58 minutes pour vivre

[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #53. Die Hard 2

© Twentieth Century Fox - All Rights Reserved

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 90's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pillule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !




#53. 58 minutes pour vivre de Renny Harlin (1990)

Quand on parle de Die Hard, on pense instinctivement mais surtout indiscutablement au deux opus majeurs (chef-d'oeuvres est un mot loin d'être galvaudé) que son Piège de Cristal et Une Journée en Enfer signés John McTiernan, une manière un brin injuste il est vrai, mais totalement justifié tout de même, de laisser sur le carreau le très efficace second film de la saga mis en boîte par le finlandais jadis génial Renny Harlin, honnête faiseur de séries B de luxe dont la carrière a gentiment sombré la faute à des show artistiques douteux et un mojo qui s'est totalement dissous dès le virage des années 2000 entamé.
S'il n'atteint évidemment pas la mastria des films de McT, il surclasse en revanche, de plusieurs coudées les films de Len Wiseman et de John Moore, une vérité certes facile et difficilement discutable, mais qui démontre pourtant de manière on ne peut plus évidente que Die Hard 2, même flanqué de défauts assez conséquents, est sans forcer l'un des meilleurs actionners des années 90, définition parfaite du bigger and louder qui aura caractérisé toutes les suites de succès conséquents à l'époque.
Une formule pas toujours défendable - et le mot est faible - mais infiniment plus digeste qu'aujourd'hui, ou l'idée de satisfaire les fans avec une séquelle un tant soit peu bien cornaquée et respectueuse de sa mythologie, est devenu totalement surfaite.

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Produite un brin dans la douleur (multiples réécritures après un premier jet croqué à peine le premier opus en salles et librement inspiré du roman éponyme de Walter Wager, tournage chaotique, montage précipité,...), et s'inscrivant pile poil un an après le gros bordel de la tour Nakatomi Plaza à Los Angeles, 58 minutes pour vivre est un peu le rejeton hybride de multiples volontés qui ne s'épousent pas toujours avec justesse et cohérence - pour être poli -, malgré un potentiel immense et un casting absolument dingue : Willis, Bonnie Bedelia, William " Fucking " Sadler, Dennis " Sipowicz forever " Franz, Fred Dalton Thompson, Franco Nero, John Atmos, William Atherton, Robert Patrick,...
Bande engagée à la lisière du pamphlet antireaganien pointant méchamment du bout de la pellicule l'interventionnisme abusif et l'ingérence des États-Unis dans les affaires gouvernementales des pays d'Amérique centrale (qui se transformera en une ingérence encore plus terrible au coeur des 90's, dans les pays du Moyen-Orient), cela dit bien trop effleurée par Harlin qui préfère la castagne musclée au propos post Guerre-Froide (McTiernan n'aurait pas fait cette erreur), film d'action repoussant les limites de la cohérence à un degré assez élevé, autant que thriller sombre et outrancier jouant sur une terreur intime universelle (le terrorisme, et qui plus est venant de l'intérieur, mais aussi la peur toute simple d'un trajet en avion), avec en prime un regard totalement capitaliste du militaire lambda (n'hésitant pas à trahir sa propre patrie pour se payer une retraite au soleil); le film semble pouvoir aller dans toutes les directions possibles, tout en visant une certaine facilité constante un brin frustrante, même si totalement satisfaisante car opéré par un savoir-faire indéniable.
Savoir ce contenter du minimum donc, mais quel minimum...

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Reprenant peu ou proue la même guimique que le film original (McClane au mauvais endroit au mauvais moment, des terroristes, une femme en détresse, des conduits d'aération, des collègues policiers totalement à côté de la plaque et le score génial de Michael Kamen dans les écoutilles), à laquelle on ajoute une surcouche bien grasse de spectaculaire (trop peut-être pour son bien, notamment dans son dernier tiers), de clin d'oeil méta (McClane superstar), de body count astronomique (McClane tue du vilain à outrance, avec une gratuité qui tranche avec l'image que l'on avait du bonhomme), d'une violence totalement décomplexée (et franchement complaisante) et de sarcasme savoureux (une double dose de gentil cabotinage, qui est définitivement plus une qualité qu'un défaut ici), Die Hard 2 est un remake sous LSD du premier Die Hard.
Mais un remake bien moins bien torché (la caméra d'Harlin n'a pas l'ampleur de celle du papa de Predator), plus calibré et prévisible, porté par un héros plus invulnérable que jamais (McClane n'est pas encore le Superman de l'impossible du quatrième film, mais pas loin), et qui ne tient pleinement debout que par la prestation dingue de son interprète vedette, en pleine possession de ses moyens et du personnage qu'il a su façonné lui-même.
Les seconds couteaux sont insupportables (Lorenzo est fatiguant, Holly fait du surplace), certains retours sont inutiles (Thornburg n'est là que pour être humilié, Powell juste pour manger un twinkie là ou il méritait bien plus), les vilains manquent autant de substance (Sadler n'a en plus pas le charisme ni le talent nécessaire pour camper le colonel Stuart et en faire un ennemi équivalent à McClane) que les partis-pris d'Harlin sont ridicules (la scène des katas de Stuart tout nu dans l'ouverture, est d'une inutilité rare), le climax est dénué de toute crédibilité (et réhabilite presque le calque par Justin Lin pour Fast and Furious 6) et la comparaison inévitable avec son illustre aîné - ce sera pire avec l'arrivée de sa suite directe -, le dessert autant qu'elle irrite.

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Et pourtant, plombé par un scénario lissé de toute ambition débordante et un emballage d'actionner lambda certes efficace mais n'ambitionnant jamais vraiment d'apporter sa pièce original à l'édifice du genre (même si elle convoque quelques cadres et la fluidité de McT, voire même un petit côté HK style pas toujours habile), 58 minutes pour vivre parvient à séduire dans sa surenchère, offrant de vraies moments de tensions et même d'effroi (le crash gratuit d'un avion vécu de l'intérieur), mais surtout un regard sombre et visant l'impact immédiat sur son auditoire, le rapprochant directement de ce qu'est devenu le blockbuster 2.0 quelques années plus tard, avec des héros super-héroïques aussi kamikaze qu'ils sont faussement en danger.
Jamais on ne s'inquiète réellement pour le sort du flic maverick qu'est McClane (là ou l'on a toujours redouté que Martin Riggs pouvait nous quitter à tout moment), jamais là ou il faut mais toujours auréolé du facteur chance, un sentiment il est vrai également présent dans Die Hard With A Vengeance, mais traité avec infiniment plus de subtilité.
Mais le plaisir et l'enthousiasme non feint sont toujours là, même après des dizaines et des dizaines de visions, et c'est sans doute la le plus important au fond, et ce qui fait la réussite du film.


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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