Cinquante Nuances de Grey

[CRITIQUE] : Cinquante Nuances de Grey


Réalisateur : Sam Taylor-Johnson
Acteurs : Dakota Johnson, Jamie Dornan, Marcia Gay Harden, Jennifer Ehle, Luke Grimes,...
Distributeur : Universal Pictures International France
Budget : -
Genre : Romance, Érotique, Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h05min.

Synopsis :
L'histoire d'une romance passionnelle, et sexuelle, entre un jeune homme riche amateur de femmes, et une étudiante vierge de 22 ans.



Critique :

Force est d'admettre que l'on a connu plus adroite comme promotion que celle qu'aura connu le pourtant follement attendu Cinquante Nuances de Grey, totalement muselé et ne laissant aucune chance à tout cinéphile de pouvoir s'en faire un avis avant la sortie en salles.

Ce qui est, avouons-le, de très mauvaise augure quand à la qualité d'un métrage que de le voir priver de toute vision.

Le récent Mortdecai avait connu le même écueil, même si à la différence des aventures de Christian Gray et Anastasia Steele, une étonnante bonne surprise était toujours possible (et ce fut même d'ailleurs le cas, quoiqu'en dise les détracteurs du Depp à moustache).
Un comble pour une péloche capitalisant littéralement sur l'arrivée prochaine au sein de notre calendrier, de la sacro-sainte fête des amoureux (sic), la Saint-Valentin.


Mais un comble surtout pour l'adaptation d'un best-seller - et le mot est faible - signé E.L James (vendus à des millions d'exemplaires et traduits en 52 langues), guetté au tournant par des millions de lectrices prêtent à mouiller leurs dessous devant les affres erotico-romantico-SM d'une potentielle franchise capable de tutoyer l'aura populaire indécente de la saga Twilight.

Un phénomène " mommy porn ", qui aura aussi bien parlé aux ménagères en détresses qu'aux jeunes femmes en devenir, et ayant un peu à la surprise de tous, remis au gout du jour l'érotisme bon chic, bon genre au sein de la pop culture mondiale.

Qu'Hollywood et surtout Universal (qui a racheté les droits pour 5 millions de $) cherche à capitaliser sur la chose sur grand écran n'est pas une surprise en soit, mais de voir comment son traitement est totalement purgé de toute subversion pour pouvoir ratisser un plus large public en salles, incarne sans nul doute l'une des plus absurdes visions de la sexualité de ses dernières années au cinéma.

Que le film de Sam Taylor-Johnson mise nettement plus sur le romantisme (assez banal) qui lie ses deux protagonistes principaux est un fait, mais qu'il se complaise dans une vision soft porn - à peine interdit aux moins de douze ans - foutrement moraliste (on se borne ici à faire du SM une pathologie) et puritaine du thème de la soumission et du sado-masochisme, laisse franchement circonspect là ou l'inestimable Lars Von Trier traitait avec une crudité mais surtout une sincérité sans phare, les perversions de son héroïne dans le diptyque Nymphomaniac.


Même le délirant La Secrétaire, avec une jolie Maggie Gyllenhaal de plus en plus accro au désir masochiste, traitait le sujet avec plus de frontalité et de profondeur que ce guide SM pour ados faussement prude au sein d'une société actuelle ou le sexe, et surtout la pornographie, sont devenus accessibles à tous et même sacrément banalisés (merci internet et les clips musicaux).

Cinquante Nuances de Grey donc, ou un pur film de studio qui ne dépasse jamais l'idée préconçue que l'on a eu de lui dès les prémisses de sa mise en production, à savoir une romance sexy et proprette, sans grande nudité ou presque (Dakota Johnson donne évidemment plus de sa personne que Jamie Dornan), suggérant bien plus qu'il ne montre et porté par un rapport timide et conservateur à la sexualité et à ses penchants pervers (les scènes SM sont réduites à quelques fessées, yeux bandés et mains menottées, rien de bien torride).

Bling-bling comme une publicité pour un parfum de luxe, stéréotypé et bourrés de clichés sur les relations hommes-femmes, lent, ennuyeux, kitsch à souhait et se prenant trop sérieux pour réellement convaincre, le film n'en est pas moins surprenant - dans le bon sens - sur certains points.

En effet, l'Anastasia Steele campée par une Dakota Johnson impliquée et émouvante, y parait visiblement moins cruche que dans le roman et que Jamie Dornan arrive bien à capter l'intensité de son personnage, même si leur alchimie est totalement absente et manque cruellement de charme et de passion.
Danny Elfman lui aussi - que l'on aurait préférer ailleurs - tire admirablement bien son jeu via un excellent score.


Pas de quoi pour autant, sauver une œuvre prisonnière de sa propre auto-censure, et qui ne devrait même pas réussir à contenter la majorité des fans du livre.

Reste que durant tout son long, on se laisse aller à imaginer ce qu'aurait pu faire avec un tel sujet, certains cinéastes bien plus doués dans le genre (Paul Verhoeven et Brian De Palma en tête), mais surtout capable d'offrir sans forcer, une représentation du désir moins désuète, puritaine et décevante.

Prévisible et d'une niaiserie hallucinante, à peine émoustillant, faussement sulfureux et finalement sans intérêt, une péloche à tout simplement faire passer le pourtant médiocre et nanardesque Basic Instinct 2 pour un sommet du genre.
C'est dire la déception qu'il incarne...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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