Chris Pratt

[CRITIQUE DVD] : Zero Dark Thirty


Réalisateur : Kathryn Bigelow
Acteurs : Jessica Chastain, Jason Clarke, Joel Edgerton, Kyle Chandler, Jennifer Ehle, Mark Strong, Edgar Ramirez, Harrold Perrineau, Reda Kateb, Chris Pratt,...
Distributeur : Columbia Pictures France
Budget : 40 000 000 $
Genre : Guerre, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h29min.
Date de sortie en salles : 23 janvier 2013
Date de sortie en DVD/Blu-Ray : 23 mai 2013

Synopsis :
Le récit de la traque d'Oussama Ben Laden par une unité des forces spéciales américaines...


Critique :

Il faut en avoir de sacrés couilles pour s'imposer dans le milieu très fermé des cinéastes à Hollywood quand on est une femme, et Kathryn Bigelow en a des grosses.
Lana Wachowski en a aussi tu me diras cher fan mais là c'est une toute autre histoire...

La Kathryn elle en a donc, et même plutôt deux fois qu'une parce qu'au lieu de se la jouer réalisatrice de romcoms à la mode ou de drames à fortes tendance lacrymale, la madame elle, préfère jouer sur le terrain miné des monsieurs, en lorgnant tout autant sur la série B musclé que sur le thriller politique, en passant même par le film de guerre.

Blue Steel, Point Break, Strange Days, K-19, Démineurs, elle a su s'imposer en une petite vingtaine d'années avec une filmo fleurant autant avec le bon gout (pas toujours certes mais dans sa généralité) que la masculinité assumée, pas étonnant donc qu'elle ait une aura toute particulière au sein du business, celle d'une gonzesse à qui t'aura bien du mal à lui mettre à l'envers, qui connait très bien le cinéma et qui peut même se targuer de s'être taper pendant plus de trois ans l'un des faiseurs de rêves les plus talentueux de l'histoire, James " fucking brillant " Cameron (c'est connu qu'il aime les femmes à poigne, il a également eu à son tableau de chasse la badass Linda " Sarah Connor " Hamilton).


Toujours fraîche malgré la soixantaine qui a déjà bien pointé son nez, la voilà donc de retour deux ans après son oscarisé Démineurs, avec Zero Dark Thirty toujours scénarisé par son fidèle Mark Boal, production brulante qui reviendra avec réalisme et sans aucune once de fictionnel, sur les dix ans de traque d'Oussama Ben Laden, des attentats revendiqués du 11 septembre jusqu'à son exécution en mai 2011 par la Seal Team Six (en passant par la découverte qu'il n'était non pas terrée dans une grotte dans les montagnes afghans mais bien dans une habitation fortifiée de la banlieue d’Abbottabad, au Pakistan), soit un projet puant autant le casse-gueule de mauvais gout que le polémique en tout genre.

Pas besoin de faire la danseuse il faut l'admettre sans se chier dessus, parler à peine un an et demi après son assassinat du terroriste le plus célèbre et recherché de l'histoire, peu importe ce qu'il a pu faire ou non (chacun ses croyances là-dessus, pour certains c'est un monstre pour d'autres ce n'est qu'un pantin, un visage en quelque sorte bouc émissaire pour autoriser, légitimer voir masquer les atrocités des grandes nations), honnêtement c'est un peu dégueulasse et malsain.

Autant le dire tout de suite même, elle a beau avoir un oscar (en même temps, que représente un oscar aujourd'hui aux vues des nominations de moins en moins juste, et d'une campagne interne pas forcement juste non plus) et une belle filmo dans sa besace, j'ai eu beaucoup de mal à vouloir la suivre la Kathryn sur ce nouveau projet, et je ne pense pas être le seul.

Oui parce que même son country de cœur lui a bien fait comprendre qu'elle marchait sur des oeufs, ou mieux autour de nombreuses mines, en l'accusant, entre autres, de rendre une copie pro-Obama des causes d'un accès poussé à des dossiers top secrets (le Sénat américain a même mis sur pied une commission d'enquête afin de savoir si la CIA aurait divulgué des secrets d'État à Bigelow et son scénariste...), et de légitimer la torture, la montrant comme nécessaire pour obtenir des renseignements (c'est vrai qu'on ne torture pas chez les ricains, on fait des papouilles, d'ailleurs personne ne le sait mais Guantanamo était en réalité un putain de Club Med cinq étoiles pour les prisonniers).


Du coup, par peur de me retrouver face à une péloche glorifiant l'Oncle Sam, à l'issue connu de tous (qui n'est pas au courant de comment ça se termine, si une personne ne l'est pas qu'elle commente cette critique qu'on lui foute bien la honte !), se terminant sur une image victorieuse, avec un bon gros " On est les meilleurs " sous fond de bannière étoilée, pilule grasse mais subtile vu le talent du duo Bigelow/Boal et de la beauté de son cast, je suis un peu parti a reculons devant ce métrage.

Mais au final après vision, je dois admettre que la Kathryn à bien cacher son jeu, et le film est dans le bon ton de sa campagne de promo, simple mais cruellement efficace, et à des années lumières d'incarner une bande à la gloire de l’administration Obama.
Ne montrant pas les Américains plus beau qu'ils ne le sont (on a donc pas droit à un outil de propagande assourdissant, du " God Bless America parce que c'est la plus Beautiful ", comme Hollywood aime pourtant les produire à la pelle), jouant autant sur leur faiblesse et leur cynisme que sur leur obsession sans limite de protéger leur valeurs et leurs ambitions, pas toujours juste on est d'accord, son Zero Dark Thirty (minuit trente en code militaire, soit l'heure à laquelle s'est amorcée la mission fatidique) est une habile péloche aussi captivante qu'instructive.

Bigelow et Boal ici ne jugent pas ni ne tombent pas dans un sensationnalisme débordant, ils ne font que rapporter le plus fidèlement possible d'ailleurs (enfin, le plus fidèlement collé aux faits divers que la télévision nous a balancés et que l'ont considère pour vrai... oui je suis d'un caractère sceptique, et alors ?), tous les faits constituant ses dix années de traque, tels des journalistes aux regards affutés dans un doc sans fiction en plein cœur de l'action.

Ni politisé ni patriotique, plus tactique et psychologique que spectaculaire (t'as pas de scènes d'actions de malade, si tu veux du Apocalypse Now en Afghanistan et au Pakistan c'est pas par ici que ça se passe), Zero ne se focalise que sur les faits et uniquement les faits (briefing, scandalisantes séances de tortures, enjeux politiques et géopolitiques, événements tragiques,...), reproduit avec une rigueur et une authenticité hautement contrôlée et orchestrée par une cinéaste qui s'efforcera toujours à ne jamais commenter ni même tenter la moindre prise de position.


On suit donc dans cette traque avec une certaine froideur l'agent Dan mais surtout l'agent Maya (qui serait réellement inspirée d'une vraie agent de la CIA), une jolie plante têtue et obstinée, sorte de Carrie en rousse de la série désormais culte Homeland, qui croit dur comme fer qu'arrêter l'ennemi public mondial number one, vengera et apaisera la peine de sa nation ébranlée.
Personnage troublant, qui réalisera in fine que la mort du bonhomme ne la satisfera pas tant que ça (malgré une chasse sans limite qui lui prendra dix piges de sa vie), idem pour son pays, et qui te feras donc te demander à quoi bon tout cet acharnement sanglant pour ne pas être content du résultat.
Mais pas besoin du film en même temps pour te poser ce genre de question...

Tendu comme la ficelle d'un string sans jamais jouer la carte du thriller politique, rentre-dedans et rude sans jamais faire l'apologie de la violence, Bigelow fait mal parce qu'elle dit vraie, et montre sans forcément le pointer du doigt mais avec une furieuse finesse, que les horreurs causées par les attentats n'auront eu d'égal que celles commises pour en arrêter sa tête pensante, ou comment les deux camps ont eu leurs doses de revanche sans forcément pour autant, chercher à l'admettre.

Porté par une pléthore de stars : Mark Strong (assez détestable chef des divisions d’antiterrorisme d’Afghanistan et du Pakistan, Joel Edgerton (qu'on aurait aimé voir plus), Kyle Chandler (désormais voué au second rôle de grosses pontes d'agence de sécurité après Argo), Chris Pratt (nettement moins agaçant qu'à l'habitude), Harrold Perrineau, James Gandolfini, le frenchy Reda Kated (impressionnant), la péloche vaut surtout pour les deux interprétations magistrales d'un Jason Clarke puissant (lui aussi aurait mérité sa petite nomination aux Oscars, ou minimum aux Golden Globes tiens) et d'une Jessica Chastain éblouissante et tout en détermination.


Complexe, dense, fascinant, violent, ultra-documenté et au final aussi réaliste qu'efficace, cette plongée en apnée dans les coulisses d'une traque aussi obsessionnel que dangereuse n'est pourtant pas dénués de quelques légers défauts, notamment pour son coté un peu trop didactique qui en laissera plus d'un sur le carreau pendant plus de deux heures trente (instructif donc mais peut-être un peu trop), la B.O un peu plate du frenchy Alexandre Desplat (à mon gout bien plus inspiré pour Argo) et le petit côté un peu impersonnel du produit final, vu que dans le fond on ne sait pas réellement quel est le point de vue de la réalisatrice face à tout ça, une opinion effacée au profit de sa volonté de faire de ce divertissement une œuvre complétement objective.

Mais c'était tellement osé de faire un pari cinématographique aussi sensible sur l'actualité, que les défauts paraissent bien moindre face à la grandeur et la noblesse de la péloche, certes pas le film de l'année mais indiscutablement l'un des plus intéressants et mémorables de la première moitié de 2013.
Efficace, mémorable, imposant, Zero Dark Thirty incarne un miroir aussi captivant que sans concession d'une Amérique obsédée par ses valeurs, qui a fait grand bruit depuis le départ et qui risque bel et bien de marquer le cinéma des années 2010.

La péloche m'a même limite conquis alors que je ne partais clairement pas confiant au départ, l'idée de voir une chasse menant inéluctablement à l’exécution de l'ex-chef d'Al Quaida sur plus de deux heures trente façon docu-réel n'avait pour moi rien de bien divertissant, et pourtant je m'en suis taper du docu à deux balles façon " immersion de merde " made in M6 et TF1, avec un plaisir aussi sadomasochiste que consentant.


Mark Boal a affirmé récemment que le film initial du duo (qui fut réécrit à la mort de Ben Laden) centré sur les recherches de Tora Bora (la traque infructueuse du lascar quoi) pourrait surement voir le jour dans un avenir proche, je ne comprend pas vraiment l'utilité du film après Zero vu que tout y a été dit mais bon, vu le succès critique et public de la bande, difficile de ne pas penser que Sony tâtera très vite la Bigelow pour qu'elle s'y mette.
Le chef terroriste est mort, les Américains l'ont hait et tué mais ce n'est pas pour autant qu'ils s'arrêteront de se faire du blé sur lui, cherches la morale tiens...

Perso j'espère grandement qu'elle posera ses couilles sur la table et qu'elle dira non, autant c'était sympa cinq minutes (bon deux films) qu'elle s'attaque aux ravages de la guerre contre le terrorisme et aux obsessions abusives de son pays, autant faudrait peut-être maintenant passer à autre chose et surtout à une autre histoire, même si le filon fructueux aux USA en ce moment est de jouer à fond cette carte-là (et on repart sur Homeland encore une fois).

T'as du niveau ailleurs Kathy alors hésites pas à reprendre ta caméra pour nous filmer de la bonne série B comme on l'aime ça te changeras un peu, et ce même si t'auras peut-être aucune chance de décrocher un nouvel oscar avec ça.

Quoique...


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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