Champs-Elysées Film Festival 2019

[CRITIQUE] : Traîné sur le Bitume




Réalisateur : Craig S. Zahler
Acteurs : Mel Gibson, Vince Vaughn, Jennifer Carpenter, Tony Kittles, Michael Jai White, Laurie Holden, Don Johnson,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Policier, Drame, Thriller
Nationalité : Américain, Canadien.
Durée : 2h39min

Synopsis :
Deux officiers de police sont suspendus à la suite de la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle leur méthode musclée est montrée au grand jour. Sans argent et sans avenir, les deux policiers aigris s’enfoncent dans les bas-fonds du crime et vont devoir affronter plus déterminés qu’eux…




Critique :



Sorti un brin de nulle part, Craig S. Zahler alourdissait l'ambiance de la plus belle des manières en 2015 avec un premier essai foudroyant, Bone Tomahawk, western crépusculaire et Fordien façon survival horrifique à forte tendance cannibale et bis rital, dominé de la tête et des épaules par un Kurt Russell impérial.
Deux ans plus tard, il surenchérissait avec Section 99, B movie carcéral aussi jouissivement violent et décomplexé qu'il était d'une noirceur absolue, où un Vince Vaughn littéralement ressuscité, incarnait avec un charisme bestial in ange de la destruction froid et sauvage, combattant le mal par un mal encore plus frontal et implacable.




2019, encore une fois sans salle obscure pour l'accueillir dans l'hexagone mais bien à nouveau accompagné de Vaughn, épaulé cette fois par un Mad Mel Gibson à moustache qu'on n'aurait pu rêver à meilleure place (son talent mérite d'être sublimé par tout le gratin de la jeune garde des cinéastes US), avec Dragged Accross Concrete, pur polar à l'ancienne mais furieusement bien ancré dans son époque.
 Sommet de tension et de nervosité totalement habité par la carcasse imposante et empathique de ses deux vedettes, fleurant bon la nostalgie d'une époque où la beauté de l'effort rimait encore à quelque chose, Traîné sur le bitume - titre en VF -, prend par les burnes le genre ultra-codifié du polar hard boiled (dont il a subtilement tout compris histoire de mieux jouer avec) en suivant les traces laissées sur le bitume justement, par la descente aux enfers de deux flics aux méthodes musclées, suspendus après qu'une vidéo montrant leurs habitudes de travail, ait fuité sur la toile.
Sans argent et sans avenir, ils traversent la ligne rouge et basculent dans la criminalité, en se confrontant à des poissons définitivement plus gros qu'eux...

 Volontairement classique dans sa structure (comme tout B movie qui se respecte) et sans concessions autant dans sa violence, psychologique, physique et foudroyante, que dans sa vision, réaliste et désenchantée, du pays de l'Oncle Sam, le troisième long-métrage de Zahler, petite bombe à retardement agressive aux dialogues ciselés et aux interprétations impliqués, incarne une séance puissante et crue qui assume tout du long son parti pris musclé et singulier infiniment défendable.



Dans la droite lignée de ses précédents métrages (où ils confrontent ses anti-héros aux tréfonds sordides de l'âme humaine), le film jouit d'une radicalité sans bornes, épousant pleinement la peinture nauséabonde et malaisante que fait Zahler de notre époque, mais dénote sensiblement de ceux-ci en allant non plus constamment à l'essentiel, mais en prenant intelligemment son temps (le film dure 2h30 jamais trop longue), en laissant son puzzle narratif joliment complexe - et qui à plusieurs vérités à dire sur son époque -, s'installer et dévoiler toutes ses pièces pour mieux les emboiter une à une, et former un tout d'une incroyable cohérence. 

Plus à l'aise derrière la caméra (sa mise en scène respire, de jour comme de nuit), le cinéaste l'est aussi à l'écrit, tant il laisse vivre ses personnages à l'écran - même les seconds couteaux -, leur offrant suffisamment d'attention pour s'exprimer et passionner son auditoire, tel que le ferait le roi Michael Mann (on pense souvent à Heat, et ce n'est pas un hasard).
Entre le buddy movie à l'épaisseur inédite, porté par un duo de flics plutôt bien assortis et complémentaires (l'alchimie et le complicité entre Vaughn et Gibson est palpable) et le polar noir nihiliste, tragique et brutal, où des hommes de lois passent du côté obscur pour le bien (chacun a un enjeu personnel compréhensible), virant gentiment mais sûrement vers le western crepusculaire en fin de bobine; Dragged Accross Concrete, qui assume tout du long sa violence outrancière - mais jamais gratuite -, est de ces petites séries B qui marquent la rétine et nous rappelle aux bonnes heures d'un cinéma bourrin et adulte béni, que l'on n'aura décemment jamais fini de chérir.




Le film, en tout point exceptionnel (au bas mot, l'un des meilleurs polars de la décennie), prouve sans forcer que le sale gosse génial Craig S. Zahler, est l'un des cinéastes les plus talentueux et plaisant à suivre du moment, et qu'il faudrait sincèrement, à l'instar de Craig Zobel, que l'on se donne les moyens de sortir ses péloches en salles dans l'hexagone.
Trois rendez-vous manqués, ça commence à faire beaucoup (trop)...


Jonathan Chevrier 




John Chevrier

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