Charlie Countryman

[CRITIQUE] : Charlie Countryman


Réalisateur : Fredrik Bond
Acteurs : Shia LaBeouf, Evan Rachel Wood, Mads Mikkelsen, Til Schweiger, Melissa Leo, Vincent D'Onofrio, Rupert Grint, James Buckley,...
Distributeur : DistriB Films
Budget : -
Genre : Thriller, Romance.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h48min.

Synopsis :
Bouleversé par la mort de sa mère, Charlie Countryman quitte les Etats-Unis et atterrit dans l’une des villes les plus survoltées d’Europe : Bucarest. En plein deuil, seul parmi des inconnus, entre virées en boîte et trip hallucinogènes, il rencontre la très énigmatique Gabi… et en tombe violemment amoureux. Harcelée par son ex, un dangereux caïd local, Gabi tente toutefois de repousser Charlie pour mieux le protéger… Mais rien ne fait entendre raison au jeune homme - pas même la peur de mourir.
Pour Charlie Countryman, cet amour-là vaut tous les sacrifices...



Critique :

[ATTENTION : Nous vous prévenons à l'avance, cette critique contient bon nombre de spoilers sur l'intrigue de Charlie Countryman, tant il est difficile pour tout critique de ne pas se laisser enivrer par la douce folie des révélations face à une péloche d'une telle ampleur.
Donc tous ceux qui ne veulent pas tout découvrir de ce film, devront attendre sa sortie en salles et sa vision pour mieux apprécier notre avis détaillé. ]


Quel drôle de contexte dans lequel sort le méchamment attendu Charlie Countryman du clippeur Fredrik Bond, tant son acteur vedette, Shia LaBeouf, semble enfermé dans une spirale négative qu'il s'est lui-même crée, depuis quelques mois maintenant.

Comme si, à l'instar de son personnage Charlie Countryman, le bonhomme s'était résolument efforcé d'en prendre plein la tronche pour arriver à son but : le bonheur et l'épanouissement total.

Et si pour Charlie, le bonheur rime avec l'amour de la sublime Gaby, en revanche pour le Shia, cela ressemble plus à une reconnaissance d'un système Hollywoodien avec lequel il entretient une relation de " je t'aime, moi non plus " des plus troublantes.

Jadis It-Boy que tout le monde s'arrachait, coqueluche du box-office avec la franchise Transformers avant de devenir l'un des visages les plus intéressants à suivre du circuit indépendant US - mais pas que -, jusqu'à aujourd'hui donc, ou il brigue un statut on ne peut plus abstrait dans le septième art, et même le star-système, mondial.


Accusations de plagiat, annonce de pseudo-retraite, caprice d'ancien enfant-star, l'acteur au nom si atypique navigue depuis quelques mois dans les eaux troubles de l'arrogance (voir même du narcissisme pur) et de l'auto-flagellation, une aventure expérimentale et punitive qu'il s'inflige volontairement et dont on se demande si elle est pensée - comme celle de Joaquin Phoenix via son I'm Still Here -, ou totalement improvisée.

Un Shia actuellement enfermé dans une spirale infernale et presque aussi mal en point que Charlie dans le final du film de Bond donc, film qui, par ailleurs pour en revenir à lui, s'est salement fait attendre depuis sa mise en boite et sa présentation, il y a déjà près d'un an et demi maintenant, à la Berlinale de 2013.

Une (trop) longue attente et une arrivée en salles plus que tardive qui ne l'a pas réellement servit, puisque celui-ci sort dans l'anonymat ou presque, dans nos salles obscures en plein festival de Cannes, intercalé entre plusieurs blockbusters racoleurs (Godzilla, Spider-Man et X-Men la semaine prochaine) qui trouveront facilement le moyen de lui voler son spotlight.

Un comble quand on réalise, après vision, que Charlie Countryman s'avère être tout simplement le meilleur premier film que l'on est vu depuis longtemps, mais surtout l'une des romances les plus poétiques, énergiques et barrées filmées sur grand écran, depuis les Roméo + Juliette de Baz Luhrmann et le True Romance de Tony Scott.

Ou un putain de moment de cinéma unique et à la beauté ravageuse, rien que ça.


The Necessary Death of Charlie Countryman en v.o (titre qui prend tout son sens dans le sublime final), ou l'histoire de Charlie, qui vient d'assister impuissant au décès de sa mère, malade depuis de longues années.
Celle-ci, avant de définitivement quitter cette vie, lui est venue en tant que spectre, pour le sommer de vivre sa vie au maximum et d'essayer tant bien que mal à gouter au bonheur qu'une existence trop tôt confronté à la mort, l'a longtemps privée.
Elle lui conseille de s'envoler faire sa vie à Bucarest, ce que le jeune homme fera très peu de temps après.

Durant le vol le menant à la capitale roumaine, il fait la rencontre d'un vieil homme, son voisin de siège, fan de baseball et avec qui il sympathise jusqu'à ce que celui-ci meurt soudainement sur son épaule (pas de bol again).
Tout comme sa mère, il lui réapparaitra sous forme de spectre histoire de lui demander de retrouver sa fille, Gaby, et de lui donner le fameux cadeau - une sorte de chapeau ridicule - qu'il comptait lui offrir avant de disparaitre brutalement.
Une fois débarqué, Charlie retrouve à l'aéroport Gaby, et il en tombe immédiatement amoureux.

Une belle femme mais qui appartient déjà à un autre, le violent criminel Nigel, avec qui elle est pourtant séparé, séparation à laquelle ne se résout pas cet amoureux jaloux.
Mais armé de son charme, de son esprit et de son humour, le sympathique Charlie va tout faire pour la conquérir et l'extirper du joug de son brutal milieu, et ce, même si il va devoir physiquement en payer le prix...


Portée par une ambiance voguant constamment entre poésie, mort (que ce soit celle des parents des deux héros, ou celle que sème Nigel sur sa route) et renaissance (celle de Gaby et Charlie grâce à leur amour), Charlie Countryman est une formidable ode à la vie, un choc puissant et dévastateur dont on tombe instantanément amoureux au premier regard, pour peu que l'on accepte l'invitation de cinéma délirante qu'elle incarne.

Magnifique conte moderne et onirique dans une réalité brutale rythmé comme une pile Energizer, on y suit les yeux fermés mais surtout le cœur battant les aventures d'un amoureux transi, arpentant les rues en pleine mutation de Bucarest - dont on rêve une fois la salle quittée, d'en visiter tous les recoins -, pour (re)trouver l'amour et un sens à sa vie, guidé par sa foi inébranlable en ses sentiments et en la parole d'une mère qui s'avérera finalement complétement contradictoire (celle-ci confondant en réalité, Bucarest et Budapest !).

La vie est courte, et Charlie ne le sait que trop bien, voilà pourquoi sa quête, aussi bien spirituelle que sentimentale, ce fera toujours sous tension et dans l'urgence, comme si chaque décision prise était décisive pour la continuité de son existence.
Un sentiment de hâte pour (sur)vivre dans une spirale infernale, que Bond instaure dès les premières secondes, via le prologue - qui s'avère être également l'épilogue -, ou l'on voit Charlie la tête ensanglantée et suspendu par les pieds dans le vide.

Une pression qu'il n'aura de cesse de perpétuer, la grande faucheuse étant de tous les instants, derrière le héros, comme un rappel parfois bouleversant - la complicité qui le lie avec sa défunte mère -, inquiétant - l'ombre de Nigel trotte continuellement l'esprit de Charlie -, ou même amusant - le père bienveillant de Gaby.
Et c'est d'ailleurs la mort de celui-ci, qui incarnera l'élément déclencheur de l'intrigue, celle qui va chambouler tous les plans de Charlie, pour le meilleur mais également le pire.


Bond maitrise les genres avec une aisance indécente, étant aussi à l'aise avec le drame poignant, le thriller haletant et violent, la comédie potache et la romance touchante, désamorçant sa tension palpable à coups de scènes totalement impensables (les yeux dans le trou des toilettes, ou encore la faisabilité d'écrire ou non à l'intérieur d'un anus...), tout en se plaisant à interroger son spectateur sur les fondements du bonheur, sur ce qui mérite d'être véritablement vécu dans la vie, sur les choses pour lesquelles on doit se battre sans hésiter une seule seconde (comme ne pas passer à côté de LA rencontre de notre vie) mais surtout, Charlie Countryman invite à trois choses essentielles : oser agir, croire en la richesse du moment présent - et l'opportunité qu'il peut créer - et à aimer, à se sacrifier pour ses sentiments quitte à justement, en crever.

Moderne, marquant, coloré, pourvu d'une identité qui lui est propre, bourrées d'inventivités visuelles (la mise en image des âmes disparues), et de références aussi improbables que joliment surprenante (on peut très bien voir le film comme une version sous acide d'Alice aux Pays des Merveilles ou même comme une version contemporaine de Roméo et Juliette), citant aussi bien les fabuleux cinémas de Danny Boyle, Baz Luhrmann ou même celui de feu Tony Scott dans son style aussi bien européen que ricain, le film de Fredrik Bond est une love-story non-conventionnelle, ou les personnages, que ce soit les rôles-titres ou les seconds couteaux, sont tous pourvu d'une profondeur étonnante et salutaire.

Shia LaBeouf, incontestablement dans son meilleur rôle à ce jour, y est infiniment touchant et empathique dans la peau de ce bon vieux Charlie, qui laisse son cœur tendre mener sa vie, même si celui-ci se trompe souvent de chemin et le fait foncer droit dans le mur.
Mature, à des années lumières de ses frasques, il en prend plein la poire, souffre vraiment et est porté par un élan désespéré qui nous ferait même presque regretté de ne pas l'avoir vu aussi inspiré et épatant auparavant.

Evan Rachel Wood y est plus belle que jamais dans la peau tout en sensualité et en fragilité de Gaby, interdite à l'amour des causes d'un ex-mari tellement jaloux et dangereux que la seule idée qu'elle puisse en aimer un autre que lui, peut le pousser dans une violence aveugle et sans nom.
Lumineuse, on comprend très vite pourquoi le personnage de Charlie en tombe aussi éperdument amoureux, et l'alchimie émouvante qui la lie avec LaBeouf, est indiscutablement l'un des charmes du métrage.


L'inestimable - et le mot est faible - Mads Mikkelsen est encore une fois excellent dans la peau de l'inquiétant Nigel, mari jaloux à l'extrême de Gaby, jalousie qui n'a d'égale que l'amour qu'il porte à son égard.
Violent, déroutant, magnétique et pourtant infiniment poignant dans un final ou il réalise que sa bien aimée s'est amouraché d'un autre que lui, et qu'il vaut mieux mourir que d'aller en prison (mais surtout que de vivre sans être aimer par celle que l'on aime), il éclabousse de son charisme le peu de temps que Bond le laisse parcourir son histoire, et démontre sans forcer toute la puissance de son jeu.

Rupert Grint lui, n'a pas peur ici de casser son image de gentil Ron Weasley en incarnant un excentrique désirant incarner la future next big thing du cinéma porno made in Romania, et qui sous acide et viagra, aura la trique la plus dure et dérangeante de toute son existence.

Quand à Melissa Leo, même si nous n'avons pas la chance de la voir assez - seulement deux scènes -, elle illumine de sa présence rêvée le périple de Charlie, en mère aimante jamais avare en bons avis sur la manière de vivre et ce, même si elle est désormais dans l'au-delà.

Percutant, passionnel, bouleversant (l'idée de toujours se souvenir des beaux moments lorsque l'on perd un être cher), planant (sa rappelle le Trainspotting de Danny Boyle encore une fois), magnifié par une bande originale à tomber par terre - Moby, Sigur Ros ou encore M83, soit ce qu'il y a de mieux dans un film en 2014 pour le moment -, appuyant chaque émotion parcourant la péloche (Moby magnifie la poursuite dans le métro, M83 rend encore plus vibrant le final), une photographie éblouissante et un cadre superbe, le film, qui tire son essence d'une histoire somme toute assez banale, s'avère pourtant in fine une réussite exemplaire de la part d'un metteur en scène que l'on imagine aisément comme un grand cinéaste en devenir.


The Necessary Death of Charlie Countryman ou un rêve éveillé étrange mais terriblement envoutant et attachant, une expérience sans nul pareil qui pousse instinctivement à la reproduire encore et encore jusqu'à un potentiel épuisement qui ne peut finalement jamais arriver.

Il est de ces films à part, certes pas dénués de certains petits défauts mais qui peuvent se revoir Ad vitam æternam sans que le plaisir que sa vision procure, ne s'en retrouve ne serait-ce qu'un poil changé avec le temps et la répétition.

Soit un putain de culte instantané comme on les aime, et qui me concernant, s'annoncera très difficile à détrôné de la première place au classement du meilleur film de l'année ciné 2014...


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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