Critiques

[CRITIQUE] : Marie Stuart, Reine d’Écosse


Réalisatrice : Josie Rourke
Acteurs : Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden, Joe Alwyn, Guy Pearce, Martin Compston, David Tennant,...
Distributeur : Universal Pictures International France
Budget : -
Genre : Historique, Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h04min

Synopsis :
Le destin tumultueux de la charismatique Marie Stuart. Épouse du Roi de France à 16 ans, elle se retrouve veuve à 18 ans et refuse de se remarier conformément à la tradition. Au lieu de cela elle repart dans son Écosse natale réclamer le trône qui lui revient de droit. Mais la poigne d’Élisabeth Iʳᵉ s’étend aussi bien sur l’Angleterre que l’Écosse. Les deux jeunes reines ne tardent pas à devenir de véritables sœurs ennemies et, entre peur et fascination réciproques, se battent pour la couronne d’Angleterre. Rivales aussi bien en pouvoir qu’en amour, toutes deux régnant sur un monde dirigé par des hommes, elles doivent impérativement statuer entre les liens du mariage ou leur indépendance. Mais Marie menace la souveraineté d’Elisabeth. Leurs deux cours sont minées par la trahison, la conspiration et la révolte qui mettent en péril leurs deux trônes et menacent de changer le cours de l’Histoire.



Critique :


Alors que La Favorite hante encore - dans le bon sens - aussi bien nos esprits que les salles obscures hexagonales, il y a quelque chose de profondément excitant à l'idée de voir qu'une autre sortie elle aussi profondément engagée et moderne dans sa mise en image de l'histoire - souvent volontairement oubliée -, vienne lui emboîter le pas avec fougue.
Certes, les biopics contant les destins extraordinaires de nombreuses femmes à travers les époques sont plutôt légion depuis ce riche début d'année ciné 2019, mais il est assez rare de voir qu'autant de films arrivent à allier aussi bien une maîtrise minutieuse de leur propos qu'une vraie ambition cinématographique, comme si la claque ne devait plus simplement être qu'un acte louable, mais bien un geste dont la puissance se doit de marquer dans la chair la culture populaire et le septième art.


En s'attachant au prisme de la vie de l'une des plus imposantes des figures historiques féminines, Marie Stuart, et plus directement dans sa relation avec la reine Elizabeth II, que l'on pensait pourtant connaître sur toutes les coutures - une véritable figure Shakespearienne avant l'heure -, la wannabe cinéaste Josie Rourke (figure installée de la mise en scène au théâtre), dont c'est le premier long-métrage, réussie pourtant la prouesse de nous faire re-découvrir le personnage tout en apportant à son récit une note de modernité incroyablement pertinante.
Ne sombrant jamais dans un académisme facile, la péloche n'a que pour seul volonté de compter avec un naturel et une pudeur désarmante (même s'il se permet quelques écarts avec la réalité), les destins de deux femmes de pouvoir fortes et singulières au sein d'une société patriarcale et volontairement mysogine qui n'aura de cesse que de remettre en cause ce pour quoi elles se sont battus, pour le simple fait qu'elles sont... des femmes; deux héroïnes des temps anciens et modernes, monarques insoumises et décidées (avant d'être sacrifiées) mais dont le sentiment de sororité/amitié sera terriblement mis à mal par leurs propres ambitions. 


Avec une aisance proprement indécente pour un premier passage derrière la caméra, Josie Rourke superpose ses deux portraits avec subtilité (aucun jugement ne sera prononcé pour l'une ou l'autre) pour mieux les opposer au fil d'un récit foisonnant, infiniment juste et passionnant dans son discours sur la condition féminine (cruellement d'actualité)  et l'homosexualité, autant qu'il est d'une nécessité absolue dans sa mise en avant loin d'être gratuite, de l'histoire, qu'elle tord à sa guise.
Esthétiquement renversant, d'une écriture fine et intelligente, incarné à la perfection par deux comédiennes en totale possession de leurs moyens (Margot Robbie et Saoirse Ronan, absolument parfaites), Marie Stuart, Reine d'Écosse est un biopic étincelant, un jeu de pouvoir remarquable et puissant.
La belle séance du moment... avec La Favorite, doux hasard... ou pas.


Jonathan Chevrier





Une Reine d’Écosse au destin tragique et une Reine d’Angleterre impitoyable : Saoirse Ronan et Margot Robbie incarnent Marie Stuart et Elisabeth Ière, deux immenses souveraines de la Grande-Bretagne, dans Marie Stuart, Reine d’Écosse, un drame historique réalisé par Josie Rourke. À 42 ans, cette Britannique fait ses débuts en fanfare dans le monde du cinéma en réalisant un film consacré à deux figures féminines majeures de la royauté.
S’y confronter était un défi de taille : ne serait-ce que par la représentation du XVIème siècle, dont les tenues et les maquillages traditionnels sont ici parfaitement représentés, sans impression de ridicule. Ils ont d’ailleurs valu deux nominations à Alexandra Byrne aux Oscars 2019 - les seules nominations, malheureusement, accordées à Marie Stuart, Reine d’Écosse. Quant au thème musical, simple mais efficace, il illustre à merveille les passions qui traversent l’Écosse et l’Angleterre sous les règnes de ces souveraines, et apporte un souffle épique aux scènes d’extérieur notamment.


Mais à cette histoire à la fois violente et dense, Josie Rourke a su apporter un regard moderne et féministe. Le personnage de Marie Stuart, incarné par Saoirse Ronan, est empreint d’une fougue et d’une bravoure bouleversantes : la jeune Reine, qui a grandi en France, doit s’intégrer dans un pays qu’elle a quitté depuis bien longtemps, qui ne partage pas sa religion et qui n’est pas prêt à laisser une femme régner. Les dialogues politiques dans lesquels elle tient tête aux membres de son conseil et à son peuple sont savoureux, et les scènes de bataille sont très impressionnantes. Souveraine et cheffe des armées, elle est aussi contrainte de se marier par choix politique, ce à quoi elle se refuse d’abord. Les moments d’émotion avec ses femmes de chambre et sa famille sont très forts sans diminuer aucunement la puissance de son personnage.
De l’autre côté de la frontière, Marie Stuart a un autre ennemi en la personne d’Elisabeth Ière, Reine d’Angleterre interprétée par Margot Robbie, emperruquée, méconnaissable, qui démontre de manière intraitable ses talents d’actrice. Bien qu’elle apparaisse moins à l’écran, sa présence occupe l’espace et le développement de son personnage est tout en délicatesse et en force. Loin de nous montrer un affrontement entre deux souveraines, Marie Stuart, Reine d’Écosse montre la bataille de deux reines envers et contre tous dans un monde d’hommes où leurs capacités sont sans cesse discutées, et leurs vies constamment menacées.



Malgré quelques défauts, comme des scènes répétitives ou un peu longues (et celui d’avoir mis la fin au début, un procédé assez inutile ici), Marie Stuart, Reine d’Écosse est un premier film impressionnant, avec une photographie réussie, des actrices superbes de justesse et une modernité stupéfiante qui résonne, 500 ans après, chez les spectateurs et spectatrices d’aujourd’hui. Si en sortant de la salle, vous n’avez pas envie de saisir une torche pour renverser le patriarcat, vous êtes sans doute passé à côté de ce film… Vivement le prochain projet de Josie Rourke, une nouvelle réalisatrice à suivre de près.


Victoire




Le biopic (issu de l’anglicisme et de la contraction de biographical motion picture) est un genre mal aimé. Considéré comme trop académique, comportant de nombreuses erreurs, son penchant de ne montrer que le meilleur côté de la célébrité incarnée, le biopic est accusé d’être un genre cinématographique faible. Pourtant, et même depuis le début du cinéma, ce genre pullule. Le cinéma hollywoodien, surtout depuis les années 30’s, où chaque grands hommes de l’Histoire (des Etats-Unis et d’ailleurs) ont reçu l’honneur d’être incarné par un acteur célèbre et d’avoir donc un surplus de lumière sur leur carrière et leur vie. Mais comme nous le savons, si les historiens adorent raconter les hommes qui ont marqué, les femmes, elles, sont toujours mises de côté. Depuis les années 2000, cependant, les femmes sont enfin considérées, ce qui amène aussi un essor de films qui leur sont dédiés, à Hollywood. En France, nous continuons à nous intéresser aux hommes, même si le succès du film La Môme d'Olivier Dahan en 2007, a montré que oui, un film avec un lead féminin peut fonctionner.


Cette année, Hollywood a décidé de mettre les bouchées doubles et nous a proposé quatre biopics sur des femmes qui ont marqué l’Histoire. Une femme d’exception de Mimi Leder revenait sur les débuts de la juge à la Cour Suprême Ruth Bader Ginsburg, devenue une icône féministe. Colette de Wash Westmoreland revenait sur la jeunesse de l’autrice française Gabrielle Sidonie Colette et son histoire d’amour avec Willy.La Favorite  de Yorgos Lanthimos s'intéressait à la reine Anne d’Angleterre et ses amours féminins. Et enfin, le film qui nous intéresse aujourd’hui, Marie Stuart, reine d’Ecosse de Josie Rourke. Alors oui, je vous vois venir. Il est vrai que Marie Stuart est loin d’être sous-représentée dans le cinéma. Nous comptons huit autres films, le plus connu étant celui de John Ford avec Katherine Hepburn en 1936. De même pour Elisabeth Ire, incarnée plus d’une vingtaine de fois. Pourtant, nous avons l’impression de redécouvrir son histoire au travers des yeux de la réalisatrice Josie Rourke et son scénariste Beau Willimon. Le film réhabilite enfin la figure de cette reine, considérée pendant longtemps comme une femme aux mœurs légères, une intrigante, et il évite la comparaison douteuse avec Elisabeth Ire, la Virgin Queen.

Un peu d’histoire …


Parce que l’histoire de la monarchie anglaise est encore plus complexe que la série Game of Thrones, il semble nécessaire de vulgariser la vie de Marie Stuart, véritable figure tragique shakespearienne avant l’heure. Si vous avez regardé la série géniale qu’était Les Tudors, la vie de Henri VIII n’a plus de secret pour vous. Pour les autres, un peu d'histoire... Bien que le divorce était interdit, surtout pour un roi, il a trouvé le moyen d’avoir six femmes, avec des enfants de plusieurs mariages, ce qui bien sur a totalement complexifié la succession du Trône. Son seul fils, issu de son troisième mariage accède au Trône à sa mort. Il meurt sans descendance, mais il n'oublie pas d’exclure ses deux demi-sœurs, pour qu’elles ne lui succèdent pas. C’est Jeanne Grey qui devient reine à sa suite, étant la nièce de Henri VIII. Mais Marie, fille d'Henri VIII de part sa première épouse complote contre Jeanne et l’a fait exécuter. Jeanne Grey a eu le règne le plus court, seulement neuf jours. Marie devient Marie Ire, mais meurt également sans descendance et laisse le champs libre à sa demi-sœur, issue du second mariage de Henri VIII avec Anne Boleyn, Elisabeth Ire (la fameuse). C’est bon vous suivez ? Sauf que pour une partie du peuple, Elisabeth n’est pas digne du Trône, la considérant comme une fille illégitime de Henri VIII. Marie Stuart devient celle qui pourrait la remplacer, étant la descendante direct de Marguerite Tudor, sœur de Henri VIII. Marie Stuart est la seule fille de Jacques V, le roi d’Ecosse. A sa mort, elle devient reine alors qu’elle a six jours. Elle part en France, se marie à 16 ans avec François II, et devient donc reine de France. Veuve à 18 ans, elle revient en Ecosse et prend possession de son trône. 


Ce qu‘il faut savoir, c’est que Marie est catholique, alors que les anglais sont protestant. Nous sommes au XVIème siècle, les guerres de religions sont courantes. Si certains veulent voir Marie au Trône d’Angleterre, d’autres à contrario, voudront l’empêcher de nuire. Se considérant comme légitime au Trône, Marie Stuart veut entretenir des liens avec la reine, seulement si celle-ci accepte d’en faire son héritière directe. Sauf que Marie, ainsi que Elisabeth sont entourées d’hommes avides de pouvoir, qui n’hésiteraient pas à les renverser. Marie prend de mauvaises décisions, étant trop brusque, trop hargneuse pour les hommes. Son demi-frère, ainsi que les membres de son conseil réussissent à la longue à la faire abdiquer et lui donnent une réputation de femme légère, d’intrigante. Elisabeth la prend tout d’abord sous sa protection en Angleterre, mais les rumeurs de complots contre elle l’oblige à signer son exécution. Marie Stuart et Elisabeth Ire sont des figures majeures dans la monarchie anglaise. Leur histoire est un exemple concret et important, montre la société sexiste et misogyne dans laquelle elles ont vécu et comment, pour garder le pouvoir, il leur fallait être encore plus vigilante, encore plus sur leur garde. 

Femmes au pouvoir


Il est toujours inspirant de voir des femmes accédant au pouvoir au cinéma, surtout quand dans le cas de nos deux héroïnes, elles se trouvent dans un monde politique patriarcale (le XVIème siècle). Marie Stuart, reine d’Ecosse nous montre deux femmes, deux reines qui doivent à la fois gouverner mais faire aussi face à la violence (verbale ou physique) de leur condition de femme de l’époque. Marie Stuart est montrée comme une figure résolument fière et forte, capable de prendre des décisions politiques radicales. Pourtant son statut décisionnaire est constamment remis en cause, notamment à cause de son extrême féminité. Plus elle prend acte à la vie politique, plus les complots pour la faire abdiquer se multiplient. Sa vie privée devient cause de rumeurs et une raison suffisante aux yeux des misogynes qu’elle ne peut gouverner car son émotivité l’en empêche. Un cliché qui ne date pas d’hier donc. Une femme ne peut donc gouverner que si sa famille, son mari ne l’entâche pas. Les hommes ont du mal à dissocier la mère, l’épouse de la Reine. Une guerre de genre qui trouve un écho douloureux à notre propre époque. Sa façon d’être et de vivre fait basculer Marie Stuart, trahie par tous les hommes de son entourage. D’un autre côté, Elisabeth Ire ne se plie jamais à ce que l’on attend d’elle en tant que femme. Elle comprend tôt que pour garder son pouvoir, sa capacité à gouverner, il lui faudrait sacrifier son genre, pour “gouverner comme un homme”. Elle décide donc de ne jamais se marier, ni d’avoir d’enfant, d’où son surnom de Virgin Queen. Comme le film le démontre, elle décide de se fondre dans la Couronne. Un choix radical, mais qui porte ses fruits, puisqu’elle a gouverné pendant presque quarante cinq ans.
Il est très facile de comparer ces deux reines l’une dépravée, l’autre prude. Pourtant, Josie Rourke ne porte jamais un jugement sur leur choix respectifs. Le patriarcat essaye de les monter l’une contre l’autre, pourtant un élan de sororité vont les réunir pendant une scène poignante. Malgré leur différences, leur capacité à s’affirmer en tant que régnante arrive à les mettre d’accord. Elles se soutiennent dans le privé, et comprennent combien elles ont l’une et l’autre tout sacrifié pour le pouvoir. 

Version moderne du XVIème siècle


Marie Stuart, reine d’Ecosse se démarque des autres biopics sur le personnage par sa façon de vouloir mettre en avant des questionnements modernes, qui font écho à notre société. Le regard de Josie Rourke se veut féministe et son point de vue est une bouffée d’air frais. Elle n’hésite donc pas à montrer les règles, d’une façon tout à fait ordinaire pour une fois. Le sang des règles fait peur, est tabou. Il est rare de le voir aussi bien représenté sur grand écran, dans une scène qui rend la séquence tout à fait banale et sert à démystifier ce passage naturel du corps de la femme. Le film fait de Marie Stuart une figure progressiste, qui accepte dans sa cour le musicien David Rizzio, homosexuel et le fait bénéficier de sa protection. Malheureusement, cela ne suffira pas et le film montre un meurtre homophobe d’une violence inouïe. Si le sang venant des femmes est naturel et anodin, le sang qui provient des hommes est violent et sale. Nous avons également une scène de viol conjugal. Difficile à regarder, cette scène reste du point de vue de Marie et met en exergue jusqu’où le désir de pouvoir des hommes peut aller.



Mené de front par deux actrices fantastiques, mis magnifiquement en lumière par John Mathieson (Logan), avec une direction artistique de toute beauté, Marie Stuart, reine d’Ecosse coche toutes les cases qui fait de lui un excellent film. Pour une fois, la figure de la Femme, de la Reine au pouvoir prédomine et ne se contente pas simplement de rester sur les amourettes (comme bon nombres de biopics). Le film mélange habilement les propos sur être une femme au XVIème et être une femme de pouvoir et la difficulté de concilier les deux. On peut tout bonnement le mettre en lien avec La Favorite, qui contient le même thème (il est intéressant de savoir que la reine Anne du film est la descendante directe de Marie Stuart, qui emporta la dynastie des Stuart avec elle). Malgré les raccourcis dans l’histoire et la véracité moyenne de l’oeuvre, Marie Stuart résonne dans sa modernité et trouve un chemin dans notre société actuelle.


Laura Enjolvy


John Chevrier

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