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[CRITIQUE] : La Providence et la Guitare


Réalisateur : João Nicolau
Acteurs : Pedro Inês, Clara Riedenstein, Salvador Sobral,...
Budget : -
Distributeur : Shellac
Genre : Drame, Fantastique, Musical, Romance.
Nationalité : Portugais.
Durée : 2h05min

Synopsis :
Dans un passé lointain, Léon et Elvira Berthelini parcourent les routes de village en village, vivant de chansons, de spectacles et se nourrissant d’illusions. Chassés d’une petite ville par un policier autoritaire, ils prennent sous leur aile un étudiant anglais égaré et trouvent refuge chez un peintre et sa femme en rupture conjugale: l’amour de l’art sera-t-il le remède pour sauver l’art de l’amour ?




On ne va pas répéter à chaque séance (quoique, pourquoi pas...), mais pour les spectateurs les moins avertis - de nos textes comme des sorties annuelles , force est d'admettre que le cinéma portugais tient actuellement une forme olympique, tant sa présence dans nos salles ne se compte plus sur une année civile, sur les doigts d'une main méchamment amputée - tant mieux pour lui et, de facto, pour nous dans le même mouvement.

Nouvelle preuve de cette santé cinématographique exceptionnelle du « pays des Œillets », La Providence et la Guitare, qui fait suite aux autres - excellentes - propositions estivales (Entroncamento Pedro Cabeleira, Hanami Denise Fernandes et Tommy Guns de Carlos Conceição), estampillé quatrième long-métrage de João Nicolau librement inspiré d'une nouvelle de Stevenson et pour lequel la musique a une nouvelle fois sa place de choix (notamment à travers quelques titres particulièrement cocasse, Desgraça en tête); une balade singulière et loufoque bardée de figures atypiques, pas toujours adroite - ni toujours vraisemblable dans ses ambitions - dans sa volonté de nouer passé et société contemporaine, mais franchement prenante.

Copyright Shellac

Une séance qui joue pleinement la carte d'un récit picaresque à la lisière de la fable gentiment décalée, distillant multiples pistes de réflexion sur le sens de la vie, la complexité des relations homme-femme (autant dans une idée, poétique, de les lier par leur amour à travers le temps, que pour souligner les déséquilibres - économiques et égalitaires - qu'impose une existence d'artiste) mais avant tout et surtout sur l'art : que ce soit à travers l'idée d'une fiction presque méta bâtie sur un jeu de miroirs avec la réalité (une confusion consentie entre vie intime et création), une exploration de la notion même de talent (et de ce que l'on considère comme tel), sa déconsidération à une heure où il n'est plus « essentiel » (de la bouche même des gouvernants, avec ici une confrontation directe à l'autorité), où encore la vision de l'art dans toute sa pluralité, comme une force créatrice pure et un véritable art - justement - de vivre, un acte de résistance face à une uniformisation sociétale de plus en plus prégnante (que ce soit dans la société elle-même, où au coeur de l'industrie musicale).

Pas un petit programme donc, à la fois gentiment surréaliste et subversif, que Nicolau rend néanmoins assez digeste (sans pleinement y parvenir pour autant) en s'appuyant intelligemment, à travers sa mise en scène (plusieurs longs plans-séquences) comme sur le jeu et l'investissement de sa distribution, tout en distillant un léger vent d'ironie et d'absurdité qui lui sied parfaitement.
Une belle déclaration d'amour envers l'art à la fois barrée, kitsch mais surtout joliment sincère.


Jonathan Chevrier