Critiques

[CRITIQUE] : Sauver ou Périr


Réalisateur : Frédéric Tellier
Acteurs : Pierre Niney, Anaïs Demoustier, Chloé Stefani, Vincent Rottiers, Sami Bouajila,...
Distributeur : Mars Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Francais
Durée : 1h56min

Synopsis :
Franck est Sapeur-Pompier de Paris. Il sauve des gens. Il vit dans la caserne avec sa femme qui accouche de jumelles. Il est heureux. Lors d’une intervention sur un incendie, il se sacrifie pour sauver ses hommes. A son réveil dans un centre de traitement des Grands Brûlés, il comprend que son visage a fondu dans les flammes. Il va devoir réapprendre à vivre, et accepter d’être sauvé à son tour.



Critique :

Il y a quelque chose de profondément grisant à voir comment, à l'ombre des regards, certains jeunes cinéastes français se constituent gentiment mais sûrement des filmographies en béton armé, joignant des bonnes idées d'un script à la parole de la caméra, tout en s'entourant d'une pluie de comédiens et comédiennes au talent reconnu.
Frédéric Tellier est de ceux-là, lui dont le premier long, le palpitant et prenant L'Affaire SK1, qui revenait sur la traque longue et douloureuse de Guy Georges via le prisme du quotidien intime de Frank Magne, incarnait sans forcer l'un des meilleurs thrillers made in France de ses dix dernières années.



Après son hommage aux forces de l'ordre, il en signe un encore plus poignant et fort aux pompiers via Sauver ou Périr son second essai, sublime mélodrame qui croque le portrait bouleversant et tout en douleur d'un homme victime d'une tragédie, et dont le long processus pour ce reconstruire sera aussi compliqué pour lui que pour son couple.
Il y a d'ailleurs beaucoup de points communs entre Franck le héros, sorte de Superman du quotidien victime de sa propre négligence/arrogance, et le Frank de L'Affaire SK1, tant ils sont deux hommes qui dédient leur vie pour sauver celle des autres - à un degré moindre pour le second, il est vrai -, quitte à négliger celles qui sont plus importantes à leurs yeux : celles de leurs proches, autant soutiens que victimes.
Surtout que le cinéaste narre leurs deux odyssées avec la même fougue réaliste, à la lisière du documentaire, poussant encore plus le sentiment que la vie des deux hommes ne font qu'un avec leurs métiers si exigeant et faits de petits rituels au quotidien.



Mais Sauver ou Périr va plus loin, éprouve plus fortement ses protagonistes jusqu'au point de non-retour émotionnel qui touche en plein coeur un auditoire qui ne s'attendait pas, et encore moins après son premier long (pourtant excellent) à une telle justesse des sentiments, et une telle gestion de l'hypersensibilité de ses personnages.
Sculptant son hommage à l'héroïsme d'un corps - les soldats du feu - en confrontant celui d'un homme - Franck - à une souffrance extrême, en opposant le feu de l'action (justement) à celui de l'immobilité impuissante et castratrice, en cassant l'image fausse mais si belle, du héros pour en créer une nouvelle - tout aussi fausse - de monstre (les blessures physiques qui nous déchirent autant l'âme que la chair); le film, scindé en deux segments bien distinct (l'avant lumineux et l'après accident, plus terne et obscur) épousé autant par une mise en scène soignée qu'une photographie inspirée, évoque tout du long le combat fratricide entre la vie et la mort et pose la question essentielle du : comment concevoir l'avenir après avoir enlacé au plus près la grande faucheuse ?



En offrant deux réponses aux spectateurs, celle désespérée et pleine de cicatrices de Franck (incroyable Pierre Niney, dans son plus beau rôle à ce jour), et celle tout en découragement, en frustration et courage de Cécile, la femme du pompier (Anaïs Demoustier, merveilleuse de fragilité), à la fois singulière (la cicatrisation d'un homme habité par des pulsions suicidaires) et au pluriel (un couple au bord du doute et du désamour), Frédéric Tellier filme un formidable et épique récit sur l'acceptation, tout en pudeur et en intensité.
Jouant des regards pour mieux faire s'exprimer les coeurs et les âmes, il fait de son second long-métrage un grand mélodrame, racé, intelligent et infiniment bouleversant.
Une claque humaine, rien de moins.


Jonathan Chevrier



John Chevrier

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