Anna Kendrick

[CRITIQUE] : Sous Surveillance


Réalisateur : Robert Redford
Acteurs : Robert Reford, Shia LaBeouf, Susan Sarandon, Richard Jenkins, Nick Nolte, Anna Kendrick, Terrence Howard, Stanley Tucci, Brendan Gleeson,...
Distributeur : SND
Budget : -
Genre : Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h01min.

Synopsis : En 1969, un groupe de militants radicaux appelés Weather Underground revendique une vague d’attentats aux Etats-Unis pour protester contre la guerre du Vietnam.
La plupart de ses membres furent emprisonnés, mais quelques-uns disparurent sans laisser de trace… Jusqu’à aujourd’hui.
L’arrestation de Sharon Solarz, l’une des activistes, remet cette affaire sur le devant de la scène, au point d’attiser la curiosité du jeune et ambitieux reporter Ben Schulberg. Jouant de ses relations au FBI, il rassemble petit à petit les pièces du puzzle, le menant jusqu’à Jim Grant, un avocat apparemment sans histoires…
Lorsque celui-ci disparait brusquement, le journaliste se lance sur sa piste, déterminé à le retrouver avant le FBI.



Critique :

Il était temps, ais-je envie de dire, temps que Robert Redford revienne en salles avec un film qu'il avait lui même cornaqué, temps que les distributeurs français cessent de bafouer l'un des derniers grands rois du septième art, qui à l'aube de ses soixante dix-sept printemps, n'a peut-être plus la même jeunesse certes, mais en a encore sacrément sous le capot pour foutre une branlée comme il le faut à tous les wannabes cinéastes merdiques et sans aucun talents (sauf celui ce savoir aussi bien tenir la grappe que les fruits dans la bouche... leur fans d'humour gras me comprendront) qu'Hollywood (mais pas que, pas vrai Europa Corp) produit à la chaine d'année en année.

La dernière fois qu'il avait foulé les écrans en tant que réalisateur, c'était en 2007 avec l'excellent Lions et Agneaux, ça date, surtout quand on sait que son non-moins excellent La Conspiration il y a deux ans, s'était vu condamné à la peine capitale, soit la sortie direct dans les bacs à DVD.
Mais aujourd'hui gros casting oblige, son dixième long-métrage, Sous Surveillance, ne connaitra clairement pas le même et triste sort.

Et puis qu'on se le dise, un thriller politique aux douces saveurs seventies qui rappellent les plus grandes bandes du Robert, cela aurait réellement été un crime de ne pas le savourer sur grand écran.


Plus audacieux et culotté que ses précédents essais pour fracasser le box-office et le panthéon du culte (qu'il ne connaitra pas vraiment en tant que metteur en scène, par contre en tant qu'acteur le gars y ait salement implanté depuis belle lurette), le thème de Sous Surveillance met en image l'un des nombreux gros cadavres du passé des terres de l'Oncle Sam, la putain de guerre du Vietnam, qui comme toute bonne guerre fut aussi inutile que meurtrière.
Mais au lieu de se placer du point de vue habituels des combattants, le Robert préfèrera une vision plus original, en narrant narrer les retombées de celles-ci sur son propre pays, via les activistes contestataires, les militants anarchistes (et parfois terroristes) faisant à leur tour la guerre au gouvernement pour marquer leur désapprobation morale.

On suivra donc les aléas de Sharon Solarz qui, recherchée par le FBI depuis les années 70 pour son militantisme au sein des Weathermen, groupe activiste anti-guerre du Vietnam, sera arrêtée en 2012.
Ben Shepard, un jeune journaliste, enquêtera sur l’affaire et démantèlera peu à peu les pièces d’un puzzle qui le mènera jusqu’à Jim Grant, un avocat septuagénaire, apparemment sans histoires, mais qui cherchera in fine à profiter que tous les regards soient tournés sur lui, pour prouver son innocence et préserver sa jeune petite fille...

Sur le papier le Robert envoyait sacrément du petit bois avec ce thriller musclé et prometteur, prenant pour toile de fond délicate une guerre à la fois réelle (Vietnam) et officieuse (le gouvernement via le FBI, qui est toujours sur les dents même quarante ans après), seulement dans le fond (une enquête sur plusieurs points de vues différents) comme dans la forme (chapitrée et sans grande surprise), la péloche manque cruellement de mordant, et ressemble nettement plus à une régurgitation passéiste et malheureuse qu'un véritable hommage nostalgique aux bandes engagés d'époque.

Dire que Redford a vieillit serait infiniment salaud (quoique l'image le prouve hein), et dire que cela se reflète sur son cinéma le serait encore plus, pourtant difficile de ne pas admettre qu'il mène son métrage à l'allure d'un déambulateur, mettant en boite la cavale du héros Grant avec le rythme d'un escargot de croisière, sans le moindre effet palpitant ni dynamique.


Alors certes visuellement c'est magnifique et sérieusement soigné, le bonhomme n'a strictement rien perdu de son idéalisme et de son amour pour les grands espaces (comme son modèle John Ford), et les sentiments humains n'ont aucun secret pour lui quand il a une caméra à l'épaule (c'est tout de même le papa du magnifique L'Homme Qui Murmurait à L'Oreille des Chevaux !), d'ailleurs ici grâce à lui, on ne doute pas du tout un seul instant de l'amour et l’amitié inconditionnelle qui unit ses vieux amis, mais pour ce qui est de l'impact même du message qu'incarne la bande (défendre sa liberté et ses convictions face à une justice et un gouvernement qui les réprouvent), il est justement totalement annihilé par cette surabondance d'authenticité et son absence d'action.

Reste donc, en dehors de partis pris vraiment fort et solide, un joli ballet de talents, que ce soit les anciennes gloires Hollywoodiennes comme le Robert, Susan Sarandon (toujours aussi irréprochable), Nick Nolte (qui prend dix ans tous les six mois), Richard Jenkins (tout comme Sarandon) ou encore Brendan Gleeson (tout comme Sarandon et Jenkins), comme les nouvelles gloires, Shia LaBeouf (franchement convainquant, dans une copie quasi-parfaite du sans scrupules Bob Woodward, campé par Redford dans le culte Les Hommes du Président d’Alan J. Pakula), Anna Kendrick (toujours aussi craquante) et Terrence Howard (l'un des seconds-rôles les plus mésestimés d'Hollywood, tout comme Stanley Tucci, également présent).

Englué dans un enrobage nostalgique et dépassé malgré son contexte contemporain, Sous Surveillance aurait pu être une petite bombe de haut vol à faire mater dans toutes les écoles de cinéma.
Dans l'état, il n'est qu'un sympathique petit thriller, lourdement monotone et aux ambitions bien plus conséquentes que ses moyens.


Si Redford a encore une âme de résistant, sa caméra elle semble avoir déjà déposé les armes, un peu comme Clint Eastwood depuis son chant du cygne, le puissant Gran Torino.

Quoique n’enteront pas trop vite les papys réals d'Hollywood, Woody Allen, Brian DePalma, Martin Scorcese et compagnie n'ont certainement pas encore dit leur dernier mot dans nos salles obscures.

En tout cas, espérons que cette bande-là ne soit pas le dernier du Robert à ses plus fervents supporters...


Jonathan Chevrier




John Chevrier

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