Chroniques

[FUCKING SÉRIES] : The Path - L’envoûtant chemin vers la lumière et la vérité


(Critique - avec spoilers - de la saison 1) 


En cette époque presque bénie ou le petit écran a décemment pris le pas sur le grand, aussi bien en terme d'originalité que de diversité (et même, n'ayons pas peur des mots, en terme de qualité également), proposer un contenu un tant soit peu attractif et attirant, est devenu un vrai travail de titans ; et encore plus pour les chaînes dîtes «  à péages », qui doivent faire face à une concurrence des plus féroces.
Tout juste autorisée à entrer dans la compétition entre chaînes après sa merveilleuse adaptation en mini-série du roman culte de Stephen King, 11.22.63 (James Franco, Sarah Gadon et les 60's... what else?), la plate-forme Hulu dégaine déjà sa seconde cartouche en quelques mois pour séduire en masse les sériephiles que nous sommes, avec The Path; de loin l'un des projets les plus bandants de la saison 2015/2016. 


Porté par un casting vedette de haute volée de la fine fleur du petit écran US, Aaron « Breaking Bad » Paul – également à la production -, Hugh «  Hannibal » Dancy et la belle Michelle «  True Detective », ainsi que par un sujet aussi intriguant que bandant (une immersion dans les rouages d'une secte) ; le show promettait non-seulement une vision acerbe et à peine voilée d'un phénomène de société plus que perturbant - Hello Scientologie ! -, tout autant qu'un vrai moment de télévision comme seul le pays de l'Oncle Sam sait nous les offrir. 

La série suit les aléas d'Eddie, membre influent de la secte du Meyerism, un mouvement basé sur la quête de la Vérité et de la Lumière, et dont la hiérarchie s'appuie sur l'échelle, The Ladder, ou chaque barreau spirituel correspond à un niveau de conscience à atteindre. De retour d'un voyage formateur au Pérou, Eddie commence de plus en plus à avoir des doutes sur cette pseudo-religion qu'il a rejoint très jeune, pour lutter contre la drogue et le deuil de son jeune frère. Dit doutes qui vont très vite remettre en cause aussi bien son quotidien que sa relation avec sa famille – très impliquée dans le mouvement -, mais également, sa propre sécurité. 
Il contactera dès lors une ancienne membre du Meyerism désormais fugitive, dont le mari s'est supposément suicidé au moment même ou celui-ci commençait à émettre des doutes concernant cette croyance... 


Prenant pleinement son temps pour mettre en place son intrigue et les fondements de sa secte (ses rouages, son fonctionnement, sa vie à l'intérieur et même son mode de recrutement souvent basé sur la contrainte et l'aveuglement crédule, via la sous-intrigue aussi dérangeante que majeure du personnage de Marie), via une ambiance aussi mystérieuse que pesante – et proche finalement, de la série The Leftlovers -, The Path est un envoûtant drama familiale et psychologique sur un homme confronté à une vérité qu'il peine à accepter - lui qui a toujours été dans l'impossibilité de penser par lui-même - , et les répercussions de son apprentissage à la dure de celle-ci sur ses proches. 
Toute la vie d'Eddie tourne autour du mouvement, qui lui a offert un cocon paisible mais surtout une vie normale et réconfortante grâce à une femme, Sarah, qui beigne dans la secte depuis toute petite, et des enfants dont le fils aîné commence, tout comme lui, à douter de son appartenance au Meyerism alors qu'il doit tout prochainement prononcé ses vœux (et faire partie intégrante du mouvement). 

Par cette relation émouvante d'un père troublé et d'un fils qui l'est tout autant – et leur opposition à une mère campée sur ses positions et dévouée corps et âme au mouvement -, le show souligne avec habileté les difficultés de renier/abandonner une secte, que ce soit par peur pour sa vie et celles de ses proches (on ne peut que perdre tout membre de sa propre famille en cas de départ), ou par peur de la violence qu'engendre un tel sacrifice (ses méthodes de rééducations extrêmes voir, tout simplement, la mort). 


Joliment réaliste, hypnotique et juste, totalement dévouée à ses personnages tous intelligemment mis en relief dans leur rapport au mouvement, bien plus que dans sa volonté d'offrir une vraie figure de gourou – Steve -, que l'on ne verra jamais réellement (excepté dans les ultimes secondes du season finale), la première salve d'épisodes qu'incarne la première saison est une étouffante plongée en apnée au sein d'un culte étrange mais fascinant, ou le malaise du conditionnement aveugle n'est jamais masqué, tout autant que le mensonge évident qui en découle (notamment via la figure ambiguë et torturée de Cal, futur grand gourou de la secte). 

Pas dénué de défauts (un ton trop sage, quelques longueurs se font parfois vraiment ressentir, tout autant qu'une certaine redondance aussi bien dans les dialogues et les scènes), alternant les thèmes bien patriotiques (l'importance de la famille, la lutte contre la différence...) et les genres avec plus ou moins d'habileté (le drama psychologique cède souvent sa place à un thriller à suspens mollasson et trop vite désarmé, excepté après le huitième épisode au cliffhanger dément) et dominé par un duo Aaron Paul/Hugh Dancy proprement grandiose - ils peuvent tout jouer et cela se voit -; The Path est un moment de télévision anxiogène et original, qui s'il n'a pas encore atteint le maximum de ses possibilités, n'en est pas moins follement ambitieuse et addictive. 


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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