Critiques

[CRITIQUE] : Greener Grass


Réalisatrices : Jocelyn DeBoer et Dawn Luebbe
Acteurs : Jocelyn DeBoer, Dawn Luebbe, Julian Hilliard, Dot-Marie Jones, D'Arcy Carden, Jim Cummings,...
Distributeur : -
Budget : -
Genre : Comédie, Fantastique.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h35min.

Synopsis :
Jill et Lisa vivent dans un quartier de banlieue idyllique. Lorsque Jill, dans un geste altruiste, offre son nouveau-né à Lisa, la paranoïa la submerge, tandis que ses peurs et ses angoisses prennent rapidement le dessus...



Critique :


La plus belle des satisfactions avec l'Étrange Festival, c'est la possibilité que cette belle réunion cinématographique parisienne, au-delà de nous sauver de la morosité de la rentrée, nous offre avec une générosité sans bornes, de découvrir une pluie de péloches singulières que l'on ne pourrait sans doute, jamais pouvoir voir ailleurs... comme Greener Grass de Jocelyn DeBoer et Dawn Luebbe, version rallongée de leur court-métrage primé éponyme façon comédie noire férocement barrée, qui raillent avec une irrévérence savoureuse, les gros travers de l'American way of life. 
Sorte de rejeton vulgaire et hilarant d'Edward aux Mains d'Argent, Blue Velvet (TOUT le monde a des secrets, comme chez Lynch) et The Burbs, faisant fît de son pitch assez maigre (la dualité complémentaires de deux femmes ne vivant que pour leurs proches, et le " transfert " d'un enfant entre les deux familles, avec le bagage émotionnel imposant que cela implique) avec un assortiment de rebondissements/sous-intrigues inattendues et tordues (dont certaines fonctionnent évidemment moins bien que d'autres, comme la transformation inexpliquée d'un enfant en... chien), la péloche égratigne les travers du puritanisme, du patriotisme et du conservatisme américains vus à travers des personnages haut en couleurs, vagabondant avec un naturel feint dans un univers idyllique fantasmé, qui nous semble familier mais qui s'avère au final complètement étranger.

Copyright Sundance Institute


Un petit microcosme où tout le monde à des vies parfaites, mais où personne ne peut s'empêcher de changer les choses pour les rendre supposément meilleur, mais surtout infiniment plus glauque.
Les femmes s'echarpent pour obtenir désespérément l'acceptation de la majorité, les adultes portent tous des appareils dentaire malgré des sourires d'une blancheur éclatante, les enfants règlent leurs différences sur des pelouses soigneusement fondues, les parents donnent librement leurs bébés à ceux qui ne peuvent pas/plus en avoir, les divorces se font sur la place publique et de la manière la plus bruyante qui soit...
Tout le monde essaie d'être le meilleur et le haut du panier de l'élite, à n'importe quel prix, mais surtout tout le monde est affreusement malheureux. 
Engoncé dans une temporalité nébuleuse (à l'apparence so 60's), la bande jette un regard lucide et cynique l'artificialité des banlieues chics US mais surtout sur le vide abyssale des préceptes inhérents à l'American Dream (cette nécessité aveugle de devoir réussir, les craintes et les défis d'être un père, une mère, un enfant ou tout simplement un conjoint,...), et le sentiment douloureux d'être littéralement pris au piège d'une existence dictée par la pression de la société et de ceux qui nous entoure.
Plus étonnant encore dans une satire volontairement décalée, son immoralité rafraîchissante est constamment contrebalancée par son souci d'également incarner une bulle de légèreté optimiste et ensoleillée à l'émotion sincère, même dans les situations les plus surréalistes.

Copyright Sundance Institute


Méga loufoque et formidablement créatif, défiant la logique à tel point qu'il n'a jamais peur parfois de perdre son auditoire en cours de route, Greener Grass une version démente de la banlieue unique en son genre, intéressante stylistiquement et hors des sentiers battus, qui n'a pour seul vrai défaut de tirer un poil trop sur la longueur, autant d'un point de vue scénaristique qu'humoristique, jusqu'à un final un tantinet décevant.
Impossible cependant, de ne pas sortir de la salle sans aimer un minimum, cette comédie noire drôle et loufoque,  qui mériterait bien de faire son petit trou dans l'hexagone...


Jonathan Chevrier



John Chevrier

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