Critiques

[CRITIQUE] : Poltergeist


Réalisateur : Gil Kenan
Acteurs : Sam Rockwell, Rosemarie DeWitt, Jared Harris,...
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Budget : 62 000 000 $
Genre : Épouvante-Horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h34min.

Synopsis :
Lorsque les Bowen emménagent dans leur nouvelle maison, ils sont rapidement confrontés à des phénomènes étranges. Une présence hante les lieux. Une nuit, leur plus jeune fille, Maddie, disparaît. Pour avoir une chance de la revoir, tous vont devoir mener un combat acharné contre un terrifiant poltergeist…



Critique :


Le cinéma horrifique ricain va mal, et pire que ces péloches, c'est bien ça qui est le plus horrifiant à voir tant la production US s'est souvent trouvée la plus intelligente et bandante dans le genre.

Alors qu'elle laisse ses seigneurs se faire piller à coups de remakes faciles et foireux (Wes Craven et John Carpenter, beaucoup trop consentant d'ailleurs), elle aligne les suites et les franchises d'opus plus ou moins respectables (tout le catalogue du vénérable James Wan, et du moins vénérable Jason Blum en tête) au point de causer l’étouffement au sein d'une communauté cinéphile qui peine de plus en plus à les soutenir.


Annabelle, spin-off inutile et injustifié du puissant Conjuring, incarnait sans conteste la grosse goutte de pisse qui a fait déborder la cuvette des toilettes dans une année 2014 ou seul l'improbable - mais salué à Gérardmer - Mister Babadook de Jennifer Kent, avait réellement su tenir une promesse flippante sur pellicule.

Et alors qu'une pléthore de franchises viennent chier leurs nouveaux opus dans nos salles obscures ces onze prochains mois (La Dame en Noir 2 hier, les futurs Insidious, Halloween, Vendredi 13 ou encore Paranormal Activity et Sinister demain), on peut donc difficilement s'enthousiasmer de voir débarquer dans les salles obscures cette semaine, un produit remaké tel que ce Poltergeist version 2015, relecture du chef d’œuvre absolu du cinéma de genre cornaqué par le duo Spielberg/Hooper, et ici signé par le wannabe cinéaste Gil Kenan (le très bancal La Cité de l'Ombre).

Ou l'un de ses remakes que l'on rangeait aisément dans la case de ceux qui ne nous intéresse pas du tout, qui nous effraie et nous révulse même au plus haut point, tant sa nécessité et encore moins sa légitimité (bon, c'est vrai que les effets spéciaux ont pris un sacré coup de vieux), ne nous sautait pas tant que ça à la figure, et ce malgré la présence de l'inestimable Sam Rockwell devant la caméra et de Sam Raimi à la production - plus vraiment un gage de qualité vu les plantages successif de Dark Castle depuis The Grudge.


Balancé de manière un peu indifférente dans les salles obscures hexagonales ce mercredi (même si il profitera certainement de la fête du cinéma pour racoler du spectateur), Poltergeist 2015 est un honnête film de fantômes comme le genre en côté une pelleté depuis le revival du genre au début des années 2000 (et même un peu plus tôt du côté du cinéma nippon) mais qui s'avère in fine loin, très loin même, de marquer son spectateur à la différence de nombreuses péloches de ce sous-genre horrifique (la franchise Insidious et The Conjuring de James Wan en tête), et encore moins du récent It Follows, ovni horrifique qui s'imposa aisément comme un revival intelligent et flippant de quelques-unes des grandes figures de l'horreur des 70's/80's.

Si il était une évidence qu'il ne péterait dans la soie de l'originalité puisqu'il reprend sans aucune fausse note la trame original et les passages obligés à quelques détails près (on y voit " l'entre-monde " comme dans le piteux Poltergeist II : The Other Side, la famille emménage dans la maison à la suite de la perte d'emploi du père notamment), ce remake modernisé pas si dégueulasse et même plus ou moins divertissant d'un des monuments de l'horreur des 80's (au même titre que les deux premiers Evil Dead, La Mouche, Shining et The Thing, pour ne citer que) se castre au final par sa volonté de plaire à un public cible au rabais (vive le PG-13), en annihilant ses effets de violences inventives pour lui préférer des jumps scares aussi prévisible et ennuyeux que la trame est mou du genou.

Sans aucune passion, toutes les scènes de flippes sont convenues, chaque tension est désarmé dix minutes à l'avance, la musique manque cruellement d'impact tout autant que l'ambiance, et le script au demeurant efficace pour une production horrifique lambda, souffre de sa lenteur et de son manque de rebondissements réellement prenants et originaux.


Pire, il instaure à coup de clichés et avec la délicatesse d'un rhinocéros en rûte, son intrigue de fantômes/maison hanté là ou, subtilement - plume du papa d'Amblin oblige -, le film original, implanté dans le décor pastel de l'Amérique middle class des 80's et ses banlieues (trop) reconnaissable entre elles, n'hésitait pas à faire monter petit à petit la tension tout en se permettant plus d'un délire horrifique purement d'époque (l'arbre démoniaque et les squelettes sortant de la piscine n'avaient rien a envier aux dérives comico-flipantes d'Evil Dead).

Bref, la sauce ne prend jamais, on ne frémit pas vraiment mais surtout on ne se prend pas d'affection pour cette famille Bowen, tout aussi représentative de son époque que celle des Freeling (la crise économique, les factures qui s'accumulent, la mère au foyer qui cherche à s'émanciper tout ça), mais à la profondeur proprement anecdotique que ne parvient qu'à peine à sauver les prestations impliqués de Sam Rockwell et la sublime Rosemarie DeWitt (pas aidée par un scénario jetant volontairement aux oubliettes la relation importante mère-fille de l'opus original).

Indéniablement caché par l'ombre imposante et mystique du film de 1982 bien plus décomplexé et porté par une vraie vision de cinéma, Poltergeist 2015 est une bande d'épouvante un brin divertissante, honorable mais impersonnel, noyé dans la masse d'un septième ricain qui en produit à la pelle et dont la nécessité et l'utilité se résume incontestablement au nombre de fois ou l'on claque franchement des dents à sa vision (soit proche d'en dessous de zéro).


Reste que comparé à l'autre et insignifiante bande flippante du moment en salles - Unfriended -, le métrage de Kenan aurait presque des allures de chefs d'oeuvres, rien que ça.

Que James Wan dorme donc tranquillement sur ses deux oreilles, ce n'est pas ce maladroit remake qui ira chatouiller la maestria jouissive de son Insidious, vrai et digne héritier du film original de Tobe Hooper.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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