Critiques

[CRITIQUE] : The Neon Demon


Réalisateur : Nicolas Winding Refn
Acteurs : Elle Fanning, Jena Malone, Christina Hendricks, Abbey Lee, Bella Heathcote, Keanu Reeves,..
Distributeur : The Jokers Films/Le Pacte
Budget : -
Genre : Thriller, Epouvante-Horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h57min.

Synopsis :
Une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d'autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté…



Critique :



Et si ce bon vieux - mais bien barré - Nicolas Winding Refn, avait définitivement perdu son si savoureux mojo ?
Beaucoup semble se poser la question depuis son conspué mais merveilleux Only God Forgives, porté par son BFF Ryan Gosling et l'inestimable Kristin Scott Thomas, qui a incarné - injustement - le big bad buzz de la Croisette Cannoise en 2013.

Une plongée enivrante et fiévreuse dans une Thaïlande fantasmatique, dans laquelle NWD prenait pour toile de fond le film de bastons cher aux amateurs de séries B burnés, pour mieux démystifier l'image du héros contemporain (là ou au contraire, Drive iconisait complétement le mythe du super-héros), dans une sorte de melting-pot plein de grumeaux mais symptomatique de ce qu'était potentiellement devenu son cinéma : une esthétique inattaquable contrée par une écriture aussi brinquebalante et minimaliste que creuse et prévisible.

Proche de l'archi-posture, un peu froide et désincarnée face à un mutisme, une violence bouillante, un complexe œdipien constant et un manque cruelle de romantisme, mais également jouissivement étouffant, gore et extrême (plus d'une scène est à la limite de l'insoutenable), la péloche était décemment de ces putains d'expériences à part, un feux d'artifices sophistiqué et au ralentit qui se trouve tout autant magnifié qu'enfermé par sa radicalité.

 
Si la question se posait donc après Only God Forgives, beaucoup trouveront en revanche, leur réponse après la vision de son nouveau conte cauchemardesque qu'est The Neon Demon, de loin la plus grosse attente de la compétition officielle par chez nous - avec Loving du tout aussi vénéré Jeff Nichols et, bien entendu, Juste la Fin du Monde du prodige Xavier Dolan.

Sur un point de départ un brin simpliste (l'arrivée à L.A. puis l'ascension d'une jeune américaine désirant devenir mannequin, et dont la beauté attirera autant les jalousies que les convoitises), NWR promettait d'offrir à son auditoire un vrai film d'horreur sans réellement l'être, une descente aux enfers très giallo dans l'envers du décor du monde de la mode à la flamboyance aussi volontairement vulgarisé que fantasmé; ou les rêves se voient durement confrontés à la dure réalité.

A l'écran, ce rejeton plus ou moins assumé de Black Swan et Suspiria version Bis, au demeurant renversant visuellement (certains plans sont littéralement à tomber), laisse cependant un sacré gout d'inachevé dans la bouche de son spectateur tant il ressemble ni plus ni moins qu'à un effet de style grandiloquent et complaisant sur les bords; un ticket pour un manège pailleté et plein de strass sophistiqué à l'extrême, qui ne puise finalement son intérêt que dans la (très grande) force de ses obsessionnelles images tant l'histoire, jamais dénonciatrice et encore moins consistante (la quête de la beauté parfaite est survolée), semble cruellement manquer d'intérêt et de fond.


Conte moderne référencé, inclassable et surréaliste sur un agneau perdu au milieu des loups (on peut y voir le double volontaire ou non, du merveilleux Mulloland Drive de David Lynch, qui contait les dessous de l'industrie du cinéma avec plus de maestria), dont le cinéaste tente de retranscrire la perte d’innocence sans avoir ni peur de la surenchère too much, ni des délires les plus absurdes; The Neon Demon est de ces expériences WTF et singulières qui ne laissent pas indifférent, et ce dans tous les sens du terme.

Formidablement interprété (Elle Fanning et Jena Malone sont parfaites), littéralement imprévisible et passionnant même si plombé par un scénario trop peu travaillé et centré sur lui-même, ainsi qu'un rythme contemplatif qui aurait mérité qu'on lui taille un bon bout de gras; la cuvée 2016 de Refn est un objet déviant, fascinant mais pas bandant.

Admettons tout de même qu'un NWR moyen reste un NWR, soit un film bien au-dessus du lot de toute la production actuelle, et tous les esprits butés qui se borne à l'assassiner vigoureusement sur la place publique, dormiraient bien moins idiot ce soir en se rappelant cette vérité.
Mais admettons également que le bonhomme, bouffé par l'égo et le personnage que sa popularité grandissante ont créé, devrait très sérieusement penser à remettre en question son cinéma, sous peine de se mettre à dos même ses plus fervents admirateurs...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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