliment convaincant en adolescent dont l'enthousiasme va vite se faner, autant sous le poids d'un instinct de survie fragile que de celui de la découverte d'une figure paternelle instable, Swann Arlaud lui, est une nouvelle fois merveilleux en père tiraillé par les regrets et son désir ardent de se connecter émotionnellement avec la chair de sa chair.
Ils sont le cœur d'une sacrée expérience, confirmation dans le marbre de la pellicule d'un cinéaste sur lequel il faut décemment compter désormais.


Jonathan Chevrier