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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Mais ne nous délivrez pas du mal


Réalisateur : Joël Séria
Avec : Jeanne Goupil, Catherine WagenerBernard DheranGérard Darrieu,...
Budget : -
Distributeur : Solaris Distribution
Genre : Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 1h42min

Date de sortie : 26 janvier 1972
Date de ressortie : 26 mars 2025

Synopsis :
Anne et Laure, pensionnaires dans une institution religieuse, séduites par la faute, l’imagination alimentée par la lecture de Baudelaire, Rimbaud, Lautréamont, auteurs prohibés dans l’enceinte du collège, décident de vouer leur vie au mal. Entre autres transgressions, elles provoquent des hommes, avec des conséquences progressivement dramatiques.




On appelle ça démarrer sur les chapeaux de roues : chapeauter un premier long-métrage, de l'écriture à la réalisation, qui se voit vite interdit d'exploitation mais qui, par la force des choses et de la vérité du temps, à acquis un vrai statut de culte avant de pouvoir in fine, retrouver des salles obscures dont il a été privé.

C'est la prouesse non négligeable réalisée par Joël Séria, cinéaste de l'ombre qui a traîné sa besace au cœur du septième art hexagonal sur pas moins de quatre décennies, concoctant quelques séances plutôt mémorables (Les Galettes de Pont-Aven et ... Comme la lune surtout, mais aussi San-Antonio ne pense qu'à ça où encore Les Deux Crocodiles avec le tandem Carmet/Marielle), tout en bifurquant dans le même mouvement, du côté du petit écran en tournant quelques épisodes, notamment, de la mythique Nestor Burma.
Un parcours atypique donc, à l'image même de son premier effort, Ne nous délivrez pas du mal, qui brise sensiblement les tabous avec une gourmandise assez folle, jusqu'à un final à la beauté et à la puissance dévastatrice.

Copyright Editions Montparnasse

Fable provocante à la lisière de l'horreur (mais pas de la nunsploitation, dommage...) façon charge cinglante et bardée d'aphorismes envers la bourgeoisie bien-pensante des 70s (où le satanisme se fait un miroir cynique du catholicisme), vissée au plus près des atermoiements de deux étudiantes insouciantes d'un couvent (Catherine Wagener et Jeanne Goupil, majeures pendant le tournage... ouf) à l'amitié fusionnelle, tellement lessivées par les entraves du conformisme social et d'une aura cléricale répressive qu'elles vont, lors d'escapades estivales (où le cadre provincial idyllique et pittoresque fonctionne comme un miroir trompeur face à l'innocence des deux adolescentes), attraper le taureau de l'émancipation par les cornes, envoyer tout balader et prendre un plaisir certain à faire le mal, à franchir toutes les limites avec toute l'innocence - presque - absurde qui frappe l'adolescence et le découverte du monde comme de soi-même.

Œuvre ambigüe et saphique, fataliste et existentielle qui n'a jamais peur de déstabiliser ni de choquer dans sa véracité palpable, Ne nous délivrez pas du mal est tout du long au plus près de la fascination pour le mal aussi bien de ses jeunes héroïnes (dont le basculement ne fait que répondre à la violence de l'homme et à une figure parentale défaillante puisque totalement absente) que de celle, métaphysiquement, d'un cinéaste qui lui, s'amuse comme à sagouin à titiller de manière perverse celle de son auditoire.
Pas le genre de séance qu'il faut bouder, et encore plus dans une salle obscure...


Jonathan Chevrier




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