Carrie la Vengeance

[CRITIQUE] : Carrie, La Veangeance


Réalisateur : Kimberly Pierce
Acteurs : Chloé Grace Moretz, Julianne Moore, Judy Greer, Gabriella Wilde, Portia Doubleday,...
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Budget : 30 000 000 $
Genre : Epouvante-Horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h40min.

Synopsis :

Timide et surprotégée par sa mère très pieuse, Carrie est une lycéenne rejetée par ses camarades. Le soir du bal de fin d’année, elle subit une sale blague de trop. Carrie déchaîne alors de terrifiants pouvoirs surnaturels auxquels personne n’échappera…


Critique :

Il faut l'admettre, pour une cinéphile endurcis, il est devenu de plus en plus facile de chier sur le manque d'originalité des majors Hollywoodiennes aujourd'hui, et encore plus quand celles-ci se bornent à nous vendre des relectures loin d'être inspirées, des classiques du septième art.

La plus grande victime des remakes modernes, le cinéma de genre, a encore été la cible des volontés pécunnières de certains grands studios cette année, et si l'on félicite la nouvelle version du culte de chez culte Evil Dead signé Fede Alvarez - pas meilleur que l'original mais qui a au moins le mérite de légitimer son existence à ses cotés -, il sera plus difficile en revanche, de louanger cette fausse réadaptation (mais vrai remake) du chef d'oeuvre Carrie, premier roman  de Stephen King magnifié sur grand écran par l'immense Brian De Palma.

On se demande même encore pourquoi la MGM - déjà derrière le remake foireux de Total Recall, et prochainement derrière ceux inutiles de Robocop et Road House, entre autres, - s'est lancé dans cette idée de vouloir offrir une vision contemporaine à ce classique parmi les classiques, autre que pour capitaliser un maximum sur le jeune public du cinéma d'horreur actuel, fana de frissons faciles et formatés (coucou Paranormal Activity).

Pourtant, il est vrai que vouloir coller un petit peu plus au plus près du livre de King était une attention fort louable, tant De Palma, très proche du roman, s'en éloignait parfois avec brio, pour y imprégner sa propre patte, sa propre vision de cette ado tourmentée, à l'éducation abusivement stricte et trop souvent portée sur l'humiliation.
Surtout que l'arrivée à la réalisation de la brillante Kimberley Pierce (le très beau et douloureux Boys Don't Cry), laissait présager que ce quatrième (déjà) Carrie, aurait un point de vue hautement féminin, et donc encore plus crédible.


Sauf que voilà, si le regard offert par la réalisatrice est certes plus ou moins neuf - ce qui ne veut pas forcément dire bon hein -, et par moment, un tantinet efficace, il prouve surtout très vite son inutilité, n'égalant jamais la puissance de la version original.

Visuellement assez plat, voir même franchement dégueulasse dans son utilisation à outrance de CGI (la scène du bain de sang, est un summum du foireux qui fait rire), bourré d'effets spéciaux tape à l’œil et d'effets-chocs calibrés pour un public trop facilement influençable, Carrie, la Veangeance (dès le titre ça sentait le four, tu me diras...) se foire clairement dans les grandes largeurs quand il décide de faire de son héroïne, une mutante de la X-Men Academy de ce bon vieux Charles Xavier.

Qu'il ne transcende pas les thèmes chers de l'oeuvre original (la cruauté de l'isolement, l'intimidation sous toutes ses formes mais surtout la quête identitaire d'une ado torturée qui passe à l'âge adulte, les affres de la puberté et les transformations qu'elle cause sur un corps de jeune femme), qu'il n'use pas assez de son postulat " new generation " (tiens un iphone, deux-trois références à la popculture et puis fin), ou qu'il se parre d'une caractérisation de personnages proprement ridicule de simplicité (les méchants sont méchants, les gentils sont gentils), passe encore - difficilement certes, mais ça passe encore -, mais qu'il fasse de sa jeune héroïne une Jean Grey du pauvre, caractérielle (voir même bipolaire, vu qu'elle passe du tout au rien en l'espace d'une scène), beaucoup trop consciente de ses pouvoirs et capable même de faire léviter de la bagnole à la demande; c'est la goutte de pisse qui fait déborder le barrage.


Dommage, car par-ci par-là, le métrage de Pierce recelait quelques jolis bon points salvateurs.

L'introduction notamment, franchement malsaine, renforçait de facto les rapports loin d'être sain entre Carrie et sa môman Margaret, bien plus présente cette fois, mais surtout bien plus dérangé et porté sur les sévices corporelles.

La performance de Julianne Moore est également un plus, inspiré, la madame est excellente dans la peau de la matriarche puritaine, biatch outrancière et pro de la scarification, qui rattrape en grande partie la performance en demie teinte d'une Chloé Grace Moretz qui si elle touche par sa timidité, nous horripile très vite tant elle en fait (trop) souvent des tonnes, et qu'elle n'atteint même pas d'un pouce l'aura aussi effrayante que troublante, de l'incarnation sans fausse note offerte il y à trente-sept ans maintenant, par Sissy Spacek.

Et on passe sous silence le fait qu'elle est un peu trop belle-gosse pour réellement incarner un vilain petit canard...
Cependant, on ne peut pas décemment cracher sur l'alchimie que partagent les deux actrices, franchement convaincante.

Pas si " plus " fidèle que cela au bouquin que la version de De Palma (certains éléments manquent, ou sont même carrément balancés en dépit du bon sens), plutôt puritain dans son ensemble - bye bye l'érotisme et l'ambiguïté de la version de 1976 quoi -, et conclu par une fin ouvrant lourdement la porte à une potentielle suite, Carrie version 2013 n'est peut-être pas entièrement, la purge attendue (quoique, sans l'amour que l'on peut porter à la Julianne, le résultat y est proche), mais il n'en reste pas moins une franche déception, tant il peine de tout son long à prouver sa légitimité et son utilité.


Peu marquant, sans originalité ni panache mais suffisamment regardable si l'on laisse aux vestiaires toutes ses exigences et espérances de cinéphiles, et que l'on ne s'hasarde pas une seule seconde aux jeux des différences, la peloche contentera surement les amateurs de cinéma gore, aux frissons faciles.

Pour les autres, faites comme nous, préférer une petite séance peinard dans votre canapé de la version de 1976, vous ne vous en porterez que mieux...



Jonathan Chevrier

John Chevrier

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