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[CRITIQUE] : Le pays d'Arto


Réalisatrice : Tamara Stepanyan
Acteurs : Camille Cottin, Zar Amir Ebrahimi, Shant Hovhannisyan, Hovnatan Avédikian,..
Distributeur : Pan Distribution
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Arménien.
Durée : 1h44min

Synopsis :
Céline arrive pour la première fois en Arménie afin de régulariser la mort d’Arto, son mari. Elle découvre qu’il lui a menti, qu’il a fait la guerre, usurpé son identité, et que ses anciens amis le tiennent pour un déserteur. Commence pour elle un nouveau voyage, à la rencontre du passé d'Arto : invalides des combats de 2020, vétérans de guerre, hantises d’une guerre qui n’en finit jamais. Une femme court après un fantôme. Comment faire pour l’enterrer ? Peut-on sauver les morts ?





Il n'aura fallu qu'une décennie à peine pour que Camille Cottin, au parcours cinématographique sensiblement atypique (et pas dénué de quelques panouilles, évidemment), devienne l'un des visages les plus familiers comme l'une des figures les plus indispensables, d'une production hexagonale qui ne les dénombre pas à la pelle.

Passant d'une extension des aventures comiques de sa " Connasse " sur grand écran à des partitions remarquées aussi bien en France qu'outre-Atlantique (chez Robert Zemeckis, Thomas McCarthy, Ridley Scott où encore Kenneth Branagh), sans oublier une présence accrue sur le petit (elle a mené d'une main de fer Dix pour Cent, et portera sa transposition/suite sur grand écran, et a même squatté la distribution de la dernière saison de Killing Eve), la comédienne n'a de cesse d'impressionner comme de rayonner, pour preuve ses partitions en vedette du dernier long-métrage de Nathan Ambrosioni, Les Enfants vont bien (qu'elle retrouvait deux ans après l'excellent Toni en famille), et du premier de fiction de cinéaste franco-arménienne Tamara Stepanyan, Le pays d'Arto.

Copyright LE PAYS D’ARTO 2025 – LA HUIT PRODUCTION - PAN CINEMA

Drame pesant et délicat aux douloureux contours de road movie en terres meurtries, flanqué au plus près des aternoiments d'une jeune femme française, Céline (une Camille Cottin sobee et juste), qui se rend en Arménie pour régulariser la situation administrative liée au décès récent de son époux, avant de se lancer dans une quête de vérité/compréhension semée d'embûches et de secrets enfouis; le film se fait tout autant le portrait endeuillé d'une figure lentement et durement confrontée à une réalité qui lui était méconnue (la faute à un mari qui portait en silence, toutes les stigmates de son existence), que celui, in fine tout aussi poignant et sensoriel, de la mémoire écorchée vive d'une nation - véritable personnage à part entière du récit - malmenée et déchirée par les conflits,  dont les tourments sont loin d'être apaisés.

Pas dénué de quelques longueurs disgracieuses (voire de dialogues apparaissant parfois un poil sur-écrit), mais porté par un regard sensible et didactique sur les notions de d'identité et de deuil, Le pays d'Arto, jamais aussi fort que lorsque la cinéaste laisse parler ses images, n'en reste pas moins une belle balade à la force tranquille, qui vaut décemment son pesant de pop-corn.


Jonathan Chevrier