Alliés

[CRITIQUE] : Alliés


Réalisateur : Robert Zemeckis
Acteurs : Brad Pitt, Marion Cotillard, Jared Harris, Lizzy Caplan, Matthew Goode,...
Distributeur : Paramount Pictures France
Budget : -
Genre : Thriller, Romance, Historique.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h01min.

Synopsis :Casablanca 1942.  Au service du contre-espionnage allié, l’agent Max Vatan rencontre la résistante française Marianne Beauséjour lors d’une mission à haut risque. C’est le début d’une relation passionnée. Ils se marient et entament une nouvelle vie à Londres. Quelques mois plus tard, Max est informé par les services secrets britanniques que Marianne pourrait être une espionne allemande. Il a 72 heures pour découvrir la vérité sur celle qu’il aime. 



Critique :




Revenir sur la qualité incroyable de la filmographie de Robert Zemeckis reviendrait, comme pour Steven Spielberg , David Fincher ou encore James Cameron, à abattre un boulot de titan tant il y a de choses à dire sur ses péloches, salement marqué au fer rouge dans la psyché de tout cinéphile un minimum avertit.

A la Poursuite du Diamant Vert, la trilogie Retour vers le Futur, Qui Veut la Peau de Roger Rabbit, Forrest Gump, Contact, Apparences, Seul au Monde ou encore Flight... force est d'admettre que très peu de cinéastes peuvent se targuer d'avoir une filmo jonglant entre les genres avec autant maestria, et beaucoup vendrait certainement mère et père pour en avoir ne serait-ce qu'une infime partie.
C'est un fait, le Robert tout aussi discret qu'il soit, est incontestablement l'un des plus grands metteur en scène de ses trente dernières années, point à la ligne.



Mais au sein de l'immense puits à génie qui lui sert de caboche, le bonhomme a un sacré talon d’Achille, plus fragile que le talon d'Achille lui-même : ses envies révolutionnaires.
Et pendant près de douze années, il se sera évertué à vouloir façonner ce qui pouvait/devait être le cinéma de demain, le virtuel et la performance capture.
En l'espace de trois films (Le Pôle Express, La Légende de Beowulf et Le Drôle de Noël de Scrooge), il va littéralement ruiner son aura de génie.


Non pas que ses essais soient foncièrement mauvais (ils sont au demeurant plus que corrects même si, aléas d'être un pionnier en la matière, les défauts des captures sont grossiers), bien au contraire, le souci résidant bien plus dans le fait que son audace à complétement été boycottée aussi bien par les critiques que le public en salles.
Un uppercut en pleine poire injuste quand on sait qu'ils ont, aussi imparfaits soient-ils, ouvert la porte aux cartons des sublimes Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne (Spielberg avait avoué de sa bouche qu'il n'aurait jamais osé le faire sans le travail fait sur ce procédé par Zemeckis) et Avatar de James Cameron.



Plus qu'un précurseur incompris, surement un peu frustré par son sort (Disney ayant même fermé son studio 2011), Zemeckis nous était revenu en 2013 avec la hargne au ventre via le grandiose Flight, chronique viscérale et maitrisé d’un pilote alcoolique ayant sauvé les passagers d’un avion d’un crash avant de se voir condamné pour ses addictions.
Véritable critique de l'Amérique contemporaine prenant la forme d'une œuvre psychologique et humaniste renversante, le cinéaste réglait ses comptes avec ses détracteurs (tous ceux pensants qu'il avait perdu son mojo) tout en offrant l'un des plus beaux rôles à ce jour, au génial Denzel Washington.


Définitivement de retour dans le game, il enchainait l'an dernier à la même époque avec The Walk - Rêver Plus Haut (ex-To Reach The Clouds), biopic majestueux et vivant du funambule français Philippe Petit, porté par une mise en scène de haut vol à la méticulosité indécente, et incarnant en tout point un sommet de poésie drôle et touchant, doublé d'une véritable ode crédible à la persévérance.
Dire donc que son thriller sous fond de Seconde Guerre Mondiale, Alliés, au casting vedette alléchant (Marion Cotillard et Brad Pitt, pour la première fois devant sa caméra), était méchamment attendu par chez nous, est un doux euphémisme.


Faux film de guerre mais vraie romance contrariée sous fond de thriller Hitchcockien étirant sa lente toile dans les arcanes de l'espionnage antinazis, Zemeckis fait de son nouveau métrage une pure péloche à l'ancienne, volontairement anti-spectaculaire, glamourisé à outrance (la reconstitution est léchée) et épousant sans retenue le romantisme et le classicisme évident d'une intrigue certes simpliste et épurée à l'extrême (tout comme la mise en scène du cinéaste), mais à la maitrise remarquable.
Tout Allied - titre en v.o - tourne donc autour de la relation aussi passionnée qu'ambiguë de l'agent secret Max Vatan et de sa future épouse, la résistante française Marianne Beauséjour, de leur rencontre idyllique à Casablanca durant une mission à haut risque, à leur nouvelle vie de famille à Londres quelques années plus tard; existence très vite perturbée par les suspicions des services secrets britanniques sur madame, suspecté d'être une espionne allemande...

D'une élégance absolue et jouant pleinement la thématique des faux-semblants avec un suspense et une tension redoutable (habile, il multiplie les cadrages serrés sur les visages de ses protagonistes à mesure que les doutes de Vatan sur sa femme se font de plus en plus pressants) - retournements de situations rocambolesques inclus -, le cinéaste opère une mise en abime aussi séduisant qu'anxyogène dans la vie d'agents aux doubles identités, mettant dès le départ, ses deux héros à rude épreuve en faussant leur rapport dans un jeu du chat et de la souris réaliste (à la différence des blockbusters ricains, Zemeckis à le bon gout de ne pas faire son film uniquement en langue anglaise) et obscur; dominé par un couple Marion Cotillard (parfaite)/Brad Pitt (monolithique) à l'alchimie convaincante.



Délicat et riche psychologiquement (et loin d'être froid et dénué d'émotion), prenant même si quelques baisses de rythmes se font sentir de-çi de-là, Alliés est un mélodrame noir sur un amour impossible, prenant les jolis atours d'un hommage appuyé aux fresques romanesques d'après-guerre autant qu'aux thrillers tendus de tonton Hitchcock, à la finesse d'exécution incroyable.
Pas du grand Zemeckis certes, mais une séduisante péloche qui embellit une fin d'année ciné 2016 déjà bien plaisante.


Jonathan Chevrier



John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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