American Honey

[CRITIQUE] : American Honey

 

Réalisateur : Andrea Arnold
Acteurs : Sasha Lane, Shia LaBeouf, Riley Keough,...
Distributeur : Diaphana Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Comédie.
Nationalité : Américain, Britannique.
Durée : 2h43min.
Synopsis :
Star, une adolescente, quitte sa famille dysfonctionelle et rejoint une équipe de vente d'abonnements de magazines, qui parcourt le midwest américain en faisant du porte à porte.
Aussitôt à sa place parmi cette bande de jeunes, dont fait partie Jake, elle adopte rapidement leur style de vie, rythmé par des soirées arrosées, des petits méfaits et des amourettes…



Critique :



Du haut de son petit boucan sur la dernière Croisette (il est reparti avec le Prix du Jury), le quatrième long métrage de la brillante Andrea Arnold, découverte justement à Cannes grâce aux excellents Red Road et Fish Tank, avait la lourde tâche d'imposer sa marque au sein d'un premier trimestre ciné de 2017 aussi bien rythmé par la course aux statuettes dorées - qui bat actuellement son plein -, que par une distribution incroyablement séduisante.
Bon point pour lui, American Honey avait la malice de faire du génial Shia LaBeouf, une de ces vedettes titres, de quoi rendre sa vision à nos yeux, infiniment indispensable.



Pour les besoins de son nouveau film, Arnold travers l'Atlantique pour mieux filmer l'Amérique, la varie, accentuant son penchant certain pour les personnages pauvres et sans le sou, au sein d'une déconstruction sincère et vibrante du mythe de l'American Dream.
Parfait contraire d'une Sofia Coppola préférant s'épanouir via le prisme d'une jeunesse bobo et friquée, suivant volontiers les glorieux pas de Gregg Araki et Harmony Korine, la cinéaste s'attache au destin de Star, une jeune femme quittant sa famille dysfonctionnelle et miséreuse, pour rejoindre une communauté de vendeurs de magazines, sillonnant le midwest américain en faisant du porte-à-porte.

Road movie radical sous couvert d'une love story passionnée et écorchée rythmée par les tubes d'une b.o d'enfer, American Honey est une merveilleuse et authentique chronique adulescente sur une poignée de mômes hantés par leurs rêves et leur insouciance, une génération livrée à elle-même dans l'immensité désertique et vide d'un pays faussement solaire, et dont la supposée légèreté du quotidien ne fait que masquer une inquiétude évidente : leur avenir semble aussi perdue et désenchantée que les routes qu'ils arpentent pourtant avec espoir.



Si elle n'a décemment rien perdu de son style brut et réaliste en posant sa caméra dans le pays de l'Oncle Sam (même si elle s'échine peut-être un peu trop à illustrer dans cette fuite en avant, les travers d'une terre de " liberté " avancant à deux vitesses), Andrea Arnold épouse avec fureur les corps (sa mise en scène est aussi stylisée qu'inspirée) et enveloppe avec grâce (certains plans sont littéralement à tomber) et puissance sa vision contemporaine de l'Amérique white trash, pauvre, rongée par ses inégalités et attachante même dans ses travers.

Formidable et éblouissant voyage initiatique autant poétique et profond que fougueux et solaire (même si pas dénué de quelques longueurs), conçu pour diviser, le quatrième film de la cinéaste, essentiel et enivrant, aura au moins le mérite de mettre logiquement d'accord son auditoire sur un point : son incroyable duo vedette.
Si la beauté volcanique Sasha Lane est une révélation indiscutable, c'est bel et bien son compagnon à l'écran, le roi Shia, tout en nuances et en subtilités, qui obtiendra tous les suffrages.



Totalement dévoué à la cause de l'oeuvre en campant un amant charmeur mais volage, il dévore l'écran à chaque plan en démontrant par A + B qu'au-delà des frasques qui façonnent son image publique, il est bien l'un - si ce n'est LE - comédien le plus talentueux et insaisissable de sa génération.

Oui Shia, nous on t'aime.


Jonathan Chevrier




John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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