Critiques

[CRITIQUE] : Miss Peregrine et les Enfants Particuliers


Réalisateur : Tim Burton
Acteurs : Asa Butterfield, Eva Green, Samuel L. Jackson, Ella Purnell,...
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Budget : -
Genre : Aventure, Fantastique.
Nationalité : Américain, Belge, Britannique.
Durée : 2h07min.


Synopsis :
À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs …  et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre "particularité" peut sauver ses nouveaux amis.




Critique :



Il y eut un temps pas si lointain, ou l'inestimable Tim Burton avait une filmographie en tout point inattaquable, une époque ou le bonhomme pondait un chef-d'oeuvre quasiment à chaque sortie, sans trop en faire puisqu'en bon cinéaste et cinéphile averti, il savait comment conter de belles histoires à son spectateur sans le prendre pour une buse (coucou Hollywood), tout en le faisant voyager et rêver comme personne.

Reste que depuis 2001, crise du pognon dans le business oblige, il a fallu qu'il brade - comme beaucoup - son talent, qu'il accomplisse de basses besognes pour les grosses majors histoire de mieux " mériter " ainsi, la possibilité de financer ses propres joyaux.


Si Scorcese s'en est très bien sortie, en revanche, ce pacte avec le diable fut le début de la fin pour le plus décalé mais attachant faiseur de rêve du cinéma ricain.
Car entre deux péloches d'exception, le lascar aura sacrifié sa filmographie avec des Planète des Singes, des Charlie et la Chocolaterie ou encore le must du n'importe quoi enrobé par la sauce (propagandaire) pour mioches Disney - Alice au Pays des Merveilles.
Des bandes regardables certes, mais tellement loin de l'univers si singulier du natif de Burbank, que la majorité de ses fans purs et durs se sont finalement demandé si celui-ci n'avait pas perdu son mojo.

Si Disney trouve qu'il est toujours en lui (1 milliards de $ de recette pour Alice, quand même), force est d'admettre que les spectateurs eux, ne sont pas du tout du même avis.
Preuve en est ses deux derniers longs en date censés coller à son univers, Dark Shadows et Frankenweenie qui, s'ils auront su rappeler aux bons souvenirs des films barrés de leur metteur en scène, auront surtout connu de sacrés revers au box office, peinant même à être rentable à l'international...


Du Burton en demi-teinte donc, qui a mené le bonhomme vers des sentiers plus " populaires " l'an dernier avec un étonnant Big Eyes, comédie dramatique minimaliste subtilement grinçante, du grand guignolesque façon conte onirique coloré et amusé joliment entraînant dans sa manière hautement improbable d'incarner un parallèle intéressant entre le destin de l'icône artistique qu'est Margaret Keane (superbe Amy Adams) et le statut actuel de la carrière de big Tim.
Séduisant donc, mais point grandiose pour autant.

Difficile alors, d'être follement enthousiaste à l'arrivée dans les salles obscures de Miss Peregrine et les Enfants Particuliers, adaptation une fois encore, d'une franchise littéraire populaire au fort accent " Burtonien " il est vrai (et signé Ramson Riggs); pour lequel il convoqua quelques petits nouveaux dans son univers (le prometteur Asa Butterfield, Samuel " Awesome " L. Jackson) mais également le retour de la brillante Eva Green, quatre ans après Dark Shadows - qu'elle dominait de la tête et des épaules.
Et pourtant, sans que l'on ne mise un seul copec sur cet énième potentiel retour, Miss Peregrine nous offre sans l'ombre d'un doute, le moment de cinéma le plus maitrisé et savoureusement nostalgique de son faiseur de rêve, depuis Sweeney Todd



Car grâce à l'oeuvre de Riggs, Burton trouve le terreau parfait pour renouer autant avec l'essence même de son cinéma (son amour démesuré pour les monstres et les freaks en tout genre), qu'avec la beauté fantastique et romantique d'une histoire fortement inspirée par la littérature gothique victorienne - source d'inspiration majeure du bonhomme -, pour signer une bande à l'aspect commercial certes certain (le style Burton est devenue lui-même avec le temps, un argument de vente), mais réconciliant cette fois - à la différence d'Alice - ces fervents défenseurs avec son art.

S'il lisse un brin l'atmosphère angoissante de l'oeuvre originale (la métaphore sur la traque des juifs reste tout de même lisible en filigrane) tout autant que la caractérisation de son personnage vedette (bien plus profond et trouble sur papier) et de ses antagonistes - peu exploités -, le cinéaste profite de ces libertés prises avec le roman pour mieux en accentuer toutes ses qualités; que ce soit via un aspect merveilleux enchanteur dans sa maline invocation des mythes anciens (celui de Peter Pan en tête), ou sa mise en image appliqués de ses personnages, notamment ses fameux enfants particuliers, figures angéliques situées entre les Goonies et les X-Men de Charles Xavier (des pouvoirs magiques autant dons que malédictions), errant dans un univers citant constamment - mais judicieusement - la filmographie du papa de Big Fish.


Sublime conte fantastique façon récit initiatique doux et nostalgique à la fois, sombre et trépidante tout en étant infiniment sincère dans son émotion (même si la morale est un poil pompeuse), créatif et plus qu'habile dans l'action (notamment dans son final), Miss Peregrine, à défaut d'être porté par un score convaincant (Higham n'est pas Eflman) tire pleinement sa force évocatrice dans une mise en scène soignée et foisonnante d'idées (3D légitimée en prime), ainsi qu'un casting vedette joliment empathique et convaincant.
Si le couple Butterfield/Purnell est des plus charmant, Samuel L. Jackson s'éclate toujours autant en bad guy cartoonesque tandis que la belle Eva Green, tantôt jouissivement excentrique tantôt sérieuse, y trouve l'un de ses plus beaux rôles. 

Sans être du Tim Burton pur jus, force est d'avouer tout de même que le tant attendu second souffle de la carrière du natif de Burbank est bel et bien enfin là, et on en est foutrement heureux de voir qu'il peut aussi admirablement bien se réinventer après plusieurs désillusion cinématographiques.
On ne va pas encore crier vivement Beetlejuice 2, mais en tout cas, l'envie est vraiment là.


Jonathan Chevrier



John Chevrier

Plus ou moins fils spirituel du Dude et du Zohan réunis, cinéphile/cinévore/cinémaniaque convaincu depuis mon premier battement de cils, je voue un culte sans borne à Sylvester Stallone. Biberonné aux séries B, les salles obscures sont mes secondes maisons et je fonds comme un vampire au soleil sans ma dose quotidienne de bonnes péloches.
Mes maîtres absolus : Carpenter, Spielberg, Kubrick, Cameron, Eastwood, Milius, Mann, Scorcese et Nolan.

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