Critiques

[CRITIQUE] : Jay And Silent Bob Reboot


Réalisateur : Kevin Smith
Acteurs : Kevin Smith, Jason Mewes, Harley Quinn Smith, Ben Affleck, Shannon Elizabeth, Justin Long, Chris Hemsworth, Matt Damon,...
Distributeur : - (NBC Universal Europe)
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h45min.


Synopsis :
Jay et Silent Bob retournent à Hollywood pour empêcher la production d'un reboot du film de super-héros Bluntman et Chronic.




Critique :


Si l'on a un brin perdu Kevin Smith d'un point de vue cinéma, depuis un bon petit moment maintenant, il est assez terrible de ce dire qu'il y a un tout petit peu moins de deux ans, nous avons tout simplement faillit le perdre tout court, des suites d'une crise cardiaque qui a littéralement agit comme un électrochoc pour le bonhomme, et qui légitime presque le fondement même de ce Jay and Silent Bob Reboot.
Impossible de ne pas voir dans ce gros délire potache méchamment gras (le film le plus gratiné qu'il a réalisé à ce niveau, et son passé était pourtant bien costaud), la volonté d'un homme avant tout, plus que le cinéaste, à s'offrir un dernier ride avec ses amis, un ultime bon gros délire foutraque au cas ou ce serait une oeuvre testamentaire de son mauvais goût aussi assumé qu'attachant.
Si l'on espère intimement que ce ne sera pas son dernier long-métrage (ce serait con, aussi et surtout parce qu'il est loin d'être son plus réussi), gageons qu'il a au moins le mérite de le remettre en selle en famille, sa famille - de coeur et de sang -, thème qui est sans doute le plus important qui se dégage de tout son cinéma.
Dans une culture cinématographique envahie par les épopées Disney ou encore des films d'action boursouflés aux CGI et non aux artifices physiques, il y a quelque chose d'assez rassurant à voir Smith faire revivre, même fugacement, ce petit cinéma du milieu au budget moyen et bâti autant sur un scénario que sur un nom fédérateur.


Copyright Universal Pictures Home Entertainment

Et Jay and Silent Bob Reboot a tout de l'objet antique en puissance, trip régressif souvent à côté de la plaque et ne faisant pas toujours mouche dans son humour, mais dont la nostalgie vous claque avec une générosité assez dingue.
Tant pis alors, si certains caméos tombent à plat (Chris Hemsworth et Damon en Loki/Dogma notamment), si la verve critique de Smith n'a plus la même superbe (autant quand il raille le manque d'originalité ou de diversité à Hollywood ou la politique US) et que le film ressemble à un maxi best-of un poil indigeste de son cinéma (remake assumé de Jay and Silent Bob Strike Back, coups de rétroviseurs appuyés sur toute sa filmographie), on rit de bon coeur face à l'entreprise d'un fanboy qui n'aura eu de cesse de parler avec franchise aux fanboys que nous sommes mais surtout, on se laisse gentiment cueillir par son émotion sincère, dont l'apogée est une sorte de mini-suite au formidable Chasing Amy, ou il convoque son fidèle frangin Ben Affleck pour parler avec son coeur (et les larmes ne sont jamais loin).
Comme son public, Smith a mûrit même s'il refuse d'admettre qu'il l'a fait (le nombre de dialogues salaces est astronomique), mais lorsqu'il prend le temps de leur parler avec sérieux, il tutoie la grâce de ce qui a fait la magie de son cinéma lui qui fut, même si beaucoup ne seront pas d'accord avec cette idée, l'un des forgerons les plus talentueux et importants du cinéma indé US de ses vingt-cinq dernières années.
Plus méta que jamais tout en étant une diatribe délirante sur la corruption sans issue de la culture du redémarrage qui gangrène le business (même si quand il se moque sans relâche des suites, des redémarrages/reboots et autres remakes Hollywoodiens, il se moque de son propre statut), glorifiant des légendes qui n'auraient jamais dû le devenir au fond - Jay et Silent Bob - et constamment porté par une anarchie aussi douce que sa nostalgie prend aux tripes, Jay and Silent Bob Reboot est une bande d'un autre temps catapulté à coups de DeLorean dans un présent qui manque cruellement de tout ça. 

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Une oeuvre méta-lourde un brin éreintante et grossière sur les bords, mais au coeur gros comme ça, ou les talents impliqués (la famille de Smith, clairement) sont clairement venues s'amuser et cette énergie enthousiasmante est palpable pendant toute la durée de cette exécution solide.
On en demandait pas forcément plus.


Jonathan Chevrier 

John Chevrier

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