Jonathan

[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #84. Magnolia

© 1999 - New Line Cinema

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 90's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pillule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !




#84. Magnolia de Paul Thomas Anderson (1999)

A l'instar des films mis en scènes par son homonyme Wes Anderson, toute péloche signée par l'inestimable Paul Thomas Anderson - PTA pour les intimes -, s'apprécie et se savoure pour tout cinéphile un minimum endurci et ce, même si son cinéma n'est pas forcément accessible à un très large public.
Un véritable peintre du septième art qui peint ses toiles sur pellicules, et dont chaque œuvre n'est qu'une succession de tableaux faisant la part belle à des personnages tous infiniment bien croqués.
Libre après bien évidemment, au spectateur d'adhérer, de se laisser emporter ou non par son art, mais si un de ses films est bel et bien capable de séduire sans trembler un large spectre de spectateurs, c'est sans doute ce qui est son plus beau film à ce jour (doux hasard qu'il en soit donc, également son plus accessible), Magnolia.

© 1999 - New Line Cinema

Une fresque incroyablement ambitieuse et opératique portée par une confiance en soi folle (PTA ne s'excuse jamais de son exubérance, il la revendique avec fougue), un grand saut joyeux dans le mélodrame et les affres de la coïncidence, ou s'expriment des émotions brutes et en lambeaux, des crimes et les punitions qui en découlent, des rêves romantiques, des turbulences générationnelles et même une intervention céleste; le tout sur le rythme tendre et délicat du score enivrant Aimee Mann et Jon Brion.
Le film, cousin assumé du Short Cuts de feu Robert Altman, nous conte une série d'épisodes entrelacés qui se déroulent pendant une seule et unique journée à Los Angeles, parfois même au même moment, et ou les personnages sont liés soit par le sang, par l'amour, la coïncidence ou la façon étrange dont leurs vies semblent parallèles.
Avec une finesse rare, Anderson y saupoudre généreusement le tout d'une pluie de thèmes/maux partagés par ses âmes (très) souvent en peine : la mort des pères (physique et symbolique), le ressentiment viscéral des enfants, l'adultère, l'échec des promesses précoces de la vie, ou même la manière totalement frustrante que les ambitions puissent être totalement anéantis par des événements soudains et improbables.

© 1999 - New Line Cinema

Dès la séquence d'ouverture - racontée par un Ricky Jay non-crédité au générique -, pointant du bout de la caméra plusieurs histoires de coïncidences incroyables (dont la mort d'un homme qui saute d'un toit, et qui est frappé par un coup de fusil fatal tiré par sa mère, qui visait son père sans savoir que l'arme était chargé, alors qu'il a atterrit dans un filet qui lui aurait sauvé la vie... et c'est lui-même qui avait chargé le fusil, espérant que ses parents se tirent mutuellement dessus), loin de n'être que simplement amusante - et tragique, parce que vraie - annonce la couleur d'une fable croquant les aléas de figures profondément et résolument immergées dans leur vie, leurs espoirs et leurs valeurs, comme si leurs " plans " n'étaient pas vulnérables aux interruptions chaotiques de l'univers, avant de leur faire réaliser combien il est humiliant de d'apprendre que l'existence ne tourne pas autour d'eux.
Plus ou moins ancré dans le milieu de la télévision, les connexions qui unissent les âmes sont comme un douloureux jeu de bâtons psychologiques : plusieurs aliénent volontairement ou non, les autres, la TV n'épargne personne, les tromperies sont légions chez certains, et d'autres ne sont là que pour être des sauveurs de fortune.
Tous ces liens plus ou moins fort, convergent, d'une manière ou d'une autre, sur un événement impossible d'anticiper (même si les références subtiles à l'Exode faîtes tout du long, sont un indice criant) : un acte divin nous rappelant l'absurdité d'oser planifier quoique ce soit, même s'il est humain - et presque vital - de le faire.

© 1999 - New Line Cinema

Véritable extase lyrique sur un tout petit peu moins de trois heures, un travail d'orfèvre dont on n'a de cesse d'admirer la beauté, Magnolia, vrai film d'acteurs à part entière (d'un Tom Cruise parfait en étalon détestable, en passant par une Julianne Moore déchirante en épouse sans amour, ou un John C. Reilly bouleversant en gros nounours dont le besoin d'aider est immense; tout le casting est formidablement impliqué), est un merveilleux mélodrame sur la complexité et la dureté de la vie, ou PTA laisse une poignée d'êtres lutter contre la mort et pour rester dans la lumière, alors que la grande roue du hasard leur roule droit dessus.
L'un des plus grands films du cinéma américain de ces trente dernières années, tout simplement.


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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