Chroniques

[FUCKING SERIES] : The Handmaid's Tale saison 2 : Résistance féminine


(Critique - avec spoilers - de la saison 2)

La saison 2 de The Handmaid’s Tale s’est achevée par la diffusion du treizième épisode le 11 juillet aux USA et le 12 en France. La série s’écarte cette fois du livre dont elle est adaptée mais cela avec l’accord de Margaret Atwood, toujours impliquée sur le projet.



The Handmaid’s Tale se déroule dans un futur proche dans lequel les Etats-Unis, devenus République de Gilead, prônent une vie austère basée sur la religion, attribuant à chacun des rôles précis et n’hésitant pas à condamner à mort les minorités sexuelles et les dissidents. Les femmes sont ainsi épouses, Servantes ou Martha. Les épouses sont mariées à des hommes haut placés et font vivre leur foyer, les Servantes sont les « mères porteuses » des couples haut placés, les Martha sont chargées de la cuisine et du ménage. June, une jeune femme, était ainsi séparée de son mari et de sa petite fille pour devenir la Servante de Fred et Serena Waterford. Comme la règle l’exigeait, elle était renommée Defred et forcée à se prêter à la « Cérémonie », pendant laquelle le maître de maison la violait sous les yeux de sa femme, dans l’espoir de la mettre enceinte pour adopter l’enfant.
Dans la deuxième saison, nous retrouvons June, toujours renommée Defred. Après un premier épisode un peu décevant, davantage pétard mouillé que réelle avancée, The Handmaid’s Tale se rattrape, notamment en suivant, par moments, le personnage d’Emily. On assiste à plusieurs flashbacks reprenant l’avènement du régime actuel et justifiant notamment l’impossibilité d’une fuite très vite rencontrée par les personnages.



Cette saison ne tire cependant pas sa force de ses péripéties mais du traitement de ses thématiques. Elle peut, dans un premier temps, s’avérer déroutante, tournant quelques fois en rond. Il faut un peu de patience parce que c’est au fil du temps que l’on comprend où est-ce que The Handmaid’s Tale souhaite cette fois nous emmener. Présentant dans un premier temps June comme une victime dont la fuite serait impossible, s’attardant sur la possibilité d’une résignation, la série se nourrit ensuite soudainement de la rage de ses protagonistes, utilisant chaque lien amoureux, amical ou familial comme puissant déclencheur. Le déferlement de violence qui suit a parfois été contesté mais ne présente pourtant que la suite logique des événements. On retiendra tout particulièrement une scène de viol qui a fait couler beaucoup d’encre, accusant la série de montrer June en constante souffrance. Pourtant, le viol est présent dans le concept même de The Handmaid’s Tale, par le rôle des Servantes, continuellement abusées dès la première saison.



Mais cette fois, à la différence des scènes dans lesquelles, la victime se taisait et encaissait les coups de reins, par peur d’être exécutée, le personnage exprime cette fois son mécontentement et se débat. Le résultat est peut-être graphiquement plus violent mais interroge le spectateur sur sa façon d’appréhender de ce qu’il voit : réalisait-il l’ampleur de la violence déjà présente dans la première saison, sans que la violence graphique soit aussi poussée ? Tout semblait feutré, y compris la colère des Servantes qui, n’osant pas se confier entre elles par peur d’être dénoncées, faisaient de la confession de leur vrai prénom un acte de révolte. Cette suite passe au créneau supérieur dans lesquels on sort les bombes, les cris et les coups de couteau. Pourtant, nous sommes toujours loin d’une action physique continue : sous ce brouhaha, on retrouve l’intériorité, la lutte par des manipulations sentimentales exercées sur des hommes se pensant tout-puissants et la lutte intérieure, celle dans laquelle il suffit de ne jamais oublier son vrai prénom pour ne pas céder à la peur de Gilead.



Au fur et à mesure, on assiste à une analyse approfondie des mécanismes sociaux, d’intériorisation et d’acceptation du sexisme. Cette analyse est appuyée par le personnage de Serena Joy, la femme de Fred Waterford qui posait, dès sa première apparition, une question essentielle : comment est-ce qu’une jeune femme intelligente et cultivée pouvait accepter d’être bridée de la sorte, n’ayant même plus le droit de lire ? Serena s’impose comme étant un de éléments les plus intéressants de la série, à la fois par son parcours comme pour son caractère, tenace, souvent froide, intransigeante et pourtant porteuse d’idéaux incompatibles avec sa quête du bonheur. La fascination pour son aspect toujours soigné et sa force de caractère fait face à la colère et la haine pour finalement laisser place à un sentiment très mitigé, à mi-chemin entre l’admiration, la peine et la tolérance.


La saison 1 se terminait sur un rappel de l’importance de la sororité, c’est ce qui construit toute cette deuxième saison dans laquelle, face aux militaires de Gilead armés jusqu’aux dents, se refusant eux-mêmes les moindres sentiments, seul l’union peut faire la force. Ce maître-mot ne délaisse pas les personnages masculins – aussi peu nombreux soient-ils (ce qui est assez normal compte tenu le sujet de la série). On savait que The Handmaid’s Tale puisait son inspiration dans le sexisme encore bien trop ambiant or les encouragements que semblent envoyer le déroulement des évènements aux personnages s’adressent aussi aux spectatrices et spectateurs. The Handmaid’s Tale nous interroge continuellement sur l’importance de la lutte au quotidien, une lutte pour une cause qui ne gagne jamais suffisamment de terrain.



Enfin, on soulignera la qualité de la réalisation, l’épisode 12 présentant par ailleurs un soin assez inattendu apporté au choix des valeurs de plans et focales. Si quelques gros violons pouvaient agacer en première partie de saison, l’aspect épique trouve petit-à-petit sa place au sein de la série, contribuant à ce qu’elle possède de plus édifiant.
En conclusion, la saison 2 de The Handmaid’s Tale est une réussite. Sous les aspects choc, les personnages, souvent complexes, bénéficient toujours d’une écriture fine et un soin particulier est accordé aux dialogues et aux moindres dynamiques sociales (on retiendra notamment un fabuleux échange entre les époux Waterford ainsi qu’une scène très touchante entre June et Nick). The Handmaid’s Tale contient plus que jamais un cri d’alerte et une missive d’espoir. It’s a women’s world.


Manon Franken


Manon Franken

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