Claudia Tagbo

[CRITIQUE] : Le Crocodile du Botswanga


Réalisateur : Lionel Steketee et Fabrice Eboué
Acteurs : Thomas Ngijol, Fabrice Eboué, Claudia Tagbo, Ibrahim Koma,...
Distributeur : Mars Distribution
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Français.
Durée : 1h30min.

Synopsis :

Leslie Konda, jeune footballeur français talentueux, repéré à son adolescence par Didier, un agent de faible envergure qui a su le prendre sous sa coupe, vient de signer son premier contrat d’attaquant dans un grand club espagnol. Dans le même temps, sa notoriété grandissante et ses origines du Botswanga, petit état pauvre d’Afrique centrale, lui valent une invitation par le Président de la République en personne : Bobo Babimbi, un passionné de football, fraîchement installé au pouvoir après un coup d’état militaire. Leslie se rend donc pour la première fois dans le pays de ses ancêtres accompagné par Didier pour être décoré par le Président Bobo qui s’avère rapidement, malgré ses grands discours humanistes, être un dictateur mégalomane et paranoïaque sous l’influence néfaste de son épouse. À peine ont-ils débarqué que Bobo conclut un deal crapuleux avec Didier : faire pression sur son joueur afin que celui-ci joue pour l’équipe nationale : les Crocodiles du Botswanga…




Critique :

On a beau se répéter sans cesse que ce n'est pas un bien de tirer à tue-tête sur l'ambulance de la comédie populaire française, mais force est d'admettre que mis à part quelques fulgurances (Casse-Tête Chinois, Les 3 Frères, le retour sortie la semaine passée), cette dernière cherche à se faire plomber le cul.

Pire, elle aurait même fortement tendance à charger notre mitraillette et à nous la pointer dans sa propre direction, comme une bête agonisante cherchant à ce que sa dernière heure soit la plus courte possible.

Et alors que les prochaines semaines s'annoncent tout aussi intéressantes (Situation Amoureuse : C'est Compliqué) que franchement redondantes (le Dany Boon et le Kad Merad cuvée 2014 combinés dans le pas attendu - par nous -, Supercondriaque), la programmation en salles nous offre un petit répit venant d'un duo que l'on affectionne tout particulièrement, Fabrice Eboué/Thomas Ngijol, avec l'alléchant Le Crocodile du Botswanga.


Jamais aussi bon que lorsqu'ils sont ensemble (on passera sous silence le piteux Denis avec Eboué seul en vedette), le duo revient donc dans les salles obscures un petit peu moins de deux ans après le certes pas dénué de défauts mais excellent Case Départ, premier essai revenant avec humour sur l'esclavage des noirs, et surtout gros succès hexagonal de l'été 2012 dans les salles obscures.

Toujours dans l'optique de creuser un petit peu plus le sillon de la comédie aiguisée et intelligente made in France, ils s'attaquent cette fois aux mots de l'Afrique, avec un œil toujours aussi grinçant et destructeur.

Le Crocodile du Botswanga ou l'histoire d'un espoir du foot, Leslie Konda et de son agent, Didier.
Alors qu'il vient de signer un gros contrat pour aller jours la saison prochaine dans un des plus gros clubs du championnat espagnol, Leslie décide de partir dans son pays d'origine, le Botswanga, afin d'y déposer les cendres de sa mère décédée depuis peu.
Une fois là-bas, les deux bonhommes seront invités par le président Bobo Bambini, fraichement installé au pouvoir après un coup d'état militaire, pour que celui-ci soit décoré.

Sauf que Bambini à une idée derrière la tête, faire absolument pression sur Didier pour que son poulain rejoigne la sélection de l'équipe national du Botswanga, les Crocodiles du Botswanga, perdus dans les fins fonds du classement FIFA...


Basé sur une dynamique de comédie complètement différente de celle de Case Départ - ici, Ngijol et Eboué se font face à face -, Le Crocodile du Botswanga est un pur délice de comédie irrévérencieuse et malicieuse, assumant totalement son statut de divertissement populaire tout en le transcendant constamment, en cherchant à faire réfléchir - subtilement - son spectateur durant toute sa vision.

Maitrisé - le film ne se fait jamais dominer par ses délires et ses excès -, référencé (on pense au Dictateur de Chaplin mais également au Dernier Roi D’Écosse) surfant sur une pléthore de clichés avec un second degré volontaire dans un intelligent mélange entre fiction et réalité (le Botswanga n'existe pas même si elle est une substitution réaliste à la République du Botswana), le métrage vaut surtout pour sa capacité à offrir une critique intelligente sur les maux - plus ou moins révoltants - de l'Afrique contemporaine, le tout sous couvert de scènes, de situations et de dialogues franchement désopilants.

Le néocolonialisme, l'invasion économique de la Chine sur le continent Africain, relents colonialistes ou encore la déforestation et la cruauté de la dictature (les exécutions sommaires, la spoliation des terres, massacres inter-ethniques sans oublier les guerres civiles et les coups d'états qui accompagnent toute prise de pouvoir abusive), Eboué et Ngijol - associé à Lionel Skeletee à la réalisation -,  traitent tout, en confirmant par la même occasion qu'il est possible de rire de tout, tant que l'humour véhicule autre chose que la simple idée de justement, faire bêtement rire son monde.

Alors bien sur, on pourra certainement un chouïa tiqué sur son côté moraliste pas forcément bien amené, porté par la naïveté incroyable de son jeune prodige footballeur (le spectateur se doit de quitter son confort 30 secondes et d'ouvrir les yeux face à une Afrique dont les souffrances sont banalisées par les médias et la société d'aujourd'hui), mais le comique acéré et bon enfant de la péloche, relayé par la composition démente d'un Thomas Ngijol en despote Bobo à l'extravagance bigger than life, font instantanément oublier ses légers défauts pour nous laisser apprécier la bande telle qu'elle est, à savoir un concentré étonnement jouissif pour un divertissement estampillé made in France.


Dans la peau d'un dictateur inspiré de Dadis Camara, l’ancien Président fantasque de Guinée-Bissau, Ngijol explose et vole la vedette à chacune de ses scènes.
Paranoïaque, drôle, sanguinaire et fou aussi bien verbalement que physiquement, il s'approprie à merveille un personnage fasciné par l'Occident et vouant un culte dérangeant aux objets provenant de l’ancienne Allemagne.

Peut-être pas la comédie française de l'année mais sans nul doute l'une, déjà, de ses plus réussites et marquantes, Le Crocodile du Botswanga est un putain de bol d'air frais comme on aimerait en voir plus souvent.
Prions pour qu'Eboué et Ngijol ne mettent pas deux ans cette fois, pour revenir dans nos salles obscures...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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