Alejandro Gonzàlez Inarritu

[CRITIQUE] : The Revenant


Réalisateur : Alejandro Gonzàlez Inarritu
Acteurs : Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domnhall Gleeson, Will Poulter,...
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Budget : -
Genre : Western, Aventure.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h36min.

Synopsis :
Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.


Critique :



Dans la sempiternelle course aux oscars qui agite le tout Hollywood depuis plusieurs semaines, le nouveau film de l'excellent Alejandro Gonzàlez Inarritu, The Revenant, a su cette année s'octroyer une belle place de choix - tout comme son Birdman l'an dernier.

A tel point qu'outre un oscar du meilleur film - ou de meilleur réalisateur -, on verrait bien Leo DiCaprio remporter une bonne fois pour toute sa tant désirée statuette dorée.
A l'image de Woody Allen, Inarritu s'est fait violence et a complétement tourné son fusil d'épaule en cornaquant une péloche par an - là ou il prenait son temps entre chaque péloche -; deux films qui incarnent sans conteste les travaux les plus ambitieux de sa carrière.


Cinquième long du bonhomme et sans contestation possible l'une des plus grosses claques de l'année ciné 2015, Birdman incarnait un puissant parcours chaotique d'un homme en quête de légitimité artistique, une plongée en apnée fascinante au sein d'une analyse amusée mais pertinente du métier d'acteur, décortiquant avec minutie leur rapport avec la profession (la vanité, la remise en question de son talent face aux critiques, au temps qui passe...), leur proches, leur peurs (celle de l'oubli, de ne pas avoir marquer l'histoire du métier), le public mais aussi la presse (via une journaliste " connasse paresseuse ") et l'industrie; le tout sous couvert d'un édifiant règlement de compte avec Hollywood la putain, pointant soigneusement les dérives de sa production overdosé aux super-héros, aux CGI et aux franchises facilement identifiables.

Un film coup de poing profond et nécessaire à la complexité renversante, tourné comme un vrai-faux plan séquence de deux heures (aux raccords joliment subtils) absolument dément et génial, et ou l'ignorance peut se voir considérer comme une vertu - dixit le titre original.

Le film d'une carrière, et il était presque impossible d'imaginer le cinéaste mexicain puisse être capable d'offrir un divertissement plus total et complet.
Mais c'était mal connaitre le bonhomme, qui avec The Revenant semble avoir non seulement totalement épuré son style, mais surtout s'être inscrit avec panache sur les pas de l'inestimable Terrence Malick pour signer une expérience de cinéma à part et complétement renversante.


Très proche de l'âpre et furieux Apocalypto, du Territoire des Loups de Joe Carnahan (l'homme face à la nature, les thèmes de la mort et du deuil parcourant tout le récit) mais également du Nouveau Monde de Malick (aussi bien dans son approche visuelle d'une Amérique rarement aussi sauvage que dans son scénario presque épuré à l'extrême), Inarritu revisite les genres avec maestria (le western, le survival et le revenge movie) en contant l'histoire de Hugh Glass, un trappeur sévèrement blessé et laissé pour mort par un traître de son équipe, John Fitzgerald, qui tua également son jeune fils.

Avec sa seule volonté pour unique arme, Glass doit affronter un environnement hostile, un hiver brutal et des tribus guerrières, dans une inexorable lutte pour sa survie, portée par un intense désir de vengeance.

Poème barbare et éreintant d'un cinéaste à l'exigence jusqu'au-boutiste, creusant une nouvelle fois le parcours doloriste d'un héros dont le temps est compté et qui se bat coûte que coûte pour sa survie (et plus directement, pour son désir de vengeance), The Revenant incarne une immersion fascinante dans les limbes enneigées d'une nature hostile - incarnant un personnage à part entière de l'histoire - et infiniment liée à l'homme; comme lui, elle est glaciale et dangereuse, comme lui elle est capable d'une violence aussi sourde qu'implacable.


Véritable spectre déambulant dans une forêt blanche et hantée (le fantôme de la femme du héros, qui revient dans de nombreux flashbacks), qui trouvera dans sa quête vengeresse l'aide d'un peuple lui aussi trahit et laissé pour mort (les indiens, dont le parallèle avec le destin de Hugh Glass n'est pas anodin); DiCaprio, tout en mutisme et en souffrance, trouve ici non seulement la performance la plus extrême de sa carrière, mais clairement sa plus remarquable.

Attaqué par un ours, laissé pour mort et enterré vivant avant d’entamer un parcours en terre hostile à l’apprêté déroutante filmé sans la moindre concession par le metteur en scène; l'éternel Jack de Titanic souffre, transpire, pleure, lutte contre les animaux sauvages, le froid et les hommes, épouse sans retenue la spiritualité mais n'a surtout jamais paru aussi vraie et éprouvé face caméra.

A ses cotés, Tom Hardy offre lui aussi une composition de choix (et étonnement passer à côté des radars dans la course aux récompenses), dans la peau détestable de John Fitzgerald, trappeur aussi raciste et méprisant qu'il est un traitre violent.
D'ailleurs, leur affrontement, véritable choc des titans qui clôt le spectacle grandiose qu'est le film, est à la hauteur des attentes.

Les présences, plus mineurs, de Domnhall Gleeson (excellent) et Will Poulter (juste et attachant) consolident également la bonne tenue d'un casting réellement finement choisit.


Trip cinématographique hallucinant et violent (le mot n'a jamais paru aussi juste), aussi furieux qu'éprouvant, magnifiant la beauté de décors naturels merveilleux (les plans séquences déments sont légion, et la photographie de Emmanuel Lubezki est majestueuse) et gorgé de morceaux de bravoure exaltants, The Revenant est un chef d’œuvre sombre et morbide, un western très Malickien grandiose à la brutalité inouïe qui n'a d'égale que son aura visuelle captivante.

Sans l'ombre d'un doute l'un des plus grands films de l'année, et la grosse claque du premier trimestre ciné 2016 avec Les Huit Salopards, Steve Jobs et Creed - L'Héritage de Rocky Balboa.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

Fourni par Blogger.