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[CRITIQUE] : 28 ans plus tard : Le Temple des morts


Réalisatrice : Nia DaCosta
Avec : Ralph Fiennes, Jack O'Connell, Alfie Williams, Chi Lewis-Parry,...
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur, Thriller.
Nationalité : Britannique.
Durée : 1h50min

Synopsis :
Dans ce nouveau volet de la saga, le docteur Kelson noue une relation aussi troublante qu’inattendue dont les répercussions sont susceptibles de bouleverser notre monde. De l’autre côté, la rencontre entre Spike et Jimmy Crystal tourne au cauchemar. Dans Le Temple des morts, ce ne sont plus les infectés qui représentent la plus grande menace pour la survie de l’espèce humaine – c’est l’absence d’humanité des rescapés qui se révèle être le danger le plus terrifiant…




 
28 ans plus tard s’affirmait l’année passée comme un des meilleurs films de 2025, prolongation passionnante de l’univers d’infectés posé il y a déjà plus de 20 ans par Danny Boyle et Alex Garland en captant un monde décrépi, avec une poésie punk qui renforçait l’idée d’une mortalité plus proche et du besoin de subsister malgré tout. La conclusion, dérapage bien géré, amenait de l’intérêt pour sa suite, sortant aujourd’hui dans nos salles. Et on peut dire sans se tromper que ce Bone Temple constitue déjà un des meilleurs films de 2026.

On plonge immédiatement dans une nouvelle confrontation sociale et surtout de rapport à la fin du monde d’avant dans les personnages de Ralph Fiennes et Jack O’Connel, tous les deux impériaux dans des rôles qui nécessitaient des acteurs d’exception au vu de leur écriture. Il y a une vraie intelligence de propos dans la façon de confronter ces mondes tout en rappelant un besoin de soutien (voir comment la séquence d’ouverture répond à la dernière réplique du film). Il s’y trouve un deuil social brillant dans ce qu’il explore de notre propre rapport au monde, tout en étant rempli d’idées tout bonnement folles.

Copyright 2024 CTMG, Inc. All Rights Reserved.

La mise en scène de Nia DaCosta perpétue la veine punko poétique du précédent tout en conservant autant de cœur pour ses personnages. C’est même en cela que sa brutalité explose encore plus, servant la violence de la narration tout en parlant d’un changement progressif, à l’instar de la trajectoire de Samson. Si le film peut sembler un poil moins inventif que la réinvention constante dans la réalisation de Danny Boyle, il n’empêche qu’on ne peut qu’être époustouflé par la façon dont la réalisatrice parvient à pousser les curseurs et les tonalités avec un talent indéniable, ajoutant à la nature imprévisible du titre.

Dire qu’on a été convaincu par ce Bone Temple ne suffirait pas pour décrire à quel point cette suite parvient à s’enrichir thématiquement sans jamais oublier ses personnages. Loin du simple « massacre de zombies » que semblent espérer certains spectateurs peu à même d’apprécier qu’une œuvre ne se conforme pas à leurs attentes, c’est un film de genre brutal, au superbe casting et au pouvoir d’investissement total. En jouant de ses croyances respectives, le récit n’hésite pas à marquer un optimisme au-delà de la mort, une lumière au-delà des vestiges d’antan et surtout une humanité large, émue et mémorable. De quoi bien commencer 2026 avec déjà un de ses meilleurs films !


Liam Debruel






Capable des pires folies dans un cocktail accrocheur et tapageur qui n'avait jamais peur du grotesque pour tutoyer le sublime, à l'image d'un montage frénétique comme d'une mise en scène hyperactive à l'Iphone 15, aussi immersive qu'elle était méchamment expérimentale (donc à la fois fantastique - notamment dans les exécutions des infectés - et bordélique - certaines séquences étrangement floues -, tout en restant particulièrement soignée dans sa gestion des espaces, vastes comme cloisonnés), 28 ans plus tard était un pur film chaos dans la plus stricte définition du terme, cynique et totalement décomplexé, porté par l'envie de dynamiser le genre (sans jamais pour autant, en révolutionner les codes familiers) à coup de taser entre les gibolles (et oui, l'entrejambe masculin à une importance toute particulière ici), quitte à chier partout même sur ses propres godasses.
Une noirceur absolue assumée du premier au dernier plan, un " No future " craché sur la pellicule avec autant d'amour que de déraison, le tout avec une violence gratuite, graphique et percutante.

Autant dire donc que l'on n'attendait pas le tandem Danny Boyle/Alex Garland à un tel niveau, mais surtout que l'on doutait franchement sur le fait que Nia DaCosta, aussi talentueuse soit-elle, puisse s'aligner sur une telle folie, même avec le soutien de la plume du papa de Civil War.
Après vision, la cinéaste vient en partie corriger cette mauvaise impression tout en laissant, à l'image de son Candyman, quelques frustrations plaquées sur les rebords de sa pellicule tant ce second opus laisse, plus encore que le premier film, la fâcheuse impression d'être plusieurs péloches en une où chaque partie peine à pleinement communiquer avec l'autre.

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À la fois fantastique et déglinguée réflexion sur la solitude et son pouvoir cataclysmique, trip horrifico-zombiesque convenu mais férocement barbare (d'une manière un poil trop gratuite, certes), et satire politico-religieuse pas subtile pour un sou mais corsée (peut-être la plus subversive de toute la saga jusqu'à présent, qui grossit à peine le trait sur les conséquences de la vision régressive et passéiste, voire totalement anti-intellectualiste, qui domine lentement mais sûrement notre monde d'aujourd'hui), le film rompt avec l'aspect plus primitif du précédent volet pour voguer vers un nihilisme macabre, parfois grand-guignolesque et volontairement provocateur (dans le mauvais sens du terme), où se confronte deux extrêmes totalement dissemblables (un athée rationnel tout aussi fou qu'il est d'une bonté sincère; un sataniste qui pense que l'apocalypse zombie est le signe que le Diable a définitivement pris les rênes de ce monde), mais complémentaires dans la violence crue et oppressive qui découle de leur dévotion.

Deux figures que la narration fait exister dans deux épopées qui leur sont propres (jusque dans leurs tons), avant de les faire converger/se percuter dans un final bouleversant et épique où le cabotinage génial de Jack O'Connell (qui arrive, plus que les zombies, à incarner le personnage le plus terrifiant de la saga) comme la performance habitée de Ralph Fiennes (qui parvient à rendre belle et lyrique une amitié improbable entre le doc Kelson et " Alpha "), font des ravages.
Moins expérimental (surtout visuellement) ni poignant que le chapitre de Boyle (sans doute parce que Spike n'est ici qu'un simple spectateur - lui qui a été " accueilli " au sein de la secte meurtrière de Jimmy - et non le coeur empathique de l'intrigue), mais sensiblement plus gore dans son expression de l'indifférence brutale du monde (notamment dans une cérémonie d'initiation qui vire au calvaire, avec la longue torture d'une famille de survivants), quitte à paraître un poil plus binaire dans ses oppositions bien/mal et science/religion; Le Temple des morts, à défaut de véritablement faire évoluer la mythologie de la saga (le spectre, plus large, de l'humanité post-apocalypse devra attendre le prochain film... où pas), compose une nouvelle strate violente dans cette mise en images pessimiste et horrifique (mais sous certains aspects, assez lucide) d'une humanité qui, lorsque la société tombe en ruines, décide de se retourner contre elle-même.

On attend la suite donc, et pas qu'un peu.


Jonathan Chevrier