12 Monkeys

[CRITIQUE SÉRIES] : 12 MONKEYS : Le compte à rebours pour sauver l'humanité est lancé


(Critique de la saison 1).


S'il s'était auparavant planté sur la néanmoins loin d'être affreuse Terra Nova, le duo de créateurs Terry Matalas et Travis Fickett (qui ont également conjointement travaillé sur feu Nikita pour la CW) semble avoir fini par trouver l'équation gagnante pour narrer un univers post-apocalyptique convaincant à l'écran. Adapté pour la petite lucarne le classique de la SF qu'incarne L'Armée des Douze Singes (lui-même adapté de La Jetée, moyen métrage expérimental de Chris Marker) était pourtant un défi loin d'être aisé, et encore plus à une époque ou la mode est d'adapter des films en séries télé avec une frénésie un brin effrayante.
Mais à l'instar de Fargo qui a su pleinement légitimer son démarquage en série, 12 Monkeys incarne sans conteste l'un des programmes les plus ambitieux et excitants de l'année.


Et s'il y avait de quoi s'attendre au pire aux vues de ses fondations pas forcément très solide (la chaîne SyFy n'aligne pas vraiment les hits côté séries et L'Armée des Douze Singes est l'une des épopées SF les plus riches et exigeantes de ces vingt dernières années), le programme s'inspire et revisite intelligemment les œuvres de Marker et Gilliam sans ne jamais tomber dans l'écueil facile du copier-coller – ni même se confronter à leur maestria -, se permettant même quelques changements notables pour pleinement se démarquer. Le personnage de Jeffrey Goines devient ainsi celui d'une femme, Jennifer Goines tandis que le rôle de la psychanalyste Kathryn Railly laisse place à celui d'une virologue Cassandra Railly. En 2043, alors que l'humanité a pratiquement disparu à cause d'un virus mortel ayant éradiqué 99% de la population mondiale, les quelques milliers de survivants bien qu'immunisés sont contraints de vivre sous terre.
James Cole participe à une expérience qui le renvoie dans le temps vingt années plus tôt pour qu'il puisse corriger le passé de façon à éviter la catastrophe, Il se retrouve à devoir affronter l'armée des 12 singes, le groupe qui est responsable de cette pandémie, Il trouve alors dans la virologue Cassandra Railly sa seule alliée pour mener son combat en 2017...


Voguant en terrain connu et brassant une pluie de thèmes certes loin d'être neufs mais toujours efficaces lorsqu'ils sont bien traités (épidémie et conspiration à l'échelle planétaire, une Terre futuriste post-apo, l'homme luttant contre la destruction d'une planète qu'il orchestre lui-même), la série reprend à merveille l'ambiance schizo et parano du film de l'auteur de Brazil tout en reprenant habilement sa réflexion sur l'inflexibilité du temps et entre clairement dans le vif du sujet dès un pilote d'exposition parfaitement maîtrisé, dessinant avec minutie la trame feuilletonesque entre passé, présent et futur qui rythmera l'odyssée intense de Cole et Railly. Dite odyssée qui durant treize épisodes, enchaînera les allers-retours temporels et les révélations pour dévoiler et tenter de détruire les responsables de ce virus mortel. Rompus à l'exercice, l'adaptation signée Matalas et Fickett s'impose comme un modèle de générosité et de complexité, le duo profitant du concept du voyage dans le temps pour accumuler les pistes et offrir à chaque nouvel épisode une pluie de rebondissements et de révélations rendant cette quête d'une vérité insaisissable diablement addictive.
Cohérente, bourré d'idées malines et laissant habilement en suspens des questions charnières pour mieux appâter son spectateur sur la durée, la palpitante saison 1 de 12 Monkeys et sa structure narrative familière (coucou Lost !) étoffe considérablement le personnage de James Cole (Aaron Stanford, convaincant) et son ambitieuse mythologie même si elle peine à retrouver son souffle dans un dernier acte brouillon laissant apercevoir les fragilités d'un château de carte séduisant mais constamment sur le fil du rasoir.


Si beaucoup reprocheront au duo Matalas/Fickett et à leur équipe de scénariste de complètement mettre de côté l'aspect brut et organique du film de Terry Gilliam pour lui préférer une approche plus lisse et froide, force est d'admettre que leur show transcende ses menus défauts et son budget limité pour incarner un vrai rendez-vous télévisé ingénieux dans lequel il est si agréable de se perdre.
C'est dire donc si le contrat est rempli et que la suite, déjà confirmée par SyFy, est attendu avec une impatience non-feinte histoire de savoir si oui ou non, sa qualité tiendra sur la longueur.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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