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[CRITIQUE] : Star Wars : L’Ascension de Skywalker


Réalisateur : J.J. Abrams
Acteurs : Daisy Ridley, Adam Driver, John Boyega, Oscar Isaac, Mark Hamill, Carrie Fisher, Billy Dee Williams, Keri Russell, Ian MacDiarmid, Anthony Daniels, Domnhall Gleeson,...
Distributeur : The Walt Disney Company France
Budget : -
Genre : Action, Aventure, Science-Fiction.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h22min.

Synopsis :
La conclusion de la saga Skywalker. De nouvelles légendes vont naître dans cette bataille épique pour la liberté.




Critique :


Aussi frustrant que cela puisse paraître, le rachat de LucasFilms par Disney, tout comme celui de Pixar quelques années plus tôt, n'a fondamentalement rien apporté d'un point de vue créatif à la saga, qui s'était elle-même tirée dans la jambe une décennie plus tôt avec une prélogie dont on ne retient que l'ultime opus, La Revanche des Siths, le seul arrivant un tant soit peu à la cheville de l'Empire Contre-Attaque.




Passé un septième film attachant mais louchant bien trop dans le rétroviseur de la trilogie mère (tellement que l'on est pas loin du remake jamais vraiment assumé d'Un Nouvel Espoir), pour avoir sa propre personnalité, et un huitième dont on a justement - et injustement - fustigé l'audace et les partis pris (la désacralisation de la force et le sort de Luke en tête), le neuvième et dernier film de l'ère Skywalker, au titre VF méchamment accrocheur (non) L'Ascension de Skywalker, rentre sensiblement dans le rang avec, à nouveau, le vaillant soldat J.J. Abrams à la barre, qui reprend peu ou prou la même méthode qu'il avait usé pour Le Réveil de la Force : un penchant louable mais irritant pour le fan service et les regards appuyés sur le triptyque d'origine, tout en important sa patte si reconnaissable dans une dramaturgie encore plus fine qu'auparavant - film de conclusion oblige -, et une caractérisation des personnages subtile et profonde.
Et l'émotion est vraiment là, jamais forcé tant cet adieu (... jusqu'au prochain ?) transpire la sincérité et l'intégrité du devoir calculé à la réplique près, soucieux - voire même effrayé - de ne plus avoir à subir les foudres d'une horde de fans n'acceptant pas totalement la redite mais surtout pas le changement radical (contradictoire ? Juste un peu).




Abrams, bien conscient de la tâche qui lui incombe (on oubliera volontairement Chris Terrio de l'équation, dont la présence sur un autre bordel morcelé comme Justice League, implique là aussi directement sa plume), brosse l'amoureux de la saga dans le sens de son poil de Wookie - ou d'Ewoks, qui viennent faire un petit coucou -, tout en rompant une malédiction qui semblait hanter sa carrière depuis des lustres : son impossibilité à pleinement conclure ses histoires, que ce soit celles produites et chapeautées de loin (les conclusions bancales et/ou insatisfaisantes de Lost et Alias), ou celles qui lui ont été douloureusement enlevées (Star Trek, dont le dernier - et manqué - opus a été tourné par Justin Lin).
Bonne nouvelle (enfin... on se comprend), même s'il trébuche souvent et que son montage frénétique sauve majoritairement la baraque, son Rise of Skywalker arrive à son terme, et peut se voir autant comme une conclusion mitigée à la trilogie qu'il a initiée, qu'à celle démarrée il y a quarante-deux ans par papy Lucas, mais aussi comme une grosse déception pour tout ceux ayant l'espoir utopique, d'un brin d'audace narrative.
Se répondant à lui-même (allant même jusqu'à s'autociter à plusieurs reprises) plus qu'il ne répond aux pistes et choix fait par Johnson (on ressent même un dédain assez crasseux pour Les Derniers Jedi, perceptible dès les dernières heures d'une campagne promotionnelle presque à charge), réparant le moule miroir de la " presque-redite " sans forcément boucher les trous des incohérences béantes de la ligne directrice des trois derniers longs (et les rebondissements qu'il narre en rajoute une bonne couche), Abrams prend surtout le risque pas forcément payant de faire revenir tardivement l'antagoniste majeur de TOUTE la saga - l'empereur Palpatine, dont le retour est plus ou moins cohérent -, pour épouser les contours d'un Retour du Jedi 2.0 (avec une pointe " Indy-esque avec la quête d’un artefact sacré) au final tout aussi prévisible mais en sensiblement plus ridicule (un brin Matrixien voire Harry Potter-esque, les fans du sorcier à lunettes et de l'Élu comprendront), et aux valeurs ajoutées jamais vraiment impactantes (que ce soit un songe de " passage du côté obscur " totalement indispensable, ou des liens de parentés difficilement crédibles, sans compter les sauvetages perpétuels entre les Jedis).




Des choix difficilement défendables (mais sans doute loin d'être aussi regrettable que la mort indigne de Luke dans The Last Jedi, on est d'accord) et qui plomberait totalement tous les efforts accomplis jusqu'ici (même si, aussi étonnant que cela puisse paraître, aucune vision d'ensemble ne semble avoir été réellement établie sur cette trilogie), si Abrams ne laissait pas transparaître un amour sincère pour la majorité des personnages qu'il a lui-même mis sur le devant de la scène, Rey et Kylo Ren/Ben Solo en tête (Rose ne sert plus à grand chose, Finn a quelques miettes à se mettre sous la dent, les nouveaux s'insérent vraiment mal à l'histoire,...), dont la dualité palpable de la relation est définitivement le coeur vibrant de la nouvelle trilogie.
Quand L'Ascension de Skywalker leur fait la part belle, qu'ils soient séparés ou ensemble (Daisy Ridley et Adam Driver sont impressionnant), le film en sort littéralement grandit, surtout quand il rapproche le destin torturé de Ren, à celui de son illustre grand-père Anakin (et dont la trajectoire aurait été sans doute tout aussi passionnante, s'il n'avait pas basculé du côté obscur de la force), que ce soit des deux côtés de la force, offrant dès lors une unification des trois trilogies bien plus habiles que celle du retour racoleur de Palpatine et des Siths.
Entre excitation conviviale d'ultimes retrouvailles et la suscitation habile de frissons et d'émotions quant à leurs destinées, c'est définitivement par ses personnages et non par ce que le film raconte (ou montre, puisque l'on a pas forcément de scènes vraiment marquantes, hors empoignades à coups de sabres lasers), que ce troisième film de la postologie en impose le plus, et s'avère sincèrement efficace, faisant de ses héros tout comme Leia, Luke et Han à l'époque, non plus les espoirs mais bien les acteurs majeurs du sauvetage de la galaxie.




Film d'aventure SF un brin bordélique, d'un classicisme et d'une familiarité totalement assumés - c'est fin comme du gros sel - mais donnant du coup, pleinement ce que la majorité a envie de voir (la rédemption tant désiré mais facile et prévisible, de Ben Solo, des adieux plein de douceur à Leia/Carrie Fisher, des combats homériques et spectaculaires, un happy-ending un brin maladroit mais nécessaire,...), pas toujours habile dans son humour - trop insouciant voire " Marvelien " - et faisant constamment fît de ses raccourcis abracadabrantesques, Star Wars : L'Ascension de Skywalker incarne une vraie fin (enfin, même si elle est étrangement précipitée, et aurait mérité trente minutes de plus) pour la saga Skywalker, abordant des thèmes importants (la résilience, l'acceptation de soi,...) et s'avérant suffisamment policé (il est cohérent dans sa vision de la mythologie, même si elle n'est pas partagée par tous) et spectaculaire (Abrams soigne ses plans) pour convaincre la majorité... mais pas nous.
L'équilibre est donc plus ou moins rétabli au coeur de la force, jusqu'à ce que la firme aux grandes oreilles vienne à nouveau le perturber ce qui, ne soyons pas naïf, n'est qu'une simple question de temps...


Jonathan Chevrier




Malgré les défauts que l’on peut trouver à la saga Star Wars, il faut lui reconnaître sa réussite de longévité. Depuis 1977, elle fait vibrer, frémir, réjouir, pester les fans, petits et grands. On a été choqué avec Luke, on a rigolé avec Leia, on a eu envie de dire à Padmé de fuir quand Anakin commence à lui faire des yeux doux, … Chaque fan détient une histoire liée avec la saga, un souvenir, une émotion, qui rend le lien encore plus fort. On grandit avec, on la partage, les parents la font découvrir à leurs enfants. Du pain béni pour la firme Disney qui rachète les droits à son créateur, George Lucas, avec des dollars à la place des pupilles. Une occasion en or (dix-huit carats minimum) de faire revivre l’histoire des Skywalker, avec le prétexte d’un nouveau récit, de nouveaux personnages. On peut lui trouver autant de qualité que de défauts à cette nouvelle trilogie. Après Le Réveil de la Force réalisé par J.J Abrams, sorti en 2015 et Les Derniers Jedi de Rian Johnson, sorti en 2017, L’ascension de Skywalker vient mettre un point final à l’histoire de la jeune Rey, qui détient une maîtrise de la force incroyable, de Finn, ancien Stormtrooper, de Poe, pilote émérite de la Résistance et Kylo Ren, ancien Ben Solo fils de Han et Leia, passé du côté obscure de la force. Colin Trevorrow (Jurassic World), après des fameux désaccords avec le studio, laisse sa place à J.J Abrams, qui a donc l’honneur de débuter et clore cette trilogie. Comme pour tous ces épisodes depuis la prélogie, le IX ne fera pas l’unanimité. Parce des incohérences vont faire criser le fan le plus méticuleux, parce que le sort de certains personnages seront bâclés, parce que les choix fait par cet énorme studio, qui préfère le profit à l’art, seront mauvais, etc … Cette liste peut continuer à l’infini. Nous sommes d’accord, le film est loin d’être parfait et nous allons essayer de comprendre pourquoi en bas de ces lignes. Mais, au-delà de la déception, le plaisir de voir des personnages qu’on aime, le thème, le son caractéristique du sabre laser. Oui, malgré la déception de cet épisode en demi-teinte, l’âme de Star Wars est toujours présente. Un chapitre se tourne, les Skywalker ont fini la boucle (n’est-ce pas Disney ?) mais quelle aventure !



Nous avions quitté nos rebelles sauvés in-extremis par Luke et Rey, sur la planète Crait. Luke y a succombé, le deuxième du trio de la première trilogie après Han Solo. Il ne reste plus que Leia. Premier point négatif du film. Carrie Fisher n’étant plus parmi nous (et nous la regrettons amèrement), la production s’est arrangée avec la famille pour utiliser d’anciens plans, en changeant tout : coiffure, lumière, dialogue, etc… Ce procédé ayant une limite, le personnage de Leia est relégué au second plan. Mais le bât blesse, car le récit a décidé qu’elle entraînerait Rey dans son apprentissage de la force. Une bonne idée sur le papier (qui n’a pas rêvé de Leia utilisant la force ?) mais qui ici, arrive comme un cheveu sur la soupe. Un petit flash-back ne suffit pas. Même si Rian Johnson avait avancé le fait qu’elle puisse utiliser la force dans l’épisode précédent, le tout est faible. Évidemment, par son héritage et son entraînement avec Luke, nous la pensons tout à fait capable. Mais nous restons dans un univers cinématographique, il ne suffit pas de le dire, il faut le montrer ! De ce fait, cet arc ne fonctionne pas. Mais, qu’à cela ne tienne, Rey s'entraîne avec Leia, pendant que Finn et Poe enchaînent les missions pour découvrir si la rumeur est vraie : Palpatine est de retour ? Voici la deuxième erreur du film, qui à l’instar de la force de Leia, vient comme un cheveu sur la soupe. Un twist qui vient à point nommé : car l’ancien empereur avait bien entendu tout prévu. Quelle coïncidence ! Rey est même sa petite-fille apprend-t-on dans cette épisode. Comment être bon, être dans la lumière quand nous sommes issus du mal ? Luke s’était déjà confronté à cette question. Mais Rey est-elle prête à assumer sa famille, à assumer son étrange lien avec Kylo Ren (aka Ben Solo), devenu Leader Suprême après la mort de Snoke ? Ces questions ne resteront pas sans réponse.




Mais l’Ascension de Skywalker ne fait pas que des mauvais choix. Avec Palpatine en méchant principal, incarnation du mal absolu, le film s’octroie le plaisir de décors magnifiques. Si nous avions pu voir un temple Jedi, sur la planète Coruscant, nous pouvons enfin voir à quoi ressemble un temple Sith. Ambiance sinistre, statue impressionnante, musique gutturale : l’antre du mal. Abrams lui donne du pouvoir à ce Palpatine. Il ne peut pas quitter le temple, mais il détient une flotte de Destroyer impressionnante, tous capable de détruire une planète. La rébellion et Rey vont devoir éradiquer cette nouvelle menace. Et Kylo Ren dans tout cela ? Il n’avait pas apprécié d’être un pion dans Les Derniers Jedi, tuant sans sourciller Snoke. Il n’apprécie pas plus de s’apercevoir qu’il n’est encore qu’un pion, sous la coupe de Palpatine cette fois-ci. Et depuis son lien étrange avec Rey via la force, depuis la mort de son maître Sith, il est encore une fois déchiré entre le côté clair et le côté obscur. Si Rey est terrifiée à l’idée de basculer du côté sombre, Ben est encore plus terrifié de basculer de l’autre côté. Peut-il encore avoir de l’espoir alors qu’il a tué son père, acte irréparable ? Même Leia, sa mère, le pense irrécupérable. Un duo improbable : une jeune femme issu du mal, dans la lumière et un jeune homme issu du côté clair, dans l’ombre. Et, entre eux, un lien très fort. Un Skywalker et une Palpatine.



Pourtant, la déception est de mise face à cette fin de saga. Parce que le scénario contient de nombreuses incohérences, le récit est si faible pour un film qui se veut épique. Abrams fait un odieux pied de nez au somptueux Episode VIII, où Johnson avait enfin démocratiser la force. Rey, venant en fait d’une puissante lignée, cette idée brillante est réduite à néant. Même si le film essaye d'insuffler un peu de force en Finn, encore une fois ce fait arrive comme un cheveu sur la soupe et nous n’y croyons que vaguement. D’ailleurs, il n’y en a que pour Rey dans l’Ascension de Skywalker. L’arc de Ben est attendu et son retournement n’est pas une surprise. Poe et Finn ne sont plus que des faire valoir, présent uniquement pour être protéger par Rey. Rose n’a que trente seconde d'apparition (à tout casser). Et les nouveaux personnages n’ont aucune consistance. Il est vrai que l’Episode IX a l’ambition de terminer définitivement (n’est-ce pas Disney ?) une saga de quarante ans, on peut donc pardonner son côté un peu fouillis. On pardonne moins cependant sa mise en scène brouillonne, qui veut trop en faire. La seconde partie du film, qui se veut une véritable épopée épique retombe parfois à plat devant ce trop-plein. Encore une fois, Abrams se contente de dire, au lieu de montrer. Pour un art aussi visuel, c’est le comble. Et si la première trilogie avait réussi le pari de devenir un véritable mythe, on doute que cet épisode y arrivera.



Pétri de bonnes idées et d’intentions, cet épisode IX est parasité par la déception, un scénario incohérent et aussi des mauvaises idées (Rey en mode Wonder Woman s’il vous plaît …). Une fin en demi-teinte pour une nouvelle trilogie (même si elle nous a offerte un beau lot d’émotion et un Episode VIII magnifique) dont on se demande l’utilité de son existence.


Laura Enjolvy



John Chevrier

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