All is Lost

[CRITIQUE] : All is Lost


Réalisateur : J.C. Chandor
Acteur : Robert Redford
Distributeur : Universal Pictures International France
Budget : 9 000 000 $
Genre : Drame, Aventure.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h46min.

Synopsis :

Au cours d'un voyage en solitaire à travers l'Océan Indien, un homme découvre à son réveil que la coque de son voilier de 12 mètres a été percée lors d'une collision avec un container flottant à la dérive. Privé de sa radio et de son matériel de navigation, l'homme se laisse prendre dans une violente tempête. Malgré ses réparations, son génie marin et une force physique défiant les années, il y survit de justesse. Avec un simple sextant et quelques cartes marines pour établir sa position, il doit s'en remettre aux courants pour espérer se rapprocher d'une voie de navigation et héler un navire de passage. Mais le soleil implacable, la menace des requins et l'épuisement de ses maigres réserves forcent ce marin forcené à regarder la mort en face.



Critique :

Il y a deux ans, le précieux J.C. Chandor rentrait par la grande porte - et avec fracas - dans notre petite liste des jeunes cinéastes ricains à suivre avec e plus grand intérêt dans les années à venir, aux côtés de Jeff Nichols et Rian Johnson entre autres.
Avec Margin Call, drame choral sur les vingt-quatre heures ayant entourées la crise chez les requins made in Wall Street de chez Lehman Brothers, le bonhomme impressionnait son monde via une mise en scène aussi précise que nerveuse, doublée d'un script aussi bavard que foutrement instructif et critique.

Deux ans plus tard et une sacrée épée de Damoclès au-dessus de la tête, le voici de retour avec un projet on ne peut plus à l'opposé de son premier long (sur le papier), All is Lost, avec pour seul casting l'inestimable Robert Redford.
Car si Margin Call était prolixe et porté par un casting au pluriel indécent de talent, All is Lost lui, est quasi muet et ne s'appuie que que une unique performance d'acteur (mais quel acteur en même temps !).

Basé sur un pitch simpliste, le film suit un homme d'un certain âge en pleine mer, confronté à une succession d'épreuves suite à l'avarie - une coque percée - de son bateau de plaisance, frappée par un container lâché par un cargo négligeant.
Voilà et puis bah c'est... tout pour l'histoire !


Dénué de tout artifice inutile et putassier (zéro flashback, ni même d'accumulation de dialogues ou de voix-off), le second long de Chandor est un drame épuré qui se vit savoureusement au présent, ne donnant que peu de détails - ou presque - sur son unique personnage, convoquant dès lors avec force et malice, l'imaginaire du spectateur comme rarement ce fut le cas en salles ces dernières années.

Aussi simple qu'il en à l'air, All is Lost est pourtant une pure et implacable invitation de cinéma dans ce qu'il a de plus pur, un appel frontale et direct comme on en fait plus, refusant tout spectaculaire et s'évertuant constamment à étonner son spectateur.
Tout aussi puissant et symbolique que le Gravity de Cuaron, le nouveau film du J.C. est indiscutablement l'un des hits de l'année ciné 2013, et même l'un (si ce n'est LE) des plus beaux drames réalisés depuis longtemps, rien que ça.

A l'instar de la péloche de Cuaron, Chandor retranscrit avec maestria l'intime dans ce qu'il a de plus banale et gigantesque à la fois, l'adversité dans ce qu'elle a de plus bouleversante et incontrôlable.
Si Ryan Stone faisait face avec terreur à sa mortalité, Our Man lui, s'y confronte avec un calme et une sagesse inaltérable, poussant fortement à la fascination et du même coup, à l'admiration.

Voyage spirituel déchirant en plein enfer majestueux de beauté - dans une sorte de croisée des chemins entre le Seul au Monde de Robert Zemeckis et le En Pleine Tempête de Wolfgang Petersen -, filmé comme une péloche catastrophe à la fois intime et effrayante (et encore plus pour tous ceux qui ont une peur bleue en mer, qui s'accrocheront comme ils le peuvent à leurs sièges), le métrage est un huis-clos aussi éprouvant que poétique, à la grandeur renversante et dont il est difficile d'en ressortir complètement indemne.


Universel, prodigieux, toujours juste et précis via une mise en scène à la fluidité insolente, un cadrage minutieux (presque constamment à hauteur de regard) et jamais tape à l’œil pour un sou (même si les scènes de tempêtes sont follement éblouissantes), All is Lost tire surtout sa force incroyable de son script, aux allures simplistes mais à la complexité et à la richesse étonnante.

Proposant plusieurs niveaux de compréhensions passionnants (on peut y voir un cinéaste, Redford, fondateur de Sundance, luttant seul contre l'immensité et l'hyper puissance brutale d'Hollywood la putain; une critique maline du capitalisme ambiant ou même une certaine étude de l'instinct de vie et de mort chez monsieur tout le monde), il est un écrin parfait pour permettre à un Robert Redford - juste prodigieux -, d'offrir ni plus ni moins que l'une de ses plus imposantes performances depuis son époque bénit des 70's.

Profondément humain et naturel, ne trichant jamais face à une caméra qui le scrute sous tous les angles et retrouvant de facto, une pureté insoupçonné dans son jeu, il incarne un héros anonyme empathique et à l'énergie étonnante, qui n'a d'ailleurs rien à envier aux papys de la série B toujours en activité.

Autant drame humain que thriller tendu et même survival bouleversant, éprouvant aussi bien physiquement que psychologiquement, mais surtout jamais victime de son unité de lieu et d'action limitée, All is Lost est une ode à la vie qui tutoie de tout son long, la grâce, un pur moment de cinéma total et complet.


Maîtrisé de bout en bout (aussi bien la photographie à tomber que le score redoutable) par un cinéaste audacieusement génial et en parfaite possession de ses moyens, citant l'aura tutélaire de Terrence Malick de par la beauté, la pureté et la justesse qu'il dégage de tous ses pores, c'est simple, si en 2013 l'espace à eu droit à son Gravity, l'océan a également eu droit à son All is Lost cette année.

Difficile d'imaginer ce qu'aurait été cette claque cependant sans l'insubmersible Redford, acteur revenu de tout et au vécu dans le business bigger than life.
De là à dire qu'à prêt de cinquante ans de carrière, ce ne serait pas du luxe que le Robert décroche enfin une petite statuette dorée pour un premier rôle, il n'y a qu'un pas de mouche que l'on suggérerait à tous - et surtout à la frileuse Académie des Oscars -, de franchir les yeux fermés et le cœur léger.

Espérons tout de même qu'Hollywood ne tarde pas trop à récompenser comme il le mérite, l'un de ses derniers grands rois encore fièrement debout au combat...



Jonathan Chevrier


John Chevrier

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