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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Le Spectre du professeur Hichcock

Réalisateur : Riccardo Freda
Avec : Peter Baldwin, Barbara Steele, Elio Jotta,…
Distributeur : Les Films du Camélia
Budget : -
Genre : Epouvante-horreur.
Nationalité : Italien.
Durée : 1h36min

Date de sortie : 4 décembre 1964
Date de ressortie : 28 octobre 2026

Synopsis :
Le professeur Hichcock, passionné de sciences occultes, vit dans une vieille maison isolée, en compagnie de sa jeune épouse Margaret, et de sa gouvernante, Catherine. Gravement malade et paralysé, il nécessite les soins constants de son confrère, le docteur Charles Livingstone, qui l'aide à expérimenter sur lui une nouvelle thérapie, entre deux séances de spiritisme. Margaret est la maîtresse de Charles, et les deux amants n’attendent qu'une chose : la mort d'Hichcock...





Au coeur d'une spooky season définitivement moins généreuse qu'on aurait pu croire (et surtout moins que la belle année horrifique nous le laissait jusqu'ici espérer), il n'y a rien de plus naturel que de se pencher sur l'horreur d'hier pour frissonner un brin, un coup de rétroviseur aussi essentiel (les ressorties sont un trésor que l'on se doit de chérir) que profondément grisant lorsqu'il permet de se plonger à la (re)découverte de filmographies que l'on ne connaît ni ne maîtrise pas forcément sur le bout de la pellicule.

Comme, pour l'auteur de ses mots (qui n'a vu qu'une ch'tite poignée de ses films), celles du faiseur de rêves italien Riccardo Freda, orfèvre italien du milieu du siècle dernier qui, à la différence de ses contemporains de l'après-guerre, s'était gentiment détourné du néoréalisme pour voguer vers la voie d'un cinéma plus baroque et spectaculaire, un artisan du bis qui, justement, ne considérait pas ses efforts comme de vulgaires bisseries mais bien comme l'expression d'un cinéma certes plus modeste mais néanmoins noble et rigoureux, à hauteur d'artifices et d'illusions certes mais tout autant frappé d'une exigence technique rare, entre un rythme d'une fluidite folle et un sens du cadre clinique, entre propension Hitchcockesque à s'approprier tous les rouages méticuleux du suspense, et un amour dévorant pour une esthétique baroque qui lui sied si bien.

 © Les Films du Camélia

Le maître du gothique rital, bien avant Mario Bava (et Dario Argento), quand bien même son cinéma ne se résume pas uniquement, à quelques envolées horrifiques aux thématiques particulièrement corsées.
Un auteur polymorphe du bis avec un grand B, que la firme Les Films du Camélia (souvent dans les bons coups) nous permet de célébrer en salles avec ce qui est, sans doute, son plus bel effort (avec Les Vampires) : Le Spectre du professeur Hichcock, qui ne répond pas vraiment à son L'Effroyable Secret du docteur Hichcock, quoiqu'en laisse supposer son titre, thriller gothique sauce huis clos au coeur de la noblesse écossaise (mais tourné à Rome, l'illusion est totale) qui s'inscrit in fine moins dans l'ombre du papa de Psychose, que du monument Les Diaboliques d'Henri-Georges Clouzot.

Un grand morceau d'épouvante embaumé dans un film noir qui assume pleinement son étrangeté tout autant qu'il est prompt à susciter quelques séquences d'angoisses primaires particulièrement viscérales (et très giallesque avant l'heure), quand bien même il s'échine peut-être un chouïa trop à rationaliser ses penchants surnaturels dans son dernier tiers.
Mais la balade n'en reste pas moins grandiose, Freda swinguant langoureusement sur le fil tenu de la vie empoisonnée et d'une mort obsédante, avec pour guide une savoureusement vénéneuse Barbara Steele, littéralement à tomber en épouse vénale d'un professeur malade et amateur de sciences occultes, qui attend désespérément que son époux franchisse définitivement les portes de l'au-delà - quitte à forcer le destin.
Une sacrée (re)découverte donc.


Jonathan Chevrier