Jonathan

[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #78. Pusher

Copyright Ninety Seven Film Production & Distribution

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 90's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pillule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !




#78. Pusher de Nicolas Winding Refn (1996)

On pourra dire ce que l'on veut autant sur la personne (égocentrique mais fascinante) que sur le cinéma (poseur, furieusement referencé et usant férocement du syndrome Tarantinesque de citations/regurgitations,... les avis sont légion) de Nicolas Winding Refn, reste qu'un bonhomme capable de dégainer un premier film aussi bouillant et incontournable que Pusher, mérite un minimum de respect de la part des cinéphiles plus ou moins endurcis, amoureux d'un septième art qui tape justement entre les valseuses.
Pondu alors qu'il avait tout juste 25 printemps en 1996, purs récits urbains articulés sur une décennie, dépeignant l'univers gratiné - pour être poli - des truands de Copenhague avec une énergie folle et rageuse rappelant les premières heures de papy Scorsese (le second film de la trilogie, peut même se voir comme un hommage vibrant à Mean Streets); la trilogie Pusher, distribuée de manière fantomatique dans l'hexagone - pour être poli bis -, a depuis su gentiment se classer tout en haut de nos DVDthèques comme LA référence européenne du genre, ou une multitude de protagonnistes résolument différents, se débattent comme ils le peuvent pour échapper à leur condition et bouffer un peu plus de la part du gâteau du pouvoir, qu'ils pensent leur être dû.

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Incarné avec conviction (les seconds couteaux sont, pour la plupart, le fruit d'un casting sauvage organisés dans les endroits les plus glauques de la capitale danoise !) par de vraies gueules patibulaires et charismatiques qui n'ont pas besoin de tunnels de dialogues pour donner un caractère authentique aux péripéties qui nous sont contées, le premier Pusher - le meilleur - est un petit miracle sur pellicule, qui redéfinit sans trembler les contours du film de gangster poisseux, crade et violent, au découpage survolté.
Porté par un script simpliste mais en béton armé (version testostéronée d'un court dont Refn était la vedette) et produit au forceps, totalement vissé sur la carcasse de Kim Bodnia (immense), le film suit l'histoire chaotique de Frank, modeste mais ambitieux trafiquant de drogue qui tente de joindre les deux bouts et de tirer son épingle du jeu au coeur du monde criminel des bas-fonds de Copenhague.
Cible involontaire d'un deal particulièrement foireux, et après avoir contracté une méchante ardoise auprès du parrain serbe affable Milo (Zlatko Buric, dément), il va devoir tout faire pour rembourser au plus vite le bonhomme, même sans matos ni argent dans les poches...
Film caméra à l'épaule avec une nervosité et une rugosité qui transpercent le quatrième mur pour nous clouer le popotin sur nos sièges (il est fascinant de déceler ce qui fera la patte " Refn " plus tard, ici encore au stade de chrysalide qui se cherche), le film est un put*** de shot d'adrénaline à l'urgence entraînante, une plongée anthropologique dans les méandres d'une Sin City bien réelle, ou la brutalité est omniprésente (toute émotion est un signe de faiblesse fatal) et le sang le plus commun des langages. 
Une odyssée sans concessions façon fuite en avant impossible, au coeur du quotidien d'âmes en perdition, dont la proximité constante offerte par la mise en scène énergique, ne fait que renforcer notre empathie pour elles - et ce, malgré leur éthique vacillante et leur penchant pour la destruction et le dérapage incontrôlé.

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Plus puissant que le pourtant réussi Pusher II - Du sang sur les mains (que Refn fera passer du stade de commande/contrainte, à vraie oeuvre à l'intégrité artistique totale), plus centré sur la quête de survie émouvante et tragique de Tonny (Mads Mikkelsen, dans l'un de ses plus beaux rôles), ou même que sa propre suite directe, Pusher III - L'Ange de la Mort (ou Milo est devenu un vieux chef de clan fatigué), portrait glacial et sanguinaire d'un parrain de mafia qui tourne peu à peu à une boucherie délirante (jusqu'à un plan final inoubliable); Pusher (et plus directement sa trilogie, que l'on pourra volontiers associer plus tard, à son fantastique Only God Forgives), est un sommet de cinéma viscéral, sauvage, désespéré et douloureusement humain.
Un pur choc cinématographique qui, même plus de deux décennies plus tard, n'a strictement rien perdu de sa superbe folie infernale.


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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