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[COEURS D♡ARTICHAUTS] : #39. Only Lovers Left Alive

Copyright Pandora Film - Exoskeleton Inc.

Parce que l'overdose des téléfilms de Noël avant même que décembre ne commence, couplé à une envie soudaine de plonger tête la première dans tout ce qui est feel good et régressif, nous a motivé plus que de raison à papoter de cinéma sirupeux et tout plein de guimauve; la Fucking Team vient de créer une nouvelle section : #CoeursdArtichauts, une section ou on parlera évidemment de films/téléfilms romantiques, et de l'amour avec un grand A, dans ce qu'il a de plus beau, facile, kitsch et même parfois un peu tragique.Parce qu'on a tous besoin d'amour pendant les fêtes (non surtout de chocolat, de bouffe et d'alcool), et même toute l'année, préparez votre mug de chocolat chaud, votre petite (bon grande) assiette de cookies et venez rechauffer vos petits coeurs de cinéphiles fragiles avec nous !



#39. Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch (2014)


Le mythe du vampire revisité par la sauce unique du cinéma de Jim Jarmusch, inutile de dire que la nouvelle avait de quoi surprendre son monde, d'autant que son Only Lovers Left Alive arrivait en plein boom de la mode vampirique du milieu des années 2010, qui a plus desservis genre qu'autre chose (coucou Twilight, Vampire Academy,...).
Même s'il respecte scrupuleusement les codes clés du genre (la vie nocturne, la fuite du soleil, l'alimentation au sang et l'émoustillement générale à sa vue, le romantisme,...) tout en s'amusant à les détourner à sa guise, il n'y avait au fond, évidemment rien de surprenant à ce que les " monstres " de Jarmusch ne soient pas tout à fait comme les autres, vu la passion du bonhomme pour les figures marginales.

Copyright Pandora Film - Exoskeleton Inc.

Narrant l'amour cristallisé dans l'éternité d'Adam et Eve (prénoms - volontairement - à connotation biblique), le cinéaste, à travers leur errance autour d'un monde qu'ils arpentent indéfiniment, se sert de leur immortalité pesante pour en faire deux dandys indifférents face au temps qui s'écoule et épris d'une fausse solitude - comme tout bon personnage chez Jarmusch -, mais surtout, il en fait deux grands observateurs impassibles de l’espèce humaine et de sa décadence au fil des millénaires.
Bien plus humains que nous le sommes (les humains sont surnommés " les zombies "), le couple décortique la manie persistante de notre goût pour le chaos et ses conséquences sur le long terme tout autant que notre insatisfaction et notre aveuglement face au génie (là ou eux puisent leur connaissance et leur distraction dans notre fibre créatrice), le tout dans un humour à froid souvent sarcastique, et quelques références à la pop-culture joliment pertinentes.

Le statut de péloche pamphlet et acérée contre le monde du divertissement et son manque cruel d'ambition n'est donc jamais loin, Jarmusch allant même jusqu'à donner du corps à sa critique via des exemples frappants, que ce soit Adam, compositeur talentueux reclus dans l'anonymat, mais surtout Christopher Marlowe, dont l’œuvre pillée par Shakespeare, est condamné à l'invisibilité populaire.
Maitrisé, esthétiquement inattaquable et d'un minimalisme envoutant, magnifié par une ouverture absolument splendide (un vinyle tournant indéfiniment sur le visage de Eve), une ambiance poétique et mystique - que ce soit de par les décors surprenants ou même une bande originale génial -, Only Lovers Left Alive se consomme comme le trip hypnotique et silencieux de deux suceurs de sangs qui prennent leur généreuse et vitale dose d'hémoglobine.

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Côté acting, Tilda Swinton y parait plus naturel et envoutante que jamais, tandis que Tom Hiddleston est purement brillant en amant portant tout le désespoir du monde sur ses épaules, les deux formant une union de vagabonds romantiques aux silhouettes fuyantes et intemporelles, se sentant seuls tout en étant furieusement ensemble.
Si on pourrait certainement lui reprocher quelques tics scénaristiques irritants (au final, il n'y a aucun réel enjeu au coeur de l'intrigue), voire son rythme un brin poussif sur plus de deux heures de bobines, l'intention du Big Jim était ailleurs en arpentant les recoins de la fable noir et contemplative, pour mieux façonner une œuvre fantasme sur des êtres séduisants, époux et épouses du crépuscule éternel.
Pas le meilleur Jarmusch en date bien sûr, mais un de ses trips planant, élégant et ensorcelant comme le cinéaste sait si bien les orchestrer.


Jonathan Chevrier