Chroniques

[FUCKING SÉRIES] : Outcast : L'Exorcisme par Robert Kirkman


(Critique - avec spoilers - de la saison 1)

Dire que l'adaptation télévisée de la vénéré The Walking Dead, a bousculée dans les grandes largeurs l'existence de son créateur Robert Kirkman, est un putain de doux euphémisme.
Passé de dessinateur/scénariste émérite dans le milieu du comics, à producteur exécutif de l'un des shows les plus regardés de la planète, le Bob est devenu l'un des bonhommes les plus puissants de la petite lucarne US.
Pas étonnant alors, qu'il est vendu les droits d'adaptations en 2014, de son comic Outcast, avant même qu'un seul numéro n'est venu pointer le bout de son nez dans les librairies.
Et alors que la septième saison de TWD s'apprête à révéler tous ses secrets d'ici octobre prochain (Negan !), Cinemax - OCS Choc par chez nous - a diffusé durant tout l'été son dernier bébé, bombe intimiste sur un duo atypique luttant contre les possessions démoniaques et autres forces surnaturelles, dans un déluge de tension et d'horreur fleurant bon l'oeuvre imposante du roi Stephen King.

Prenant le contre-pied de la géniale Supernatural avec un propos plus sombre et concis, Outcast suit l'histoire de Kyle Barnes, jeune homme torturé et sans croyance religieuse qui depuis sa plus tendre enfance, voit sa famille et ses proches aux prises avec des forces démoniaques aussi violentes que destructrices. 
Coincé dans la petite ville isolée et méchamment angoissante de Rome en Virginie, il va répondre - poussé par sa soeur, son seul soutien - à l'appel du révérand Anderson, un prêtre exorciste qui requiert sa présence pour aider Joshua Austin, visiblement possédé
Car depuis toujours, Kyle a le pouvoir aussi mystérieux que puissant, de pouvoir évacuer les esprits maléfiques en touchant les personnes qui en sont victimes.


Véritable duo de choc, Anderson et Barnes vont tenter de comprendre et d'éradiquer ces manifestations surnaturelles, avant de réaliser que la fin du monde n'est peut-être plus très loin...
Porté par un épisode pilote (signé par l'excellent Adam Wingard) rudement charpenté et installant intelligemment tous les enjeux - ou presque - du récit, tout en impressionnant continuellement son spectateur grâce à une ambiance aussi envoûtante que dénuée de toute contrainte/censure; le show peine en revanche à pleinement répondre à toutes les attentes qu'il a su susciter par sa magistrale ouverture, la faute à une ligne directrice certes solide mais un brin tronquée par son envie de calquer le schéma classique du drama made in US (un épisode = un cas de possession)
S'étirant volontairement sur la longueur tout en étant divertissante - Kirkman est un formidable conteur, c'est indéniable -, malgré un cruel manque de scènes chocs (les exorcismes ne sont finalement pas si nombreux); la première saison monte graduellement en puissance avant de réellement dessiner le coeur de son propos : l'apocalypse, et sa gestion par une humanité presque aussi dangereuse que le mal qui a sournoisement envahit son quotidien

Profondément sombre, violente et anxiogène, Outcast s'attache durant sa première salve d'épisodes, à façonner le combat intérieur de Kyle Barnes, héros tragique à la fois source et solution du cauchemar qui habite Rome, véritable siège du mal
Rongé par la culpabilité, isolé et rejeté de tous (surtout par sa femme, Allison) par incompréhension, c'est quand il assumera pleinement son rôle et qu'il accomplira le douloureux chemin de la lucidité, que l'univers du show prendra tout son sens; pour ressembler in fine à une sorte de mix déstabilisant entre le film de super-héros (on pense souvent au chef d'oeuvre Incassable de M. Night Shyamalan) et le cinéma fantastique paranoïaque des 50's/60's.


Intense et inquiétante, la nouvelle série de Robert Kirkman s'inscrit finalement dans les glorieux pas de son ainé The Walking Dead, en baladant magistralement son auditoire au sein d'une histoire aussi fascinante et unique qu'elle est facilement critiquable dans ses (nombreuses) faiblesses.
Attachante et addictive pour tout âme sensible à son univers et à ses personnages, finement travaillés et interprétés (le beaucoup trop rare Patrick Fugit en tête), Outcast se termine sur un climax terriblement accrocheur, annonçant une menace/invasion à l'échelle beaucoup plus imposante (Les États-Unis ? Le monde ?).

Comme pour la toute aussi réussie Preacher, c'est clairement avec sa seconde saison (déjà commandée par Cinemax) que la série démontrera si oui ou non, elle a tout d'une grande et peu s'inscrire sereinement sur la durée.
Elle en a, en tout cas, furieusement les moyens...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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