Critiques

[CRITIQUE] : Les Stagiaires


Réalisateur : Shawn Levy
Acteurs : Owen Wilson, Vince Vaughn, Rose Byrne, Max Minghella, Aasif Mandvi,...
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Budget : -
Genre :  Comédie.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h59min.

Synopsis : 
Billy et Nick, deux quarantenaires dont les carrières ont été pulvérisées par Internet, repartent à zéro en obtenant un stage chez Google, qui peut-être, débouchera sur un job. En compétition avec des petits génies de l’informatique tout droit sortis de l’école, ils vont devoir prouver qu’ils ne sont pas des dinosaures…


 Critique :

Au milieu des années 2000, le précieux Frat Pack était gentiment perché sur le toit de l'humour made in Hollywood la putain.

Dominé par un quatuor hilarant et foutrement talentueux (Ben Stiller, Owen Wilson, Vince Vaughn et Will Ferrell), pas une seule péloche ou ceux-ci était un minimum impliqués (même en solo), ne réalisait pas un complet hold-up à leur sortie, en fracassant le box-office.
Hollywood et le public ricain (mais pas que) ne jurait que par eux, au point même que le désopilant Serial Noceur, réussira la prouesse de dépasser les deux cents millions de billets vert de recettes sur son propre territoire, barrière généralement infranchissable pour une comédie, et encore moins une comédie potache.

2013 par contre, pour les lascars le constat est nettement moins reluisant, et la suprématie du clan est désormais qu'une histoire ancienne.
Pour preuve, ni Vaughn ni Wilson, le tandem drageur de demoiselles d'honneur dans Serial, n'aura su reproduire un succès équivalent durant plus de huit piges, alignant même bien plus les déconvenues qu'autre chose.

En même temps, force est d'admettre que l'époque de l'humour made in USA n'est plus du tout la même, car si Jim Carrey et Adam Sandler fédère encore un minimum, aujourd'hui, Stiller et compagnie ont très fort à faire face aux facéties tout aussi trash du Wolfpack de Todd Phillips, mais surtout face au nouveau roi Judd Apatow et sa jeune arrière-garde prometteuse et de plus en plus triomphante (Seth Rogen, Michael Cera, Jonah Hill,...).


S'assembler pour mieux lutter semble donc être le nouveau crédo du Frat Pack dans leur volonté de reconquête du public (et du box-office), qui passera donc cette année par ce Stagiaires, avant un attendu Anchorman 2 qui nous fait déjà foutrement saliver.

Et étonnement, c'est bien là que ce situe le gros problème, car si en une toute petite minute trente, la suite des aventures du légendaire Ron Burgundy à su entièrement (ou presque) nous convaincre de sa qualité et de sa nécessité, Les Stagiaires lui, en l'espace de deux heures souvent bien trop longue, n'arrive même pas à inspiré un semblant de cette idée à son spectateur, tant il incarne un gros amas de clichés rebattus à outrance, une prod totalement voué à n'être qu'une publicité couteuse et loin d'être subtile au roi des serveurs internet Google.

On savait que le name dropping avait petit à petit possédé Hollywood, mais à ce point...

Car oui, ce que la grosse campagne promotionnelle annonçait déjà lourdement, le film est un spot grandeur nature et sur grand écran du célèbre moteur de recherche, peinant franchement à trouver son rythme, plombé par une avalanche de gags tous plus foireux les uns que les autres (c'est con, surtout pour le match de Quidditch qui aurait pu être plus " Dodgeball ") et de très grosses facilités scénaristiques.
Ou l'exemple parfait de ce qu'il ne faut pas faire quand on fait d'une marque/enseigne partenaire, l'argument number one de son sujet déjà sans grande saveur sur le papier.


Assumant (beaucoup trop) sa fonction de pub pour recrutement pas toujours honnête (une firme qui prône un monde meilleur tout en bafouant royalement le respect de la vie privée de ses adhérents, ça fait doucement sourire), de l'entreprise élue Meilleur Employeur de tout le globe cinq fois durant la dernière décenie, Les Stagiaires dépeint un Googleplex (reproduit en studio quand même) façon Bisounoursland 2.0.
Sérieux, même la chocolaterie de Willy Wonka fait pitié et pauvre comparé à ça.
Ici, tu tâtes du toboggan pour aller à ton bureau, de la sieste anytime dans du cocon high tech et même de la bouffe à volonté, tout ça dans une atmosphère étouffante ou l'inventivité, la compétitivité et l'esprit d’équipe sont les maitres mots glorifiés de tous les employés, ou futurs employés.

Un concept stylé mais maigre, pas assez conséquent pour en faire un film en lui-même (quoique), c'est pourquoi le transparent Shawn Levy (jadis capable d'emballer efficacement et solidement des divertissements) et le célèbre tandem comique tente de légitimer leur entreprise (enfin, l'investissement de Google quoi) en créant une sorte de gloubiboulga faiblard, un choc des générations entre des quarantenaires (évidemment de grands gamins fêtard et has-been face à la technologie actuelle) qui se prennent encore pour des morveux et des morveux (allergique à tout amusement autre qu'avec un joystick) qui n'ont jamais pris le temps de l'être, des geeks d'ailleurs bourrées jusqu'à la gueule de clichés honteux (asociaux, puceaux, vilains comme des pieds et affublés de matriarches tyranniques), tout droit sortit des pires lycées des plus pitoyables teen movies (à croire que Big Bang Theory n'a jamais existé).


Et comme si ce n'était pas déjà assez, le trépied exceptionnel enrobera le tout d'un pathos hard discount hyper moraliste, pro American Dream ronflant nourrit au dépassement de soi et à une fois inébranlable (comme un geek) en la reconversion professionnelle impossible mais possible malgré un âge bien avancé.
Le genre de message qui passe super bien en tant de crise quoi...

Rarement drôle (et ça fait mal de l'avouer) malgré de bonnes références culturelles, pesant, et sauvé in-extremis de l'ennui total et du vide intersidéral par un duo charismatique et en pleine forme malgré un rabâchage scénique qui frise salement avec le réchauffé (ils sortent la même carte depuis dix piges, Vaughn est l'américain moyen moraliste, buveur de bière et qui bouffe tout le temps, tandis que Wilson est le poto sympa, séducteur attachant qui soulève toujours la jolie touche féminine du casting), une Rose Byrne sublime (dans un rôle pourtant caricatural de l'obsédée du boulot aux rapports sentimentaux avec les mecs frisant avec le néant malgré un body de malade) et des caméos jouissifs à souhait (l'immense John Goodman d'un côté, mais surtout l'unique Will Ferrell en tatoué délirant), Les Stagiaires, à l'instar du récent et dispensable Voisins du Troisième Type (déjà avec le Vince), est un divertissement sympathoche mais loin d'être transcendant, bien trop assommé par le racolage populaire, le sale placement de produit outrancier qu'il incarne.


Google n'en ressortira pas plus grandit ni adulé, Vaughn et Wilson non plus, surtout que la bande s'est déjà salement viandé lors de sa sortie il y a une vingtaine de jours outre-Atlantique.
Dommage, la bande avait le potentiel en elle pour admirablement capter en elle une douce saveur de culte, de film en complet adéquation avec son temps.

Tout du long on attendra, presque, que son générique de fin pointe le bout de son nez, et comble de l'ironie, quand celui-ci dédaignera le faire, c'est pour prendre une nouvelle fois une forme pro-Google.

Ou quand parfois trop, c'est vraiment trop...


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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