Big Eyes

[CRITIQUE] : Big Eyes


Réalisateur : Tim Burton
Acteurs : Christoph Waltz, Amy Adams, Krysten Ritter, Danny Huston, Jason Schwartzman,...
Distributeur : Studio Canal
Budget : 10 000 000 $
Genre : Biopic, Drame.
Nationalité : Américain, Canadien.
Durée : 1h47min.

Synopsis :
Big Eyes raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret. L’extraordinaire mensonge des Keane a réussi à duper le monde entier. Le film se concentre sur l’éveil artistique de Margaret, le succès phénoménal de ses tableaux et sa relation tumultueuse avec son mari, qui a connu la gloire en s’attribuant tout le mérite de son travail.


Critique :

Il y eu un temps pas si lointain, ou l'inestimable Tim Burton avait une filmographie en tout point inattaquable, une époque ou le bonhomme pondait un chef d'oeuvre à chaque sortie, sans trop en faire puisqu'en bon cinéaste et cinéphile averti, il savait comment conter de belles histoires à son spectateur sans le prendre comme un con (sale habitude Hollywoodienne), tout en le faisant voyager et rêver comme personne.

Reste que depuis 2001, crise du pognon dans le business oblige, il a fallu qu'il vende son talent, qu'il accomplisse de basses besognes pour des grosses pontes histoire d'avoir la possibilité de financer ces propres joyaux.
Et c'est là, on peut le dire, que commença le début de la fin pour le plus décalé mais attachant faiseur de rêve du cinéma ricain.

Car entre deux péloches d'exception, le lascar aura sacrifié sa filmographie avec des Planète des Singes, des Charlie et la Chocolaterie ou encore must du n'importe quoi enrobé par la sauce (propagande) pour mioches Disney, Alice au Pays des Merveilles.
Des bandes regardables certes mais tellement loin de l'univers du natif de Burbank, que la majorité de ses fans se sont finalement demander si oui ou non, le Burton avait perdu son mojo.


Si Disney trouve qu'il est toujours en lui (1 milliards de $ de recette pour Alice quand même), force est d'admettre que ses spectateurs eux, ne sont pas du tout du même avis.
Preuve en est ses deux derniers longs en date, Dark Shadows et Frankenweenie qui si ils auront su rappeler aux bons souvenirs des films barrés de son metteur en scène, auront surtout connu de sacrés revers au box office, peinant même à être rentable à l'international...

Du Burton en demi-teinte donc, mais que l'on espérait de retour cette année en pleine possession de ses moyens avec Big Eyes, projet rafraîchissant (pas de Depp ni de Bonham Carter à l'horizon, chouette !) aussi alléchant que franchement casse-gueule incarnant un biopic consacré à une icône de l’illustration américaine mlais assez peu connue dans l'hexagone, Margaret Keane, et porté par un duo vedette indécent de talents : le vénéré Christoph Waltz et la précieuse Amy Adams, deux nouveaux venus dans le monde Burtonien.

Ou l'histoire donc, dans années 50 à San Francisco, de la timide illustratrice Margaret Keane, épouse dévouée qui devient la victime des manigances de son peintre de mari, Walter.
Fin commercial et escroc notoire, ce dernier va vendre en son nom les peintures de son épouse, se rendant ainsi coupable de l’une des plus importantes arnaques de l’histoire de l’Art.
Dépassée par le succès populaire de ses « Big Eyes », des magnifiques tableaux avant-gardistes lui appartenant, Margaret tombe peu à peu dans l’inaction.

Elle décide finalement d’intenter un procès à Walter...


Pourtant pur projet de commande sur le papier, Big Eyes était un biopic décemment fait pour Burton, tant les œuvres Ovniesque de Margaret Keane trouvent un écho certain avec son univers décalé, lui qui s'était déjà chargé de rendre hommage au travail d'Ed Wood dans le merveilleux biopic éponyme, déjà scénarisé à l'époque par le duo Scott Alexander et Larry Karaszewski.

Pour mettre en scène l'histoire fascinante d'un couple atypique sous fond d'un des faits divers les plus marquants des Etats-Unis, et l'une des arnaques les plus frauduleuses de l'histoire de l'art populaire, le papa d'Edward aux mains d'Argent sort de sa zone de confort et de ses banlieues chics de l'Amérique profonde savoureusement rétro pour leur préférer la grande et mouvementée San Francisco à la reconstitution minutieuse et remarquable.

Tout comme Ed Wood, Big Eyes, dénué de toute fantaisie et d'effets visuels habituels mais surtout de toute atmosphère sombre et gothique faisant le sel des films Burtoniens, incarne l'une des péloches les plus personnelles du metteur en scène, qui se focalise bien plus sur la dynamique du couple de merveilleux freaks que sur les œuvres de l'illustratrice, pour accoucher d'une jolie satire du monde de l'art via les deux interprétations bien distincte de la passion artistique qu'ils incarnent, la première (Margaret) motivée par l'envie de créer, de s'ouvrir au monde, et l'autre (Walter) muée par l'aspect économique et un soucis d'ego.

Bien rythmé, notamment par un score aux petits oignons signé par le collaborateur de toujours Danny Elfman (ici aidée par la douce Lana Del Ray), à la morale et au propos intemporel, l'oeuvre jouit surtout d'un jeu d'acteur quatre étoiles dominé par un Christoph Waltz, infiniment juste et drôle (bien plus que dans la comédie Comment Tuer son Boss 2, un comble), dans la peau du controversé Walter Keane, homme aussi pitoyable que cupide.


Une performance incroyable dont le génie comique trouve son paroxysme lors d'une séquence de procès final proprement hilarante (il y joue son propre avocat et procède à son auto-interrogatoire).

Comme son personnage, principal moteur du récit qui écrase littéralement sa docile femme, Waltz en impose bien bien plus que la belle Amy Adams, pourtant merveilleusement convaincante et touchante dans la peau de la fragile et influençable Margaret Keane, et porte en grande partie la réussite du métrage sur ses larges épaules.

A leurs côtés, on notera les présences lumineuses de la sublime Krysten Ritter, du sympathique Danny Huston et du génial Jason Schwartzman (malheureusement trop rare à l'écran).

Comédie dramatique minimaliste subtilement grinçante, intelligemment maîtrisée et équilibrée dont seule la linéarité et la certaine prévisibilité de son script lui fait un brin défaut, Big Eyes c'est du grand guignolesque façon conte onirique coloré et amusé joliment entraînant, fidèle et divertissant, incarnant de manière improbable un parallèle intéressant entre le destin de l'icone artistique qu'est M.Keane et le statut actuel de la carrière de big Tim.


Qu'on se le dise, longtemps attendu le second souffle de la carrière du natif de Burbank est bel et bien enfin là, et on en est foutrement heureux de voir qu'il peut aussi admirablement bien se réinventer après plusieurs désillusion cinématographique.

Vivement Miss Peregrine et les Enfants Particuliers et surtout Beetlejuice 2 !


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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