Abigail Breslin

[CRITIQUE] : La Stratégie Ender


Réalisateur : Gavin Hood
Acteurs : Asa Butterfield, Harrison Ford, Ben Kingsley, Hailee Steinfeld, Abigail Breslin, Viola Davis,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : 110 000 000 $
Genre :  Science-Fiction, Action.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h54min.

Synopsis :
Dans un futur proche, une espèce extraterrestre hostile, les Doryphores, ont attaqué la Terre. Sans l’héroïsme de Mazer Rackham, le commandant de la Flotte Internationale, le combat aurait été perdu. Depuis, le très respecté colonel Graff et les forces militaires terriennes entraînent les meilleurs jeunes esprits pour former des officiers émérites et découvrir dans leurs rangs celui qui pourra contrer la prochaine attaque. Ender Wiggin, un garçon timide mais doté d’une exceptionnelle intelligence tactique, est sélectionné pour rejoindre l’élite. A l’académie, Ender apprend rapidement à maîtriser des manoeuvres militaires de plus en plus difficiles où son sens de la stratégie fait merveille. Graff ne tarde pas à le considérer comme le meilleur élément et le plus grand espoir de l’humanité. Il ne lui manque plus qu’à être formé par Mazer Rackham lui-même, pour pouvoir commander la Flotte lors d’une bataille homérique qui décidera du sort de la Terre.


Critique :

Depuis la purge sans nom X-Men Origins : Wolverine, le nom de Gavin Hood prête bien plus à sourire qu'autre chose pour tous les fans du septième art.
A croire que le très bon souvenir de son Mon Nom est Totsi s'est totalement évaporer dans les esprits des cinéphiles, à la vision catastrophique des malheureuses aventures du barbu énervé.

Difficile donc, de débarquer avec enthousiasme dans les salles obscures, pour aller mirer son nouveau bébé, La Stratégie Ender, à la fois adaptation d'un pavé littéraire SF culte, ultime péloche du cinéma de genre d'une cuvée 2013 finalement très chargée, mais surtout grosse promesse ambulante de franchise à rallonge si succès il y a (pas con chez Summit, le film est l'adaptation du premier des onze bouquins contenant l’œuvre d'Orson Scott, y'a de quoi capitaliser dessus).

Un retour compliqué, vu que la bande lorgné également sur pas mal d’œuvres cultes (Star Wars, District 9, Starship Troopers) que sur un thème archi-usé : l'invasion extraterrestre qui menace d'envahir notre planète, et le seul espoir de salut qui est à notre disposition est un héros solitaire, un élu aux pouvoirs exceptionnels, qui triomphera de toutes les épreuves avant de méchamment péter la gueule aux envahisseurs et ainsi tous nous sauver.


Du rabattu à tous les niveaux sur le papier et pourtant, sous ses allures de divertissement SF cousu de fil blanc, pour ados geeks et boutonneux facilement influençables, La Stratégie Ender contient en lui plus d'une bonne surprise et bonne intention, qui l'impose de facto comme l'un des space opera référence des années 2000 - au même titre que les Star Trek de J.J. -, mais surtout la confirmation que le jeune Asa Butterfield (découvert par Scorcese dans le joli Hugo Cabret) est bel et bien l'un des futurs grands acteurs de demain.

Laminant quasiment sur son propre terrain le (très) raté After Earth, le film vaut surtout - et avant tout - pour son histoire incroyable d'un ado aux aptitudes hors-norme forcé d'accomplir son destin d'élu pour sauver une espèce humaine qui ne le porte pas vraiment dans son cœur.
Une maturité obligé et précoce pour un jeune qui, comme beaucoup, sacrifiera son existence et son innocence pour le bien de tous.

Totalement focalisé sur les états d'âmes et l'évolution à la dure de son jeune héros chétif et solitaire, peu populaire, constamment manipulé par ses supérieurs qui désirent n'en faire qu'une machine de guerre implacable et sans la moindre réflexion individuelle, Hood arrive avec une intelligence improbable, à rendre follement empathique cette fulgurante métamorphose d'Ender Wiggin en grand stratège, tiraillé entre ses troublantes pulsions meurtrières et sa profonde humanité.

Un bon petit soldat, rebelle juste ce qu'il faut mais clairement troublant, car si son visage d'ange triste peut en séduire et en amadouer plus d'un, l'immense rage qu'il tapie derrière laisser planer le doute quand au potentiel destructeur que pourrait avoir un plongeon dans le côté obscur de ce petit bonhomme.


Anakin Skywalker et Star Wars ne sont jamais loin donc, idem pour Starship Troopers, que ce soit dans le formatage militaire d'une jeunesse sélectionnée pour ces habiletés innées, et entrainés pour rejoindre l'élite, ou dans l'apparence très " insecte " des envahisseurs - les Dorifor -, sorte de fourmis géantes.

L'ironie et la propagande anti-US en moins (Verhoeven style quoi), Hood s'appliquera tout du long à distiller avec soin, sa réflexion sur le sens des responsabilités, de la banalisation de la violence (une jolie critique à peine masquée, de nos jolies petites têtes blondes accro aux jeux-vidéos ultra-violents), du devoir mais surtout de la morale (Comment condamner l'ennemi - la bête -, quand nous même nous créons, en quelque sorte, un monstre bourreau de son futur génocide ?) et de la peur de l'autre, de l'inconnu (" Eux contre Nous " martèle sans cesse le colonel Graff), dans une société futuriste perverse et sur-contrôlée, faisant souvent cruellement écho avec notre société actuelle.

Dénué de tous effets superflus (exit les voix-off pour retranscrire les états d'âmes de ces jeunes pousses, le cinéaste mise sur des plans larges et des cadres rapprochées, captant au plus près l'authenticité de ses interprètes) et surtout une absence maline de la 3D - qui aurait certainement nui à son impact -, Hood met joliment le tout en scène , via un montage posé, presque anti-spectaculaire si on omet la beauté de ses spectaculaires (justement) combats spatiaux - véritable démonstration d'effets spéciaux renversants, jamais usé abusément -, La Stratégie Ender est une compète réussite, surprenante et hautement enthousiasmante.

Oppressant, tendue (la peur est au centre de l'histoire, même si l'ennemi n'est presque jamais montré), magnifiquement  cornaqué et interprété (Butterfield et l'immense Harrison Ford en tête), le film se pose donc bien là comme l'un des blockbusters les plus racés, intelligents et stylés de l'année 2013.


Rares sont les divertissements populaires à traiter avec autant de justesse l'endoctrinement militaire et la manipulation de jeunes esprits dociles et inexpérimentés, transformés en instrument de guerre (jusque dans leurs apparences, via des combinaisons de combats robotisées) par un pouvoir quasi-dictatorial, le tout dans une apologie de l’héroïsme et du sacrifice individuel rondement maitrisée.

Un peu plus de violence et un chouïa moins de prévisibilité et de stéréotypes faciles en aurait presque fait un chef d’œuvre.
Dans l'état, La Stratégie Ender fait joliment mal et plaisir à son cinéphile qui n'en attendait pas autant de sa part, et crédibilise également de nouveau Gavin Hood au sein de la chaine alimentaire Hollywoodienne.

Improbable donc, mais surtout franchement immanquable.



Jonathan Chevrier


John Chevrier

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