Jonathan

[TOUCHE PAS À MES 80ϟs] : #17. A Nightmare on Elm Street

© 1984 - New Line Cinema Entertainment, Inc.

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 80's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios (Cannon ❤) venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 80's c'était bien, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, mettez votre overboard dans le coffre, votre fouet d'Indiana Jones et la carte au trésor de Willy Le Borgne sur le siège arrière : on se replonge illico dans les années 80 !



#17. Les Griffes de la Nuit de Wes Craven (1984)

La légende veut que feu le regretté Wes Craven ait eu l'idée de son chef-d'oeuvre ultime en couchant sur papier l'un de ses cauchemars, où sévissait le si iconique croque-mitaine au visage brûlé.
La vérité est finalement tout autre : le papa de La Colline a des Yeux a surtout été franchement marqué et inspiré par deux articles édifiants du L.A. Times, narrant l'histoire de deux adolescents victimes de terreurs nocturnes et décédés dans leurs sommeils, après une longue période d'insomnie.


© 1984 - New Line Cinema Entertainment, Inc.

Toute la moelle de son futur film était là, et passé sous sa plume experte, Les Griffes de la Nuit deviendra dès lors plus qu'un simple slasher avec une figure insaisissable et fantomatique capable de tuer dans les rêves (ce que seront quasiment toutes les suites, engluée autant dans une surenchère de gore qu'un humour potache méchamment douteux) : il sera un conte horrifique effrayant, sombre et haletant qui, même trente-cinq ans plus tard, n'a absolument rien perdu ni de sa puissante aura, ni de sa superbe.
Plaçant son horreur dans un contexte bien réel, Craven, s'échine à donner du corps à son exploration frontale du mythe des légendes urbaines (une décennie ou presque, avant le fantastique Candyman de Bernard Rose), en narrant l'histoire d'adolescents instantanément empathiques parce que victimes impuissantes, persécutés par une menace qu est le fruit d'une vengeance aveugle de leurs propres parents : Fred Krueger (Robert Englund, formidable et d'une implication hors du commun), tueur d'enfants brûlé vif, et qui revient dans leurs songes pour les tuer.
Un monstre aux fortes résonances philosophiques, puisque son pouvoir, supposément infini, se nourrit dans la conscience et l'imaginaire collectif : tant qu'il occupe ses esprits, par la force d'une comptine facile mémorisable (" Un, Deux, Freddy te coupera en deux... ") où les mensonges et les non-dits de parents parfaitement conscients de son existence (mais trop rationnels et butés pour être hanté par lui), il pourra s'immiscer dans notre réalité et détruire la jeunesse avec une perversité rare.

© 1984 - New Line Cinema Entertainment, Inc.

Héritage funeste d'une génération censée être plus mûre, il défit l'improbable, pointe par le bout de ses lames acérées les fêlures du cocon familial modèle, boursoufflé par ses contradictions (les parents sont autoritaires et cherchent à protéger leur progéniture alors que ce sont leurs propres erreurs et leurs mensonges qui les ménent à leur perte), et déchire l'enfance d'une poignée d'âmes dont il se nourrit de la näiveté et de la candeur dans le sang et les cris d'agonies.
Tragique dans sa confrontation générationnelle, A Nightmare on Elm Street est avant tout et surtout effrayant quand il épouse pleiemen son versant horrifique, alliant des instants de purs terreurs glauque et même volontairement bizarre (la patte si identifiable de Craven) à une vraie tension palpable, tant le cinéaste fait basculer son récit d'un présent réaliste à l'onirique avec une douceur presque macabre (seuls de petits détails, souvent grotesques, servent d'indicateurs), pour mieux troubler son auditoire.
Traumatisant à plus d'un égard (la traque puis la mort de Tina, est l'une des séquences les plus abominables de l'histoire du septième art), déstabilisant et jouissif à la fois, comme Les Dents de la Mer en son temps, qui a changé notre rapport aux petites baignades en pleine mer/océan, Les Griffes de la Nuit a considérablement bousculé notre relation avec Morphée au moins autant qu'avec la mode des pulls rayés, pour mieux incarner une oeuvre intemporelle, viscérale et tout simplement légendaire.

© 1984 - New Line Cinema Entertainment, Inc.

A tel point que le tueur d'enfants défiguré qui la hante, est vite devenu une véritable icone de la pop-culture.
Qui a dit que la fiction et l'imaginaire étaient plus étrange et glauque que la réalité ?


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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