Critiques

[CRITIQUE] : It Follows


Réalisateur : David Robert Mitchell
Acteurs : Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatto, Jake Weary,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Épouvante-Horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h40min.

Synopsis :
Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d'étranges visions et  l'inextricable impression que quelqu'un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper...


Critique :

Le cinéma horrifique ricain va mal, et pire que ces péloches, c'est bien ça qui est le plus horrifiant à voir tant la production US s'est souvent trouvée la plus intelligente et bandante dans le genre.

Alors qu'elle laisse ses seigneurs se faire piller à coups de remakes faciles et foireux (Wes Craven, John Carpenter pour ne citer que), elle aligne les suites et les franchises d'opus respectable (tout le catalogue du vénérable James Wan, et du moins vénérable Jason Blum en tête) au point de causer l’étouffement au sein d'une communauté cinéphile qui peine de plus en plus à les soutenir.

Le récent Annabelle, spin-off inutile et injustifié du puissant Conjuring, s'était un peu la grosse goutte de pisse qui a fait déborder la cuvette des toilettes dans une année 2014 ou seul l'improbable - mais salué à Gerardmer - Mister Babadook de Jennifer Kent, avait réellement su tenir une promesse flippante sur pellicule.


Et alors qu'une pléthore de franchises viennent chier leurs nouveaux opus dans nos salles obscures ces onze prochains mois (La Dame en Noir 2 hier, les futurs Insidious, Halloween, Vendredi 13 ou encore Paranormal Activity et Sinister demain), voilà que débarque cette semaine le très buzzé It Follows, ou un ovni horrifique qui se veut comme un revival intelligent et flippant de quelques-unes des grandes figures de l'horreur des 70's/80's.

Balancé comme ça et vu l'état actuel des choses, on se dit que le prometteur David Robert Mitchell s'est certainement vu trop beau et trop haut trop vite, mais pourtant, force est d'admettre qu'après vision, le bonhomme en a sacrément plus dans le pantalon qu'il n'en avait l'air, tant son nouvel effort incarne indiscutablement un slasher loin d'être comme les autres...

It Follows donc, ou l'histoire de Jay, une adolescente comme il y en a plein d'autres dans le pays de l'Oncle Sam, qui vit avec sa sœur et sa mère dans la banlieue de Détroit.
Lorsqu'elle passe à l'acte avec son petit ami, Hugh, celui-ci la drogue et l'attache afin de mieux lui expliquer qu'il lui a transmis, via leur rapport sexuel, un étrange malédiction.
En effet, Jay sera désormais poursuivie sans relâche par une entité aux multiples visages qui marchera droit vers elle.

Si elle se laisse attraper, c'est la mort qui l'attendra et rien de moins.
Payes ton coït quoi...
Aidée de sa sœur Kelly, de sa copine Yara, de son ami d'enfance Paul et même de son voisin Greg, elle va tenter de comprendre ce qui lui arrive, mais elle va pourtant très vite réaliser que le seul moyen d'échapper à son sort est d'elle aussi, transmettre à son tour cette terrible malédiction...


A la différence de ses homologues contemporains qui peine a réellement comprendre ce que foutre la trouille sur grand écran veut signifier (mis à part le vénéré James Wan, on le répète), David Robert Mitchell lui, ne s’embarrasse pas le moins du monde et cherche logiquement la réponse dans le passé glorieux du genre.

Tout comme Hollywood ou presque, puisque lui ne se borne pas à simplement remaker un film en collant sur le front de sa pellicule, une étiquette modernisée.
Et qu'elle idée aussi simple que foutrement couillu, que de faire un slasher ou le boogeyman pourrait être n'importe qui, le tout dans la sacro-sainte banlieue pavillonnaire ricaine, définitivement trop tranquille et ou les ados profitent de parents trop souvent absents, pour se lâcher et faire la fête.

Pas bête pour un sou, Mitchell tire sa puissance de la simplicité de son concept et use habilement des clichés inhérents au genre pour mieux les épouser pleinement et les détourner à sa guise, tout en offrant un hommage vibrant aux papes du genre, Carpenter (Halloween et Invasion Los Angeles surtout) et Craven (Les Griffes de la Nuit et son monstre métaphorique) en tête.

Prenant pour héroïne une adolescente bien charpenté et blonde de surcroit à la sexualité débridée, et lui flanquant en prime des amis qui ne pense qu'au sexe, qu'à fumer et picoler; le cinéaste touche à un univers familier et balisé, se payant même le luxe de se la jouer péloche existentielle en offrant comme deadline aux ados, de repousser la mort de manière amoral par le biais du sexe - la petite mort - là ou les règles mêmes du slasher punissent constamment ceux qui s'abandonne à leurs instincts primaires.


Couillu qu'on vous dit le bonhomme... mais là ou il frappe véritablement le plus fort, c'est dans sa mise en image de l'horreur follement virtuose au sien d'une ville de Détroit en décrépitude, sans adulte et antre de la dégénérescence.

Porté par une atmosphère oppressante, une tension constante et bourrés de jump-scares, Mitchell fait naitre l'horreur par l'angoisse que provoque l'identité multiple que peut revêtir l'implacable boogeyman (prenant savoureusement son temps pour frapper), matérialisant lui-même les peurs des différents protagonistes.

De facto, son suspens est le fruit de l'incertitude et de la terreur vivant chez son spectateur, suspens créer avec très peu d'outils puisqu'il joue uniquement sur des effets de mises en scènes intelligents (les différents cadres et profondeur de champs appuyés par une musique prenante), le poussant à scruter le moindre arrière-plan, le moindre personnages quelconque fonçant droit vers la caméra, le moindre vide derrière chaque héros.

Mieux, dans sa lutte entre les adolescents et l'inconnu, à l'instar de Gregg Araki il touche avec mélancolie, à tous les symboles de l'adolescence et du difficile passage à l'âge adulte, l'angoisse de grandir, de vieillir, le regret de l'époque bénit de l'enfance ou encore la peur de perdre son insouciance face au temps qui passe.


En les forçant à affronter frontalement la malédiction, il les confronte à un véritable parcours initiatique buchés d'étapes en tout genre ou l'alcool, la drogue et le sexe (surtout) sont des échappatoires incarnant leur seuls parcelles de sécurité et de liberté (même si ce dernier est le véhicule de la malédiction façon MST), face à la dureté de toute existence.

La plus grande menace pour eux, et du film donc, serait alors finalement la vie en elle-même, une " malédiction " que l'on se doit de vivre pleinement pour mieux combattre son inéluctabilité...

Pesant, anxiogène tout autant que léger et intelligent, It Follows est un slasher flippant et singulier puisqu'il joue constamment sur les attentes du spectateur et prend pour cœur les angoisses des adolescents au lieu de simplement les livrer en pâture à un boogeyman ou une quelconque menace surnaturelle.

Un pur film d'horreur, un vrai.
Généreux, cohérent (malgré un final discutable), jamais redondant et loin d'être cynique, pour faire court, le film est tout simplement un des immanquables du moment et une future bande culte en puissance.


Après le merveilleux The Myth of The American Sleepover (qui partage de nombreux points avec celui-ci), le second long de David Robert Mitchell fait méchamment mouche, possède un charme fou et un parfum vintage presque irréel.

Il fait logiquement de son papa, un des réalisateurs du circuit indépendant US les plus important à suivre du moment.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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